La Presse canadienne

QUÉBEC — Alexandre Bissonnette a dit regretter de ne pas avoir tué plus de personnes à la mosquée de Québec le 29 janvier 2017. Il voulait la gloire, a-t-il aussi déclaré à une intervenante sociale en santé mentale du centre de détention, en septembre 2017.

Celle-ci, Guylaine Cayouette, l’a rencontré le 20 septembre 2017 à la demande d’une infirmière; il ne se sentait pas bien ce jour-là. Mme Cayouette a consigné ses paroles dans un rapport et sa déclaration écrite a été déposée en preuve lundi par la Couronne, dans le cadre des audiences sur la détermination de la peine qui lui sera imposée.

Dès qu’il s’est assis dans le bureau de l’infirmière, à la prison d’Orsainville, le jeune homme de 28 ans a commencé à pleurer, note-t-elle.

Il lui a lancé qu’il «était tanné de jouer un rôle» et que ce n’était pas vrai qu’il ne se souvient pas de ce qu’il a fait ce soir-là, car il se souvient «de tout». Il se met à raconter le début de l’attaque à la mosquée, alors que lors de son interrogatoire policier du 30 janvier 2017, il disait fréquemment ne pas se souvenir de ce qu’il avait fait la veille, admettant parfois «avoir des flashes».

Deux médecins qui l’ont évalué ne croyaient pas qu’il entendait des voix, rapporte-t-il.

Bisonnette dit qu’il idolâtrait les tueurs en série depuis l’adolescence et qu’il voulait faire un geste d’éclat depuis.

«Je regrette de ne pas avoir tué plus de personnes. Les victimes sont au ciel et moi je vis l’enfer», a écrit Mme Cayouette dans son rapport pour la Sécurité publique, en relatant les propos qu’Alexandre Bissonnette lui a tenus.

«Je voulais la gloire», est-il aussi rapporté dans ce document.

Mais il prend soin de mentionner qu’il ne visait pas les musulmans: il aurait pu tuer n’importe qui ce jour-là.

Bissonnette a mentionné vouloir mourir à plusieurs reprises lors de cette rencontre. Il dira même qu’il a «manqué son coup», car il devait s’enlever la vie le 29 janvier 2017.

Déjà lors de cette rencontre, il a indiqué qu’il voulait plaider coupable et aviser son avocat. Il a écrit une lettre, qu’il veut lire dans la salle de Cour, confie-t-il à Mme Cayouette. Ce qu’il a effectivement fait le 28 mars dernier, lorsque le juge a accepté ses plaidoyers de culpabilité pour six meurtres et six tentatives de meurtre.

Mme Cayouette indique que l’accusé était dans un protocole anti-suicide depuis le début de son incarcération. Ce jour-là, elle le décrit dans ses notes comme étant calme, le visage plutôt figé, «sauf lorsqu’il pleure». Il a une attitude hautaine, écrit-elle. Il semble déprimé mais n’a pas d’idées délirantes. Le juge Francois Huot, de la Cour supérieure, qui préside les observations sur la peine, a noté qu’elle n’est pas médecin.

L’avocat de Bissonnette, Charles-Olivier Gosselin, a souligné au juge qu’à la suite de sa rencontre avec l’intervenante, son client a été placé dans une cellule capitonnée, vu son état.

Déclaration de son père

Le père de Bissonnette n’arrive pas à croire que son fils soit le suspect de la fusillade. Rencontré par les policiers de la Sûreté du Québec au lendemain de la tuerie, il dit vraiment penser qu’il s’agit d’un malentendu. Son fils aime les choses positives, dit-il. Il adore la nature et cuisiner.

Son fils était «comme d’habitude» la veille. Il n’a rien remarqué de spécial, répond-il aux questions des policiers. Alexandre est «solide et songé», indique-t-il dans une déclaration écrite, que la Couronne a déposée en preuve.

Preuve extraite de son ordinateur

La Couronne a déposé un autre rapport lundi: celui de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), réalisé à la suite de l’extraction informatique des informations contenues dans l’ordinateur portable de Bissonnette.

Cela révèle qu’il a consulté à de nombreuses reprises en janvier 2017 la page Facebook et le site internet du Centre culturel islamique de Québec, là où se trouve la mosquée où il a abattu six fidèles — dont une recherche à peine deux heures avant la tuerie du 29 janvier.

Il a aussi fréquemment visité en janvier 2017 les pages web de deux groupes de femmes, dont Féministes en mouvement de l’Université Laval (FEMUL), fait une multitude de recherches sur le président américain Donald Trump ainsi que sur des armes à feu.

Les recherches sur la mosquée de Québec et un groupe musulman l’ont été à répétition en janvier 2017: lors de sept jours différents, il s’est rendu sur la page Facebook du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ). Il a aussi consulté directement le site internet du CCIQ et la page Facebook de l’Association des étudiants musulmans de l’Université Laval, là où il faisait ses études, lors de 10 journées différentes.

Le seul jour de la fusillade, il se rendra 12 fois sur le site du CCIQ.

Ces sujets ont été ciblés par les policiers: on ne sait toutefois pas quel pourcentage de la totalité de ses recherches ils représentent.

Parmi les autres sujets de prédilection du jeune homme sur internet: les tueries de masse et leurs auteurs comme le suprémaciste blanc américain Dylan Roof, Marc Lépine, qui a perpétré le massacre de l’École Polytechnique à Montréal, et Justin Bourque, qui a tué trois policiers de la GRC à Moncton au Nouveau-Brunswick en 2014. Selon l’un de ses amis, Alexandre Bissonnette avait un «intérêt remarquable» pour les tueries de masse.

Selon ce qu’il a déclaré aux policiers le lendemain de la tuerie, Bissonnette approuvait la vision du président Trump sur l’immigration, croyant que le nombre d’immigrants devait être restreint puisque des terroristes pouvaient se cacher parmi eux.

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