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Les organismes communautaires œuvrant auprès d’utilisateurs de drogue injectable (UDI) ne recevront pas d’argent fédéral dédié pour la lutte à la crise des opioïdes. Québec a choisi de verser les 3,1M$ du fonds fédéral à des instituts de recherche.

Le cabinet de la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a confirmé à Métro que l’entièreté de l’argent du Programme sur l’usage et les dépendances aux substances (PUDS) qu’Ottawa avait prévu pour le Québec serait versé à l’Institut national de santé publique (INSPQ) et à l’Institut universitaire sur les dépendances (IUD).

«Notre déception est jumelée à une certaine irritation parce que ces fonds du fédéral, ailleurs au Canada, ont été distribués en partie dans le milieu communautaire», déplore la directrice générale de Cactus Montréal, Sandhia Vadlamudy.

En novembre, Cactus Montréal et Dopamine avaient d’ailleurs fait une sortie avec le Parti québécois pour réclamer ces 3,1M$. «Dans le communautaire, il y a plusieurs projets qui sont en péril. Notre projet Dopalliés tombe sans financement le 1er avril», illustre le directeur général de Dopamine, Martin Pagé.

Ce projet de pairs aidants était financé par le Fonds d’intervention communautaire (FIC), mais les critères d’attribution ont été revus et «peu ou pas de projets en lien avec les personnes qui consomment des drogues ont été retenus», déplore M. Pagé. Il s’attendait à ce que le PUDS puisse venir remplacer les fonds versés par le FIC, mais ce ne fut pas le cas.

«Dans la situation actuelle, ça ne fait aucun sens que des groupes qui travaillent avec des personnes qui utilisent des drogues par injection ou inhalation perdent des fonds, plutôt que d’en recevoir pour déployer une offre de service plus intensive.» – Sandhia Vadlamudy, directrice générale de Cactus Montréal

Les deux instituts de recherche, qui ont reçu les fonds, ont la «responsabilité d’élaborer les projets» et de trouver des partenaires pour «améliorer les connaissances et les pratiques» en matière de lutte aux dépendances, et donc à la crise des opioïdes. Selon le cabinet, des organismes communautaires seront sollicités «dans les prochaines semaines».

Mme Vadlamudy craint toutefois que l’argent, octroyé dans le budget fédéral de l’an dernier, ne puisse être dépensé avant la fin de l’année fiscale, faute de temps. «L’argent a été octroyé pour 2017-2018 et, à ma connaissance, les projets ont été approuvés très tardivement. Ça s’ajoute à notre irritation parce que ce sont des fonds qui vont probablement nous échapper à tous, pas seulement au milieu communautaire», affirme-t-elle.

S’il convient que la «recherche est importante», le directeur général de l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD), Jean-François Mary, se désole que les organismes de terrain aient «perdu cet argent». «Les institutions ne nous font pas confiance, estime-t-il. C’est la même chose que pour les sites d’injection supervisée qui ont des protocoles très cliniques.»

M. Mary évoque aussi la distribution de la naloxone, un antidote aux surdoses d’opioïdes, qui n’est pas permise par les organismes communautaires, mais seulement dans les pharmacies.

Si des fonds fédéraux sont prévus dans le budget qui sera déposé mardi, Sandhia Vadlamudy, espère que ceux-ci seront «disponibles pour la communauté». «Nous faisons des démarches pour réactiver la sonnette d’alarme», rapporte-t-elle.

D’abord prévu à la l’automne, le lancement de la Stratégie nationale de prévention et de réponses aux surdoses d’opioïdes se fait toujours attendre du côté de Québec. Questionné sur l’échéancier, le cabinet de la ministre Charlebois a répondu qu’elle serait déposée dans «quelques semaines».

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