Debi Cornwall Debi Cornwall / La Presse Canadienne

TORONTO — Un Algérien, qui a habité à Montréal pendant cinq ans, devrait déposer lundi une poursuite de 50 millions $ contre le gouvernement canadien pour les abus qu’il dit avoir subis alors qu’il était incarcéré à la prison américaine de Guantanamo Bay à Cuba.

Les allégations de Djamel Ameziane, qui n’ont pas encore été prouvées en cour, soulèvent de nouvelles questions quant au rôle qu’ont joué les autorités canadiennes relativement à l’incarcération de détenus dans la sinistre prison de Guantanamo.

Un cas qui n’est pas sans rappeler celui d’Omar Khadr, qui a obtenu une compensation financière de 10,5 millions $ du gouvernement fédéral il y a quelques mois, pour des motifs similaires.

Nate Whitling, l’avocat de Djamel Ameziane, réclame d’ailleurs la tenue d’une commission d’enquête publique afin de faire toute la lumière sur l’implication des services de sécurité canadiens durant cet épisode de la guerre contre le terrorisme.

En entrevue depuis la banlieue d’Alger, Djamel Ameziane, qui n’a jamais fait l’objet d’accusations, affirme que sa situation n’est toujours pas enviable, évoquant qu’il «doit se battre pour survivre».

Après avoir été fait captif en Afghanistan et avoir passé 11 ans à la prison de Guantanamo, l’homme qui a aujourd’hui 50 ans a été rapatrié en Algérie en décembre 2013. Il dit avoir été laissé à lui-même «presque comme un sans-abri».

«Je ne pouvais pas me trouver un emploi en raison de la stigmatisation envers les prisonniers de Guantanamo et de mon âge, alors une entente serait très utile pour me reprendre en main», fait-il valoir.

Dans la requête en justice, dont La Presse canadienne a obtenu copie, M. Ameziane prétend que les services de sécurité canadiens ont coopéré avec leurs homologues américains et qu’ils n’ont rien fait pour lui bien qu’ils savaient que les prisonniers de Guantanamo subissaient de la torture.

Selon la poursuite, les services de sécurité canadiens ont commencé à échanger des informations avec les Américains après avoir échoué en 1999 à débusquer le «complot du millénaire», en vertu duquel Ahmed Ressam, un autre Algérien qui habitait à Montréal, planifiait faire exploser une bombe à l’aéroport de Los Angeles.

La plainte mentionne que des agents canadiens ont interrogé M. Ameziane dans la prison de Guatanamo, comme ce fut le cas pour Omar Khadr. Les enregistrements de ces interrogatoires, qui ont eu lieu en février et mai 2003, auraient été transférés aux autorités américaines.

L’avocat Nate Whitling avance que deux autres plaintes similaires sont en préparation et viseraient le gouvernement canadien, la Gendarmerie royale du Canada et le Service canadien du renseignement de sécurité.

«Pendant des années, j’avais cette idée de poursuivre le gouvernement canadien mais je ne savais pas comment et honnêtement je ne savais pas que c’était possible jusqu’à ce que je lise dans les nouvelles l’entente intervenue avec Omar Khadr (…)», explique M. Ameziane, qui nie avoir entretenu des liens avec des réseaux terroristes.

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