SHERBROOKE, Qc — Au terme d’un débat passionné, les jeunes libéraux ont rejeté une proposition pour admettre des élèves francophones dans les écoles anglaises, ce qui ouvrirait une brèche dans la loi 101.

Réunis en congrès à Sherbrooke, les militants de l’aile jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ) sont restés sourds aux cris du coeur de certains de leurs camarades anglophones qui prédisaient la mort des écoles anglaises au Québec. Le premier ministre Philippe Couillard a senti le besoin peu après d’inviter les anglophones à revenir au Québec.

Les jeunes libéraux de Montréal, qui pilotaient ce projet de résolution, faisaient valoir qu’il manquait de places dans les écoles françaises de la métropole tandis que le réseau scolaire anglophone est sous-utilisé.

Le proposeur, Matthew Quadrini, soutenait notamment que les institutions anglophones étaient en déclin en raison de la loi 101. Il proposait un projet pilote dans lequel un millier d’élèves francophones seraient admis dans des écoles primaires anglaises. En vertu de la Charte de la langue française, seul un parent qui a déjà fréquenté l’école anglaise au Canada peut inscrire son enfant dans une école anglaise au Québec.

«Ce n’est pas un problème linguistique, c’est un problème démographique», a insisté un des militants en faveur.

«Nous pourrons simplement régler un problème démographique en envoyant des étudiants francophones (à l’école anglaise), puisque leurs parents ont étudié en français, ils resteront francophones et ils en sont extrêmement fiers, mais (ils étudieront en anglais), pour avoir justement le bilinguisme que nous souhaitons tous au Canada.»

«On me méprise»

Un autre partisan de cette proposition, Nikolas Dolmat, a lancé un cri du coeur durant ce débat, qui se déroulait incidemment à l’université Bishop’s, une petite université de langue anglaise.

Le Parti libéral est un des seuls endroits où il se sent accepté, a-t-il dit. Les commissions scolaires anglaises se meurent, selon lui.

«Du moment où j’ouvre la bouche, quelqu’un me dit que j’ai un accent. On me dévisage, on me méprise.»

Le député de D’Arcy-McGee, David Birnbaum, était aussi d’avis que la loi 101 a contribué au déclin du réseau scolaire de langue anglaise.

«La Charte de la langue française rend la chose plus difficile pour les écoles anglaises», a convenu en point de presse celui qui a déjà été directeur général de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec.

À l’opposé, des jeunes libéraux ont affirmé qu’il fallait plutôt défendre le français et mieux soutenir le réseau scolaire anglophone.

Le projet de résolution a été rejeté par une forte majorité après des échanges vifs où certains déploraient une confrontation entre anglophones et francophones.

En point de presse peu après le vote, le ministre responsable de la Charte de la langue française, Luc Fortin, a indiqué que le vote était cohérent avec la position du gouvernement.

«Je ne pense pas que la Charte soit une menace à quoi que ce soit, a-t-il déclaré en point de presse. On est dans une position équilibrée, on a la paix linguistique (…) et il n’est pas question de rouvrir la loi 101.»

«C’est le temps de revenir»

Dans son discours de clôture et dans la conférence de presse qui a suivi, le premier ministre Philippe Couillard s’est adressé aux anglophones. Il a invité ceux qui sont partis à revenir ici, puisque selon lui, le Québec connaît une renaissance économique.

«Votre présence est nécessaire, désirée, nous avons besoin de vous pour un avenir meilleur pour tous les Québécois», a-t-il soutenu.

«Et aux jeunes anglophones je dis, vous êtes chez vous, (…), je sais que vous allez dire à vos amis qui songent à partir que c’est le temps de revenir pour bâtir le nouveau Québec.»

En conférence de presse, il a toutefois reconnu l’existence d’un «sentiment d’éloignement» dans la communauté anglaise du Québec.

«Je ne dis pas que cela a été fait volontairement, ce sont des choses qui s’égrènent un peu au fil du temps, et c’est le moment de rassembler ça et de resserrer les liens.»

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