Sean Kilpatrick Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

OTTAWA — Parce qu’«un Canadien est un Canadien est un Canadien», il n’est pas question de retirer à la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi sa citoyenneté honoraire canadienne, a tranché lundi la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

La diplomate en chef du pays a offert cette brève justification en conférence de presse à Ottawa en marge de l’annonce de la nomination de l’ex-premier ministre ontarien et ancien chef du Parti libéral Bob Rae à titre d’émissaire spécial du Canada auprès du Myanmar.

Elle a souligné que le premier ministre Justin Trudeau a communiqué avec Aung San Suu Kyi depuis l’intensification de la crise afin de faire état de ses préoccupations face aux violences et de rappeler à la récipiendaire du prix Nobel de la paix en 1991 son rôle de «leader morale et politique».

La ministre Freeland ne s’est pas étendue sur le sujet de la citoyenneté honorifique de la conseillère d’État du Myanmar — un type de citoyenneté essentiellement symbolique qui ne fait pas de son récipiendaire un citoyen canadien.

Devant les journalistes, elle était surtout venue réitérer l’indignation du Canada face à la répression exercée par l’armée birmane contre les Rohingyas, qui ont fui par centaines de milliers l’État de Rakhine depuis août dernier.

«Les meurtres et les autres violations flagrantes des droits de la personne font partie d’une attaque généralisée contre les Rohingyas», a soutenu la ministre des Affaires étrangères au foyer de la Chambre des communes.

«Ces actes sont des crimes contre l’humanité et c’est maintenant aux dirigeants militaires et gouvernement civil du Myanmar qu’il revient de mettre fin à ce nettoyage ethnique», a-t-elle martelé.

La ministre a aussi confirmé lundi la nomination de Bob Rae à titre d’émissaire spécial du Canada auprès du Myanmar. L’ex-politicien se mettra au travail dès la semaine prochaine, et il doit remettre fin janvier au gouvernement un rapport qui sera ensuite rendu public.

La nomination de Bob Rae a été qualifiée de «positive», mais d’insuffisante, par Fareed Khan, un Gatinois à l’origine d’une pétition en ligne signée par plus de 40 000 personnes qui exhorte le gouvernement Trudeau à dépouiller Aung San Suu Kyi de sa citoyenneté honoraire canadienne.

L’ancienne prisonnière politique fait partie d’une petite poignée de dignitaires étrangers à avoir obtenu cet honneur. La Bibliothèque du Parlement n’a «pu trouver aucune indication que le gouvernement du Canada a jamais retiré ce genre de citoyenneté à date».

En coulisses, au gouvernement, on a fait valoir lorsque la pétition de M. Khan a pris son envol, à la mi-septembre, qu’il pourrait s’avérer périlleux de retirer à Aung San Suu Kyi sa citoyenneté honoraire ou encore de formuler de trop vifs reproches sur son leadership.

Car l’armée — qui a régné sur le pays pendant des décennies avant de jeter un peu de lest dans la foulée des élections de 2015 — pourrait saisir l’occasion pour plomber sa légitimité et entraver ainsi le laborieux chemin vers la démocratie qui s’est entamé dans la nation de l’Asie du Sud-Est.

L’étoile de la dirigeante birmane a considérablement pâli depuis l’éclatement de nouvelles violences qui a mené à un exode massif vers le Bangladesh voisin.

Des corécipiendaires du Nobel de la paix, dont l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, figure de la lutte anti-apartheid, et la jeune militante pakistanaise des droits des filles à l’éducation, Malala Yousafzai — aussi citoyenne honoraire du Canada — lui ont reproché son inaction.

Les Canadiens sont aussi «très préoccupés» par la situation au Myanmar, a souligné lundi la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

Elle a annoncé l’octroi 12 millions $ additionnels en aide humanitaire pour les personnes affectées par cette crise humanitaire, tout particulièrement pour les femmes et enfants survivants de violence sexuelle.

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