MONTRÉAL — Guy Turcotte devra patienter avant de savoir si sa peine pour le meurtre de ses deux enfants, Olivier et Anne-Sophie, sera réduite ou non: après avoir écouté la plaidoirie de son avocat mardi, la Cour d’appel a mis l’affaire en délibéré.

L’ex-cardiologue conteste sa peine de prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 17 ans. Il espère être admissible à une libération plus rapidement. L’homme est actuellement incarcéré dans un pénitencier et n’était pas dans la salle de cour, mardi.

Son procureur, Pierre Poupart, a fait valoir d’emblée que le juge ayant imposé la peine a évacué de façon «spectaculaire» tout l’aspect relatif à l’état mental de son client, lorsqu’il a évalué la période qu’il devait obligatoirement passer derrière les barreaux.

Il a rappelé que les experts qui ont témoigné, s’ils n’étaient pas d’accord sur tout, l’étaient au moins sur un point: Guy Turcotte vivait une grande souffrance psychiatrique, a insisté Me Poupart. D’ailleurs, il n’a jamais vu, «de toute sa carrière», a-t-il insisté, une aussi grande unanimité des experts sur la détresse d’un individu.

«Celui qui est le plus terrorisé de ce qu’il a fait, c’est lui!», s’est exclamé le procureur devant les trois juges de la Cour d’appel, à Montréal.

Me Poupart s’en est pris particulièrement à une phrase du juge André Vincent, de la Cour supérieure, qui a rendu le jugement sur la peine: celle où le magistrat a écrit que son client a tué ses enfants «de sang-froid».

La preuve ne supporte pas du tout une telle conclusion, a-t-il soutenu.

On peut être conscient de la souffrance que l’on impose, et «on peut être en même temps très malade et agir, par aberration du cerveau humain, et penser rendre service». Les avocats de Turcotte avaient plaidé au procès qu’il avait voulu se suicider et décidé d’emmener ses enfants avec lui dans la mort, pour éviter qu’ils ne trouvent son corps le lendemain.

Selon Me Poupart, le juge Vincent a erré et aurait dû imposer une peine moins sévère, donc moins longue. Il a souligné à maintes reprises que son client n’est pas dangereux et «ne pose pas de risque pour la population».

Guy Turcotte a été condamné par un jury pour double meurtre non prémédité le 6 décembre 2015, au terme d’un second procès. Lors du premier, qui avait eu lieu en 2011, l’ex-cardiologue avait été reconnu non criminellement responsable de la mort de ses enfants, pour cause de trouble mental. Ce verdict avait soulevé l’ire d’une partie de la population.

Le père a reconnu avoir poignardé à mort Anne-Sophie, âgée de trois ans, et Olivier, âgé de cinq ans, le 20 février 2009. Il avait toutefois plaidé non coupable et présenté la défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Il avait initialement fait appel de son verdict de culpabilité. Il a toutefois renoncé par la suite à cette possibilité — et à un troisième procès.

Isabelle Gaston était présente mardi en Cour d’appel. Les deux parents de Guy Turcotte étaient aussi assis dans la salle, afin de voir le sort qui sera réservé à leur fils.

«Je ne suis pas impressionnée», a laissé tomber spontanément Mme Gaston, au sujet de la plaidoirie de la défense.

«Je demeure persuadée que 17 ans, ce n’est pas beaucoup pour avoir tué deux enfants dans un contexte de simple séparation. Quand je dis ‘simple’, je ne dis pas que ce n’est pas souffrant et que je n’aurais pas aimé que ça se passe différemment, mais il y a deux enfants qui ont payé de leur vie», a-t-elle confié aux journalistes, disant devoir encore, aujourd’hui, lutter pour enlever d’horribles images de sa tête.

«L’état mental, ça a toujours été clair pour moi que ce doit être dans des cas de psychose grave», a-t-elle souligné, et non pas pour un cas de trouble d’adaptation — le diagnostic de Guy Turcotte.

«Si on diminue les sentences (dans de pareils cas), on s’expose à une explosion de violence qui pourrait arriver dans la population», croit-elle, car tout le monde qui perd son emploi ou vit une situation difficile pourra se servir de cet argument.

Le procureur de la Couronne, René Verret, a aussi offert des arguments sur l’état mental de Guy Turcotte, en Cour d’appel, mardi. Il a rappelé que le jour même des meurtres, l’homme a travaillé comme cardiologue, et qu’il avait loué une maison peu avant — il n’était pas en psychose ni déconnecté de la réalité. Bref, il était responsable de ses actes, a-t-il fait valoir.

«Cette peine-là s’accorde avec les valeurs de notre société», a soutenu Me Verret, soulignant que la période de 17 ans avant d’être éligible à la libération conditionnelle est «tout à fait justifiée», notamment vu la gravité du crime: «Il n’y a pas de mots pour décrire les circonstances de ces infractions». Les enfants avaient reçu 46 coups de couteau.

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