Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

QUÉBEC — À quoi devrait ressembler l’école du futur?

C’est à cette vaste question que trois personnalités qui ne sont pas issues du monde de l’éducation tenteront de répondre: le chef cuisinier Ricardo Larrivée, l’architecte Pierre Thibault et l’athlète Pierre Lavoie, bien connu pour ses «Cubes énergie» et le Grand Défi qui porte son nom.

Le mandat qu’ils ont reçu du ministre de l’Éducation n’est pas banal: dire ce qu’il faut faire pour qualifier les écoles québécoises de «meilleures écoles au monde».

Dans les prochains mois, sans aucune contrainte et en laissant libre cours à leur imagination, ils devront dessiner les contours du «Lab-École», un projet du ministère du l’Éducation visant à mieux adapter les écoles aux besoins des enfants.

Il faudra cependant faire preuve de patience, car le projet s’étirera sur plusieurs années. Les premières écoles du futur n’ouvriront pas leurs portes avant 2021.

Et on ne parle pas ici de revoir le cursus pédagogique, mais plutôt d’imaginer des lieux d’éducation plus accueillants, des espaces plus conviviaux, qui prédisposeront mieux l’élève à apprendre.

Les trois personnalités sillonnent actuellement les routes du Québec, rencontrant des professeurs, des élèves et des enseignants, pour alimenter leur réflexion. Les trois parrains du Lab-École ont visité 30 écoles jusqu’à maintenant et une vingtaine d’autres sont à leur programme d’ici Noël.

Ils pourront aussi s’inspirer de modèles étrangers pour proposer ensuite au ministère leur idée de l’«école-modèle», qui servira de référence lors de la rénovation ou la construction de cinq ou six écoles dans les années à venir.

Ce sont ces quelques écoles ciblées qui serviront de laboratoires, indiquant la voie à suivre quant aux types d’améliorations à implanter éventuellement dans l’ensemble des écoles du Québec dans les années à venir, tant celles à construire que celles à rénover ou agrandir. Le parc scolaire immobilier date de plusieurs décennies et l’entretien de nombreuses écoles a été négligé.

À court terme, chacune des personnalités animera un «chantier» de réflexion dans son champ d’expertise. Ricardo Larrivée dirigera celui de l’alimentation à l’école, Pierre Lavoie supervisera celui des saines habitudes de vie et de l’activité physique, tandis que Pierre Thibault devra imaginer les concepts architecturaux propres à transformer les écoles primaires et secondaires québécoises en «milieux de vie» inspirants.

L’annonce officielle du projet de Lab-École, une idée controversée lancée au printemps, a été faite mardi en conférence de presse, dans le gymnase d’une école secondaire de Québec, en présence du ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx.

Comme son nom l’indique, le projet est présenté comme un laboratoire. Il n’engage donc aucunement le ministre de l’Éducation à y donner suite.

En principe, dans un monde idéal, les travaux autour du Lab-École devraient cependant servir à modifier les directives et les normes relatives à la construction, l’agrandissement ou la rénovation des bâtiments scolaires.

Le projet s’étirera donc sur quelques années. Les nouvelles écoles-laboratoires ne verront pas le jour avant septembre 2021 et elles devront faire l’objet d’une évaluation, avant de servir de modèle à d’autres.

Le projet bénéficie d’un budget de 3 millions $ sur deux ans. Mais les trois personnalités recrutées ne sont pas rémunérées pour leur travail, et ne pourront pas tirer un profit personnel de l’opération.

«Ils veulent redonner à la société. Ils ne veulent pas faire une occasion d’affaires», a précisé le ministre Proulx, qui qualifie les trois recrues de «catalyseurs» et de «rassembleurs».

Le chef bien connu Ricardo Larrivée a rappelé que les enfants passaient plusieurs heures par jour à l’école et qu’ils devaient apprendre à bien s’alimenter.

«C’est la base d’une société, a-t-il fait valoir. Il faut savoir s’alimenter. C’est la santé. Les enfants passent de huit à 12 heures à l’école, maintenant, par jour. Est-ce que nous, comme adultes, on passerait de huit à 12 heures dans un environnement qui des fois ressemble plus à une prison qu’à un lieu d’épanouissement?»

Verra-t-on la fin des cafétérias? Les écoles auront-elles leur potager? Va-t-on revoir la configuration des classes, la taille des gymnases? Pour l’instant, toutes les hypothèses sont permises, toutes les idées bienvenues.

«Le but, c’est de créer le meilleur milieu de vie» à l’école, a résumé l’architecte Pierre Thibault.

«Ce qu’on veut c’est que partout l’élève soit en situation d’apprentissage, de réussite, dans le plaisir, et surtout dans la sécurité et la santé. C’est pas que la classe qui doit être revue, c’est pas que le gymnase qui doit être revu, c’est l’environnement qui doit devenir ce qu’il y a de plus beau et de plus stimulant», a commenté le ministre Sébastien Proulx.

Opération de relations publiques?

Quant à eux, les syndicats d’enseignants n’apprécient pas du tout l’initiative, frustrés de voir des gens n’ayant aucune expertise pédagogique reconnue se voir confier un tel mandat.

Le Lab-École est ainsi réduit à une simple «opération de relations publiques», aux yeux de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), une opération politique n’améliorant d’aucune façon la vie dans les écoles à court terme, selon elle.

«Un architecte, un athlète et un chef cuisinier ne s’y connaissent pas en pédagogie», a tranché le président de la FAE, Sylvain Mallette, qui refuse de cautionner le projet.

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