THE CANADIAN PRESS Chrystia Freeland.

WASHINGTON — Un livre dont la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a fait part avec ses collègues américain et mexicain, lors de la dernière ronde de négociation de l’ALÉNA, assène un message sombre sur l’effondrement de la mondialisation, la montée du nationalisme et l’engouffrement de l’humanité dans un abîme de destruction.

La ministre Freeland avait apporté trois ouvrages à un club de lecture informel avec ses homologues Robert Lighthizer et Ildefonso Guajardo. Deux de ces volumes jettent un regard enthousiasmé sur le progrès humain, tandis que le troisième offre une lugubre leçon d’histoire à propos du contrecoup de la mondialisation au siècle dernier.

Ce n’est pas par hasard que le ministre a proposé «The War That Ended Peace» (édité en français sous le titre «Vers La Grande Guerre: comment l’Europe a renoncé à la paix»). Dans ce livre, l’historienne canadienne Margaret MacMillan se penche sur les facteurs qui ont conduit à la Première Guerre mondiale: l’auteure et la ministre esquissent toutes deux des parallèles avec l’époque actuelle.

Mme Freeland et d’autres responsables gouvernementaux ont été frappés par ce récit troublant qui détaille comment une période de mondialisation fulgurante, de prospérité, de rupture technologique et d’intensification du commerce a été brutalement renversée par le nationalisme, le terrorisme, les jeux à somme nulle et un militarisme glorifié — ouvrant la voie à l’époque la plus sanglante de l’Histoire.

«Ça documente la vitesse et la férocité avec lesquelles une réaction peut s’installer, même à un moment où le monde se sent bien enraciné dans une époque progressiste et pacifique», a exposé la ministre.

«Comme aujourd’hui, le début du XXe siècle a été marqué par une mondialisation et une croissance sans précédent. Les événements entre le tournant du siècle et le déclenchement de la guerre en 1914 sont un rappel utile de la fragilité de l’ordre mondial et des pièges du protectionnisme et du repli sur soi.»

Le livre s’amorce avec la Belle Époque et l’Exposition universelle de 1900, à Paris. Le monde n’avait jamais été aussi interconnecté grâce aux chemins de fer et au télégraphe. Le commerce grimpait en flèche, tandis que même l’Allemagne et le Royaume-Uni s’échangeaient des armes. Les gens menaient des vies plus longues, plus saines. De nouveaux mécanismes avaient été mis en place pour régler les litiges à l’échelle internationale. Les pays signaient des ententes d’arbitrage, peaufinaient le droit de la guerre et parlaient même de créer des organes de gouvernance internationale.

Le livre décrit la croyance grandissante que la guerre était devenue obsolète, citant un auteur selon qui «les gens ne croyaient pas plus en la possibilité de rechutes barbares qu’en les fantômes et les sorcières».

Mais ces temps en étaient également de perturbations.

Les économies avaient subi des transformations radicales et les travailleurs abandonnaient les fermes pour des emplois en usine.

Le terrorisme était endémique. Les anarchistes avaient attaqué à la bombe, tué, poignardé et abattu un président français, deux premiers ministres espagnols, un roi italien, un président américain, une impératrice autrichienne ainsi qu’un homme d’État et un membre de la famille royale russes.

Margaret MacMillan fait état d’une réaction militariste. Les politiciens arboraient de plus en plus d’uniformes militaires en public et les centristes ont été écartés du pouvoir.

Les partis libéraux prônant l’ouverture des marchés ont été réduits en poussière: à gauche, par les socialistes, et à droite, par les formations nationalistes chauvines — «une nouvelle classe de politiciens qui sortait des institutions parlementaires établies pour faire appel aux peurs et aux préjugés du peuple et dont le populisme comprenait souvent de l’antisémitisme».

Margaret MacMillan est emballée à l’idée que des législateurs puissent tirer des leçons de cette époque. Elle leur lève également son chapeau de prendre le temps de parcourir son volume de 649 pages et deux autres livres malgré leur agenda chargé.

«Je suis impressionnée, a-t-elle lancé, en entrevue à partir du Royaume-Uni. Je trouve toujours ça rassurant que des politiciens aient le sens de l’Histoire. (…) Ça les aide, ça leur donne du recul.»

Elle signale toutefois qu’il n’existe pas de parallèle parfait en Histoire, où les circonstances sont toujours changeantes.

Mais elle admet que le Brexit, la politique des «États-Unis d’abord» et l’antimondialisation d’aujourd’hui réverbèrent des échos de cette époque, alors que les politiciens nationalistes se braquent face aux étrangers, aux ententes internationales, au libre-échange et aux organisations mondiales nées dans la foulée de la Deuxième Guerre mondiale.

«La poursuite de son propre intérêt étroit peut inspirer les autres à faire de même et tout le monde se retrouve en moins bonne posture», prévient l’historienne.

L’optimisme prévaut toutefois dans les autres livres partagés par la ministre Freland.

Elle a offert à ses collègues le livre à succès «Sapiens», d’un des auteurs favoris de M. Guajardo, Noah Harari. L’autre ouvrage, signé par l’économiste primé Angus Deaton, fait valoir que les inégalités grandissantes constituent une conséquence naturelle du rythme auquel les avancées technologiques font actuellement surface. «The Great Escape» («La grande évasion : Santé, richesse et origine des inégalités) propose des manières de réduire ce fossé.

Même le volume de Mme MacMillan se conclut sur une note positive, avec quatre mots emplis d’espoir: «Il y a toujours des choix.»

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