Mario Beauregard / Métro Vietnamplify veut faire connaître la situation des droits de l'homme au Vietnam aux Canadiens.

Un nouveau mouvement citoyen veut faire de la question de la violation des droits de la personne au Vietnam un enjeu pour les Canadiens de toutes origines.

Formé il y a quelques mois, Vietnamplify, qui se définit comme un groupe de sensibilisation et d’éducation apolitique et ouvert à tous, a organisé dimanche une journée d’information et de conférences suivie d’une marche dans les rues de Montréal.

«Nous voulons exposer les violations des droits de l’homme survenant au Vietnam et informer la population canadienne de la situation, a résumé Cynthia Machado, une des organisatrices du mouvement. Nous voulons générer suffisamment d’appuis pour mettre de la pression sur le gouvernement vietnamien.»

Selon le classement 2017 de la liberté de presse établie par Reporters sans frontières, le Vietnam occupe le 175e rang sur 180 pays, derrière des États comme l’Iran, la Turquie ou Cuba.

Huit blogueurs pro-démocratie ont été arrêtés depuis le début de 2017 et font face à des peines de prison pouvant durer plusieurs années.

«On remarque récemment augmentation de la brutalité policière, de la violence et des détentions arbitraires», a fait remarquer la militante et organisatrice Valérie Phan.

Torture et procès inéquitables
D’après le dernier rapport d’Amnistie internationale, «les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique» font l’objet d’importantes restrictions et les prisonniers d’opinion s’exposent à de la torture, de la maltraitance et à des procès inéquitables.

Pourtant, le Vietnam, qui est dirigé par le Parti communiste depuis la fin de la guerre en 1975, n’est pas souvent mentionné dans les discussions sur les droits humains.

«On connaît les violations en Syrie, en Somalie ou en Turquie, mais pas nécessairement ce qui se passe au Vietnam. […] Pour beaucoup de Canadiens, le Vietnam, c’est le champ de riz, la baie d’Ha Long, la nourriture… Notre image reste superficielle», a jugé Frédéric Vo Van, qui a participé à la journée en tant que conférencier.

«Oui, il a eu une amélioration au niveau des infrastructures, des aides sociales, mais c’est une illusion qui cache le côté sombre de la situation sociale. Les activistes sont censurés, violentés, leurs familles menacées.»

Cette méconnaissance se répercute également sur la scène internationale, où le Vietnam occupe une place de plus en plus grande en raison de son fulgurant développement économique. Le pays a même été membre du Conseil des droits de la personne de l’ONU de 2013 à 2016.

«Peut-être que si le Vietnam était au Moyen-Orient plutôt qu’en Asie, la situation serait différente.» – Irwin Cotler, ancien ministre fédéral de la Justice

«Il y a une culture d’impunité à l’égard du Vietnam au sein de la communauté internationale, estime Irwin Cotler, ancien ministre fédéral de la Justice, qui a donné son appui au mouvement. On ne se sent pas responsable de ce qui arrive là-bas.»

Vietnamplify veut donc s’adresser au gouvernement canadien afin qu’il fasse pression sur son homologue vietnamien.

«Les liens commerciaux et les échanges culturels entre les deux pays sont de plus en plus nombreux», a rappelé Anne Minh-Thu Quach, députée du NPD dans la circonscription de Salaberry—Suroît.

«On se doit de protéger les gens qui sont emprisonnés simplement parce qu’ils ont émis une opinion. À travers nos interactions économiques, culturelles et sociales, on a un levier pour le faire», a poursuivi celle qui est co-porte-parole de l’association parlementaire Canada-Vietnam.

«C’est nécessaire pour un pays comme le Canada de faire de la question vietnamienne l’une des priorités de sa politique étrangère des droits de la personne, a affirmé Irwin Cotler. Le gouvernement canadien doit soulever ces questions dans les forums internationaux, mais aussi dans notre relation économique avec le Vietnam. »

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