THE CANADIAN PRESS

OTTAWA — Des employés parlementaires sont divisés sur l’efficacité d’un projet de loi fédéral pour contrer le harcèlement sexuel qui doit pourtant les aider.

La Presse canadienne a fait parvenir un questionnaire sur les inconduites et le harcèlement sexuels aux employés de députés, de sénateurs et de ministres dans la foulée du mouvement #moiaussi. En tout, 266 personnes des deux sexes y ont répondu de façon anonyme. Le questionnaire incluait une question sur le projet de loi C-65 qui vise à mieux protéger les employés sous juridiction fédérale de toutes les formes de harcèlement, incluant de nature sexuelle. Pour la première fois, le Code canadien du travail s’appliquerait aux employés parlementaires.

Malgré cette avancée, ceux-ci sont divisés sur l’efficacité d’une telle mesure. Quatre-vingt-dix-huit personnes, soit plus de la moitié des 179 qui ont choisi de répondre à cette question, estiment que les modifications proposées dans C-65 seront efficaces. Quatre-vingt-une d’entre elles croient plutôt le contraire.

«Il y a une culture du silence sur la colline du Parlement, écrit une répondante. On nous avertit à répétition de ne jamais faire de plainte parce que nous ne serons jamais réembauchés. Alors, je doute que C-65 fera une différence. Ça équivaut à mettre fin à sa carrière.»

«Ça ne changera pas la dynamique de pouvoir entre de jeunes employés parlementaires et de puissants politiciens», note une autre.

«Le Code canadien du travail a été fait pour des situations régulières d’emploi où la balance de pouvoir (sic) est beaucoup plus équilibrée», remarque une personne en soulignant la différence de sécurité d’emploi entre un employé du Sénat qui peut se faire remercier à tout moment et un sénateur qui est nommé jusqu’à 75 ans.

«Le projet de loi ne va pas remédier à la culture entourant l’alcool et les fêtes où ces comportements trouvent leur origine», écrit un autre employé.

D’autres pointent l’absence d’une définition du harcèlement dans le projet de loi comme étant problématique, le risque d’avoir des cas non-fondées et l’absence d’indépendance politique puisque la ministre du Travail pourrait recevoir les plaintes concernant la Chambre des communes.

«Un ministre (ou tout autre membre du parti au pouvoir) ne devrait pas être la personne qui enquête, écrit un employé. Ça laisse trop de pouvoir entre les mains de quelqu’un qui est partisan. Ça pourrait influencer la décision d’une victime de faire une plainte ou non.»

En vertu du projet de loi C-65, les employés parlementaires auraient accès à une tierce partie neutre pour étudier leurs plaintes. Toute personne qui serait insatisfaite par la façon dont sa plainte est gérée pourrait aviser la ministre du Travail.

Pour plusieurs répondants, il s’agit plutôt d’un pas dans la bonne direction qui permettra de mieux les protéger.

«C-65 exige que des mesures soient mises en place pour protéger l’anonymat des employés qui dénoncent les situations de harcèlement et de violence», écrit une répondante.

Une fois adopté, le projet de loi permettra de mieux sensibiliser les parlementaires et leurs employés pour ainsi d’éliminer les zones grises, selon d’autres personnes qui ont répondu au questionnaire.

«Il protégera les employés parlementaires des congédiements sans justification, alors ils devraient se sentir plus libre de refuser les avances et de dénoncer le harcèlement sexuel», écrit une autre personne.

«Je pense que toute l’attention portée à ce problème et la peur qu’il y ait davantage de répercussions fait en sorte que tout le monde sur la colline du Parlement se demande si leur comportement pourrait mettre fin à leur carrière politique, écrit une employée. J’adore!»

La ministre du Travail, Patty Hajdu, a déjà affirmé à plusieurs reprises qu’elle s’attendait à un changement de culture, rien de moins. Elle s’est également dite ouverte à des amendements qui pourraient l’améliorer. Le projet de loi C-65 est présentement à l’étude en comité à la Chambre des communes.

Méthodologie
La Presse canadienne a envoyé le questionnaire par courriel aux employés parlementaires qui travaillent présentement pour des députés, des sénateurs ou des ministres sur la colline du Parlement. Ceux-ci avaient du 20 février au 12 mars pour y répondre et ont été encouragés à envoyer le questionnaire à d’autres employés. Il ne s’agit pas d’un sondage scientifique puisqu’il n’y a aucune façon de savoir combien d’employés ont reçu le questionnaire. La Presse canadienne partagera ces données avec Samara Canada, un organisme non partisan à but non lucratif voué à l’engagement citoyen, qui les utilisera pour des recherches ultérieures.

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