THE CANADIAN PRESS Philippe Couillard.

QUÉBEC — Le premier ministre Philippe Couillard envoie un «message de désengagement» en ne se rendant pas au grand rendez-vous annuel des Nations unies sur les changements climatiques, contrairement aux années précédentes.

L’opposition officielle critique en ces mots l’absence du premier ministre à la COP23, la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui a lieu actuellement à Bonn, en Allemagne.

Cette nouvelle ronde de négociations sur la réduction des gaz à effet de serre (GES) fait suite aux engagements de la COP21 à Paris en 2015 et de la COP22 à Marrakech en 2016, des sommets auxquels M. Couillard avait participé activement.

Il a à de nombreuses reprises vanté le rôle de chef de file du Québec et de son gouvernement dans le monde parmi les États fédérés, mais cette année il passe son tour et c’est la nouvelle ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, qui y ira.

L’attachée de presse du premier ministre, Joçanne Prévost, a affirmé que M. Couillard n’a «pas de raisons particulières» pour ne pas y assister, mais qu’il a déjà fait plusieurs activités en lien avec les changements climatiques cette année.

En entrevue jeudi, elle a assuré qu’il ne s’agit pas d’un «changement de direction ou d’orientation» du gouvernement et que Mme Melançon sera une «porte-parole crédible». La ministre y sera de vendredi à mardi.

«Ça envoie un message de désengagement de la part de Philippe Couillard», a déclaré le porte-parole de l’opposition officielle péquiste en matière d’environnement, Sylvain Gaudreault, en entrevue avec La Presse canadienne jeudi. Il représentera l’opposition à la COP23 de samedi à jeudi.

Le député de Jonquière a laissé entendre que le Québec manquait une belle occasion de tirer son épingle du jeu, puisque de nombreux chefs d’États et de gouvernements seront présents, notamment la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Emmanuel Macron, ainsi que le gouverneur de la Californie, Jerry Brown, un État partenaire du Québec dans le «marché du carbone», soit le système de plafonnement et d’échange des émissions de GES.

À plus forte raison, les États fédérés et les villes sont appelés à jouer un rôle particulièrement important désormais en raison de la volonté de l’administration américaine du président Donald Trump de se retirer de l’accord signé à Paris sur les changements climatiques, a fait valoir M. Gaudreault.

«Monsieur Couillard aurait eu un rôle à jouer, au moins de façon symbolique, pour dire que le Québec est toujours présent, et là il ne sera pas là. (…) Il aime bien prétendre que le Québec est plus vert que vert, mais est-ce seulement un vernis?»

Le porte-parole péquiste a critiqué le bilan des libéraux en matière de réduction des GES, en évoquant notamment le mauvais usage des sommes accumulées dans le Fonds vert, les ratés de la Stratégie d’électrification des transports, ainsi que la «fuite des capitaux» et le problème de l’allocation gratuite des droits de polluer dans le marché du carbone avec la Californie et l’Ontario.

Nature Québec et Greenpeace ont d’ailleurs dénoncé les modalités actuelles et futures du marché du carbone, qui régit 85 pour cent des émissions de GES au Québec.

Dans un entretien téléphonique, le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin, a déploré que de 2013 à 2016, les entreprises ont reçu davantage d’allocations gratuites _ de droits de polluer _ que ce qu’elles ont émis en GES, ce qui n’encourage pas à réduire les GES.

Et surtout, les groupes écologistes déplorent que le projet de règlement du gouvernement actuellement à l’étude sur le marché du carbone pour la période après 2020 reconduit encore des règles trop souples à leurs yeux et des allocations gratuites.

«Le gouvernement a reculé par rapport à ce qu’il proposait, devant les pressions des industriels. Il va en demander moins aux industriels en donnant des quotas d’émissions gratuites à des cimenteries et raffineries, pendant qu’il va demander aux Québécois de payer un prix sur le carbone», a condamné M. Bonin.

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