Francis Vachon/La Presse canadienne Aymen Derbali

QUÉBEC — Aymen Derbali a hésité avant de se rendre prier à la mosquée le 29 janvier 2017, parce qu’il était en retard. Mais il y est quand même allé, une décision qui s’avéra lourde de conséquences car il s’est retrouvé être le premier dans la ligne de tir d’Alexandre Bissonnette.

L’homme est devenu tétraplégique après avoir été atteint par sept des 48 balles du tireur.

M. Derbali, âgé de 41 ans, est la première victime à témoigner lors des audiences sur les représentations sur la peine à être imposée à Alexandre Bissonnette. Attaché dans son fauteuil roulant, il a raconté au juge François Huot, de la Cour supérieure, ce qu’il a vécu.

Bissonnette a été déclaré coupable fin mars de six meurtres au premier degré et de six tentatives de meurtre. Il a plaidé coupable.

Aymen Derbali a passé six mois à l’hôpital dont deux aux soins intensifs.

C’est dans son lit d’hôpital qu’il a appris la mort de six membres de sa communauté.

Le père de trois enfants originaire de la Tunisie a expliqué qu’il était occupé à configurer une télévision pour son fils lorsqu’il a réalisé qu’il allait être en retard pour la prière de 19 h 30.

Quelques instants d’hésitation, puis la décision a été prise: il s’y rend.

Il venait à peine d’entrer dans la salle de prière quand il a entendu des coups de feu. Il s’est retourné.

«J’étais la personne la plus proche.»

Il raconte avoir reçu une première balle dans la jambe et être tombé par terre.

M. Derbali dit avoir tenté de ramper pour arrêter le tireur, mais que celui-ci s’est «acharné sur lui».

Au total sept balles, dont une qui s’est logée dans sa colonne vertébrale. Elle devra y rester, dit-il, car il est trop dangereux de l’enlever. Mais il ne pourra plus marcher. Et il a des douleurs «insupportables» dans ses mains et ses doigts, en raison d’une balle reçue dans le bras. Cela l’empêche de prendre ses enfants dans ses bras et de les surveiller comme il faut, dit-il.

Ses enfants vont mieux maintenant, dit l’homme. Car il peut désormais aller à la maison lors des journées de la fin de semaine. S’il ne peut y passer la nuit, sa présence apporte toutefois un sentiment de normalité à la famille. Autrement, il demeure dans un centre de réadaptation.

La mosquée de Québec n’est pas une pépinière de terroristes, a-t-il lancé au juge Huot. «On est des pères de famille, des actifs dans la société», dit-il en expliquant les projets d’aide à la communauté mis sur pied par le Centre culturel islamique de Québec, auquel est rattachée la mosquée.

Regrets d’Alexandre Bissonnette

L’auteur de l’attentat n’était pas sincère quand il a lu sa lettre dans la salle de cour le 28 mars dernier, juge l’homme. Une lettre dans laquelle Bissonnette disait regretter amèrement ce qu’il a fait.

«Il voulait un peu de compassion des autres», juge-t-il.

Il refuse l’affirmation du tireur selon laquelle il n’est pas un terroriste.

«Il a terrorisé toute une population avec une très grande préméditation», dit-il.

«Il était déterminé à nous tuer tous.»

M. Derbali trouvait important de témoigner lundi devant le juge, pour se libérer, et pour que tous sachent les conséquences de l’attentat.

«Ça a laissé des orphelins et des familles dans le chagrin», dit-il.

Le juge Huot a tenu à saluer le courage de l’homme et son dévouement envers ses semblables. «On peut en tirer une grande leçon», a dit le juge.

Malgré tout ce qu’il a vécu, il ne quittera pas Québec, une ville qu’il aime. Et où il veut élever ses enfants, a-t-il affirmé.

Mardi, d’autres victimes et des proches des six hommes abattus viendront à leur tour témoigner.

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