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MONTRÉAL — «L’inacceptable insulte» titrait vendredi le Nouvelliste de Port-au-Prince, l’un des plus importants médias d’Haïti, dans un éditorial sous la plume de son rédacteur en chef Frantz Duval.

«Ce cerveau dérangé», renchérissait dans un autre texte du même journal l’auteur et journaliste haïtien Roberson Alphonse.

Les propos du président américain Donald Trump qualifiant plusieurs pays, au premier chef Haïti, de «pays de merde» («shithole countries») ont profondément blessé les citoyens de la perle des Antilles.

«Pour le moment c’est la stupéfaction; M. Trump a habitué tout le monde à toutes sortes de choses déjà, mais maintenant on comprend la violence de tous ses autres propos d’avant», a déclaré Frantz Duval lorsque rejoint par La Presse canadienne.

«M. Trump n’est jamais venu en Haïti, n’a jamais eu de relations particulières avec la communauté haïtienne. Il ne parle que de son point de vue de raciste», a-t-il ajouté.

Son éditorial ne fait d’ailleurs pas dans la dentelle, affirmant d’entrée de jeu que «le propos est raciste et disgracieux» et ajoutant un peu plus loin que «Donald Trump a dépassé toutes les limites de la décence» avec ses propos «graves et injurieux».

Roberson Alphonse est tout aussi lapidaire, écrivant que «son inculture n’a d’égale que sa bêtise». L’auteur n’y va pas par quatre chemins, le classant comme «l’un parmi les millions de malades, de racistes décomplexés qui déversent leur haine au grand jour», tout en voyant «du bon dans ce mauvais: il fait tomber les masques».

Pas le reflet des Américains

Les deux hommes évitent, toutefois, de sombrer dans le même genre de généralisations qui caractérisent le discours du président américain.

«Il n’est heureusement pas le reflet de l’Amérique, pays, en dépit de ses errements, de ses défauts, qui valorise la diversité», écrit M. Alphonse.

Au bout du fil, Frantz Duval reprend le même axe de réflexion: «Je ne pense pas que ce soit une vision partagée par le peuple américain.»

À Montréal, la directrice générale de la Maison d’Haïti, Marjorie Villefranche, allait dans le même sens, se désolant d’abord… pour les Américains. «J’ai eu de la peine pour toutes ces bonnes personnes qui habitent aux États-Unis et qui ont un tel président», a-t-elle confié en entrevue.

Mme Villefranche avoue cependant ne pas avoir été surprise outre mesure de cette sortie «parce que tout le monde le connaît et sait à quel point il est raciste», a-t-elle dit. Elle n’en croit pas moins qu’il est «inimaginable qu’un président puisse tenir un tel discours».

Elle non plus n’est guère impressionnée par l’intellect du président.

«Je pense que c’est un manque d’intelligence. Je pense qu’il n’a aucune éducation, qu’il ne connaît pas l’histoire et qu’il ne comprend même pas la géopolitique. Il ne sait même pas de quoi il parle», laisse-t-elle tomber, découragée.

«Projeter la lumière de la dignité»

La réplique de la communauté haïtienne doit se situer à l’opposé des propos de Donald Trump, selon ces intervenants.

Roberson Alphonse conclut ainsi que la seule réponse valable est de «projeter la lumière de la bonté, de la dignité, de l’intelligence, de l’humanité dans l’obscurité que répand ce cerveau dérangé».

Pour Frantz Duval, le peuple haïtien «doit lever la tête et faire ce que nous avons à faire pour mieux partager la richesse de ce pays», mais il ajoute que «les propos racistes de M. Trump seront toujours et encore des propos racistes quoi qu’Haïti fasse».

L’éditorialiste, dont le ton demeure calme et posé au téléphone malgré la lourdeur du sujet, estime d’ailleurs que ce n’est pas tant Haïti qui doit se remettre en question que les États-Unis eux-mêmes.

«Il faut faire quelque chose d’abord du côté américain parce que les Américains doivent s’inquiéter de ce monsieur qui raconte n’importe quoi, n’importe quand, quel que soit le sujet.»

Cela ne l’empêche pas de tourner un miroir sans complaisance sur Haïti dans son éditorial qui s’adresse aux Haïtiens et non au président des États-Unis. «Changeons l’image à la sueur de notre courage, écrit-il. Cessons d’attendre qu’Haïti se développe tout seul. Cessons de piller ses dernières ressources sans rien donner au pays.»

«Nous avons un pays qui mérite mieux de nous. Un pays à qui nous devons plus. Une meilleure gouvernance et la recherche d’un rêve commun de mieux-être pour tous», ajoute-t-il.

«Chacun a sa part à faire pour essuyer l’inacceptable insulte du raciste», conclut-il.

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