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Pas moins de 5312 élèves qui ont obtenu une note de 58 ou 59% à un examen du ministère en juin dernier ont obtenu la note de passage de 60%. C’est environ 500 notes modifiées de plus que l’an dernier, bien que le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, ait lui-même émis une directive pour mettre fin à cette pratique de majoration des notes dans les écoles.

C’est en répondant à une demande d’accès à l’information faite par la Coalition Avenir Québec (CAQ) que le ministère de l’Éducation a dévoilé ces chiffres.

«Ça démontre une incohérence du ministre Proulx, qui a envoyé une directive aux commissions scolaires au printemps dernier d’arrêter de tripoter les notes, alors qu’il maintient la directive dans son ministère de gonfler artificiellement les notes», a soutenu le porte-parole de la CAQ en matière d’éducation, Jean-François Roberge. Il croit que l’augmentation par rapport à l’an dernier montre que la pratique est «bien implantée au ministère».

«Les examens du ministère sont corrigés différemment parce qu’il y a des milliers d’enseignants qui corrigent, a rétorqué M. Proulx. Chaque épreuve est soumis à un traitement statistique pour ne pas pénaliser un élève parce que dans votre région ou votre école vous vous retrouvez avec un traitement différent.» Il a martelé que sa directive dans les écoles tenait toujours, mais que le traitement statistique allait demeurer, «parce que ce n’est pas la même affaire».

L’examen pour lequel la pratique a été la plus répandue est celui de Science et technologie, où 1143 élèves, 999 du réseau francophone et 144 du réseau anglophone, ont vu leur note être modifiée en juin 2017. Toutefois, c’est plus de 500 élèves de moins qu’en 2016, où 1705 notes avait été majorées. La réussite dans cette matière de 4e secondaire est impérative pour obtenir son diplôme d’études secondaires (DES).

En français de 5e secondaire, 1090 notes ont été augmentées pour permettre d’atteindre le seuil de passage, qui est de 60%, soit une augmentation d’environ 100 modifications par rapport à 2016.

C’est à l’examen de mathématiques: science naturelle que la plus forte hausse d’altérations est remarquée. Pas moins de 997 élèves des réseaux francophone et anglophone ont pu obtenir la note de passage alors qu’il leur manquait un ou deux points en 2017. En 2016, seuls 296 élèves avaient bénéficier de cette pratique.

«Qu’est ce qui amène le ministère à modifier les résultats? se questionne le président de la Fédération autonome de l’enseignement, Sylvain Mallette. Le ministre devrait être capable de nous expliquer pourquoi il y en a plus cette année. Est-ce que les épreuves ont été mal conçues? Est-ce que les grilles de correction ne correspondaient pas à ce qui avait été enseigné?»

Réussite à tout prix

Selon M. Mallette, ce traitement statistique s’inscrit dans une logique de «réussite à tout prix». «Ça va même amener le ministère à demander aux professeurs qu’ils recorrigent les épreuves parce qu’on a constaté qu’un nombre que le ministère juge anormalement élevé d’élèves a échoué», a-t-il rapporté, spécifiant que dans ces cas, on demande d’attribuer «la meilleure des deux notes».

Le président de la FAE croit que le ministre «laisse croire que les professeurs ne sont pas capables de corriger» en justifiant le traitement statistique en évoquant des distorsions régionales.

Le député Jean-François Roberge, juge aussi que la modifications des résultats vise à «gonfler artificiellement les taux de diplomation».

Il est difficile d’évaluer l’impact exact des corrections de notes sur le taux de diplomation. En français de 5e secondaire, par exemple, 1,8% des élèves qui se sont soumis à l’examen ont bénéficié d’une majoration. Toutefois, il est impératif d’avoir une note de 60% au cumulatif de l’année pour obtenir son diplôme. Les élèves peuvent également suivre des cours d’été et se soumettre à une reprise d’examen.

«Tu n’as pas un diplôme parce que tu as réussi un examen du ministère, c’est un préalable et ça s’ajoute à la pondération des [autres] notes», a défendu M. Proulx.

Le gouvernement a d’ailleurs publié jeudi les plus récentes données du taux de diplomation au secondaire. Pour le DES, celui-ci se fixe à 74% en 2015-2016, en hausse par rapport aux sept dernières années. Il était de 68,8% en 2008-2009 et de 72,7% en 2014-2015. À noter que ce taux est calculé en incluant tous les élèves qui ont obtenu leur diplôme dans les sept années qui ont suivi leur entrée au secondaire.

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