Harry Benson Charle De Gaulle en 1967

MONTRÉAL — Les Montréalais n’entendront pas «Vive le Québec libre!» sur le balcon de l’hôtel de ville de Montréal, le jour du 50e anniversaire du célèbre discours du général Charles de Gaulle, le 24 juillet prochain, mais ils l’entendront dans la rue devant l’hôtel de ville, à 19h00.

Le maire Denis Coderre n’a pas voulu accéder à la demande de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB), qui voulait recréer la scène avec le comédien Denis Trudel.

«Le refus, déplorable, du maire de Montréal de nous donner accès au fameux balcon le 24 juillet au soir ne nous empêchera pas de tenir quand même, devant l’hôtel de ville sur (la rue) Notre-Dame ce soir-là, une commémoration digne de ce nom», a affirmé le président de la SSJB, Maxime Laporte, en présentant la programmation des événements entourant ce 50e anniversaire, mercredi sur la Place Charles-de Gaulle au Parc Lafontaine à Montréal.

Denis Trudel, qui incarnera le général, a été plus cinglant: «L’hôtel de ville n’appartient pas au maire Coderre. (…) Se rappeler notre histoire, c’est quelque chose de fondamental, c’est quelque chose d’important, mais pour le maire Coderre, il aime mieux probablement faire une exposition sur la baseball.»

L’attachée de presse du maire Coderre, Noémie Brière-Marquez, a invoqué le caractère «neutre et apolitique» de l’hôtel de ville lorsque rejointe par La Presse canadienne et répété que «les citoyens de Montréal n’accepteraient pas que ces lieux soient instrumentalisés».

Il serait d’ailleurs faux de prétendre que l’administration Coderre tente de balayer l’histoire sous le tapis puisque le balcon sera ouvert et des visites guidées y seront possibles cette journée-là. De plus une exposition sur le passage du général sera présentée à l’hôtel de ville même du 21 au 28 juillet, exposition qui diffusera en continu le célèbre discours.

Le «Vive le Québec libre!» prononcé par le président français avait provoqué une onde de choc qui avait rapidement fait le tour du monde.

Son discours avait déclenché la pire crise de l’histoire des relations franco-canadiennes et plusieurs historiens estiment qu’il a été une des influences derrière la montée du mouvement souverainiste.

L’ex-premier ministre Bernard Landry, qui assistait au dévoilement de la programmation commémorative de la SSJB, est de ceux-là, bien qu’il demeure très amer de la tournure ultime des événements.

«Le général a dit ‘Vive le Québec libre!’, mais les Québécois n’ont pas encore dit ‘le Québec sera libre’; on a raté deux occasions, dont une épouvantable, dramatique, (lors du référendum sur la souveraineté) en 95 où on a raté notre destin national parce que ceux qui étaient contre nous ne respectaient pas les lois et les règles et la moralité», a-t-il dit.

Lui-même était sur place, dans le Vieux-Montréal, le 24 juillet 1967. Il s’est dit «désagréablement surpris» du refus de l’administration Coderre, rappelant que le discours du général était un «événement important» dans l’histoire de la métropole elle-même.

«Il y en a qui ont entendu le mot Québec pour la première fois de leur vie; ils ont entendu le nom de Montréal pour la première fois de leur vie», a dit M. Landry.

Outre l’événement du 24 juillet, la SSJB tient une exposition dans ses locaux de la rue Sherbrooke ainsi que des conférences et colloques.

D’autres commémorations, organisées celles-là par le Mouvement national des Québécois, se tiendront dans les différentes municipalités en région où s’était arrêté le général de Gaulle lors de son trajet le long du Chemin du Roy (la route 138 entre Montréal et Québec) les 23 et 24 juillet 1967.

Discours intégral du général de Gaulle, 24 juillet 1967:

«C’est une immense émotion qui remplit mon coeur en voyant devant moi la ville de Montréal… française. (ovation du public) Au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue. Je vous salue de tout mon coeur! Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas (rires de la foule). Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. (longue ovation de la foule)

Et tout le long de ma route, outre cela, j’ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent d’affranchissement (ovation) vous accomplissez ici, et c’est à Montréal qu’il faut que je le dise, (ovation) parce que, s’il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c’est la vôtre! (ovation) Je dis c’est la vôtre et je me permets d’ajouter, c’est la nôtre. (ovation)

Si vous saviez quelle confiance la France réveillée, après d’immenses épreuves, porte maintenant vers vous. Si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada, (ovation), et si vous saviez à quel point elle se sent obligée de concourir à votre marche en avant, à votre progrès! C’est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson (ovation), des accords pour que les Français de part et d’autre de l’Atlantique travaillent ensemble à une même oeuvre française. (ovation)

Et, d’ailleurs, le concours que la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l’étonnement de tous et qui, un jour, j’en suis sûr, vous permettront d’aider la France. (ovation)

Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j’emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu’elle en vaudra mieux.

Vive Montréal! Vive le Québec! (ovation)

Vive le Québec… libre! (très longue ovation)

Vive le Canada français! Et vive la France! (ovation)»

Source: Denise Deshaies, Diane Vincent, Discours et constructions identitaires, Presses Université Laval, 2004, p. 20

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