Jusqu’à vendredi, des représentants de quelque 180 pays discuteront de la suite à donner à l’Accord de Paris, à l’occasion de la COP 23 qui se déroule à Bonn, en Allemagne, présidée par les îles Fidji. Le directeur principal d’Équiterre, Steven Guilbeault, suit de près les pourparlers. Métro s’est entretenu avec lui.

Il y a un an, l’Accord de Paris entrait en vigueur. Depuis, les États-Unis se sont retirés de cet accord. Quels sont les enjeux de la COP 23?
Déjà à Paris, en 2015, on savait que les mesures de réduction des gaz à effet de serre que les pays avaient présentées étaient nettement insuffisantes pour atteindre les objectifs qu’ils s’étaient eux-mêmes fixés dans l’Accord de Paris, soit de prévenir un réchauffement de 1,5 à 2 degrés Celsius. Les analyses qui avaient été faites à l’époque montraient que sans Paris, on se dirigeait vers un réchauffement de 3,6 degrés Celsius. Grâce à Paris, au lieu de 3,6 degrés Celsius, on avait quelque chose comme 2,7 degrés Celsius de réchauffement. C’est bien 2,7, c’est mieux que 3,6, mais c’est pas assez. L’un des objectifs à Bonn, c’est de commencer une conversation qui devrait se terminer à la fin de l’année 2018 pour voir comment les pays pourraient présenter des engagements plus ambitieux pour qu’on atteigne les objectifs de l’Accord de Paris.

«Quand on est au Canada et aux États-Unis, s’adapter aux changements climatiques, ce n’est pas facile, mais dans les îles Fidji, en Haïti, et dans des pays insulaires qui sont frappés par des ouragans de plus en plus puissants et qui voient le niveau de la mer augmenter, c’est un enjeu de vie ou de mort.» – Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre, qui a souligné que le financement des pays en voie de développement dans la lutte aux changements climatiques sera aussi abordé pendant la COP 23

Quel est l’apport du Canada dans ces négociation?
Depuis l’arrivée du gouvernement Trudeau, il y a un changement de ton dans les négociations internationales. Le Canada négocie maintenant de bonne foi, il est un joueur constructif. [Il] a quand même posé des gestes importants dans les deux dernières années. Je pense notamment aux investissements dans les transports collectifs. On parle de 25G$ d’ici 2030. C’est du jamais vu.

Par contre, ça fait un an que le Plan canadien de lutte aux changements climatiques est adopté. Il a été endossé par presque toutes les provinces, sauf le Manitoba et la Saskatchewan. Il y a une certaine inquiétude quant au fait qu’il n’y a pas eu beaucoup d’évolution depuis un an. On n’a toujours pas de projet de loi sur la taxe du carbone. Il devait être déposé cet automne, nous disait-on. On n’attend toujours une série de règlements sur l’élimination du charbon d’ici 2030 au Canada et sur les émissions de méthane, qui est un gaz très puissant.

Et les États-Unis?
Le Mexique et le Canada ont signé [lundi] une entente avec quinze États américains dans le cadre de la lutte aux changements climatiques. D’un point de vue politique, c’est une entente historique. Deux pays souverains s’associent à des États fédérés pour contourner un gouvernement fédéral, c’est un sérieux pied de nez à l’administration Trump.

Est-ce que vous vous attendez à une confrontation plus directe entre le Canada et les États-Unis cette semaine?
Non. Les gens qui représentent les États-Unis ne sont pas de très haut niveau. La délégation américaine a le profil très bas. On ne les voit pas beaucoup. On ne les entend pas beaucoup. Ça n’a rien à voir avec ce qu’il se passe à la Maison-Blanche.

Êtes-vous optimiste sur le déroulement des négociations pendant cette COP 23?
Je suis plutôt optimiste. Au-delà des États-Unis, il y a un mouvement pour accélérer le pas dans la lutte aux changements climatiques et pour en faire plus.

 

 

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