Lefteris Pitarakis Lefteris Pitarakis / The Associated Press

TORONTO — Un Britannique qui avait obtenu des indemnités de son gouvernement après des années de détention et de torture à la prison militaire américaine de Guantanamo ne comprend pas la controverse qui entoure le règlement intervenu entre Ottawa et Omar Khadr.

En entrevue téléphonique depuis Birmingham, Moazzam Begg a estimé que les Canadiens devraient au contraire être fiers de leur gouvernement, qui s’est excusé pour la violation des droits de M. Khadr et qui a accepté de l’indemniser. «Ceux qui s’en offusquent devraient réévaluer leurs valeurs et leur sens moral», a soutenu M. Begg, qui affirme avoir été témoin des mauvais traitements infligés à l’adolescent canadien à Guantanamo.

M. Begg est l’un des 16 anciens détenus de la prison militaire américaine à Cuba qui ont réglé à l’amiable en 2010 leur poursuite judiciaire intentée contre le gouvernement britannique. Ce règlement a été dénoncé par certains, mais n’a pas soulevé une controverse comme celle qui a suivi l’entente conclue au Canada, annoncée la semaine dernière. Selon certaines sources, M. Khadr aurait accepté des indemnités de 10,5 millions $ et les excuses du gouvernement canadien.

M. Begg, aujourd’hui âgé de 49 ans, reconnaît que cette somme est bien supérieure à celle que les 16 Britanniques ont reçue — environ 30 millions $ au total, selon des sources. Il admet aussi que M. Khadr faisait l’objet d’allégations plus graves — la mort d’un soldat américain en Afghanistan. Mais il rappelle que le Canada fixe ainsi la barre, à l’échelle internationale, sur la façon dont un État devrait traiter ses ressortissants torturés — comme il l’avait fait auparavant avec Maher Arar, notamment. «Ce n’est pas une question d’argent mais d’excuses.»

Des excuses qui ne sont jamais venues de Londres, déplore M. Begg.

Ils ont maltraité «le petit»
Moazzam Begg avait été enlevé chez lui au Pakistan au début de 2002, puis remis aux forces américaines, qui l’ont détenu dans l’infâme prison de Bagram, en Afghanistan — où le jeune Omar Khadr, alors âgé de 15 ans, a aussi été emmené, grièvement blessé, en juillet de la même année. Compte tenu de la gravité de ses blessures, M. Begg se demandait alors comment le jeune Canadien avait pu survivre au combat au cours duquel le sergent américain Chris Speer a été tué, et son camarade Layne Morris a perdu l’usage d’un oeil.

M. Begg soutient qu’au cours des mois qui ont suivi, il a été directement témoin des mauvais traitements infligés par les Américains «au petit», en dépit de son jeune âge. «Ils lui hurlaient dessus, le traînaient un peu partout. Lui, il gardait son calme, demeurait très patient. Il ne se plaignait jamais. Jamais un mot.»

Et comme Omar Khadr, M. Begg, alors âgé de 33 ans, a été transféré de Bagram à Guantanamo, où il a passé trois ans avant d’être déporté au Royaume-Uni. «Nous avons tous été battus, déshabillés et torturés de diverses façons. De la cellule d’à côté me provenaient les cris d’une femme, et j’ai été amené à croire que c’était mon épouse qui y était torturée.»

Des documents ont démontré plus tard que des agents du renseignement britannique étaient présents lors d’interrogatoires et même lors d’agressions physiques, même si Londres ne l’a jamais admis. Le gouvernement a finalement accepté de conclure une entente à l’amiable afin, a-t-on plaidé, d’éviter de dévoiler des renseignements secrets et de cesser d’engloutir des sommes en frais juridiques, qui s’élevaient déjà à 45 millions $.

Ces indemnités ont permis à Moazzam Begg de rembourser notamment les prêts qu’il avait contractés pour l’aider à se refaire une nouvelle vie, et à remettre à son père les milliers de dollars que lui avait coûtés cette mésaventure.

Omar Khadr, aujourd’hui âgé de 30 ans, a plaidé coupable à cinq chefs de crimes de guerre devant une controversée commission militaire à Guantanamo en 2010. Il a soutenu par la suite qu’il avait plaidé coupable pour pouvoir être transféré dans une prison canadienne — ce qu’il a obtenu en 2012, soit 10 ans après son arrivée à Guantanamo. Il a été libéré sous caution en 2015 en attendant l’audition de son appel sur le verdict de culpabilité pour crimes de guerre.

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