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QUÉBEC — Le projet de Réseau express métropolitain (REM) est «la pire atteinte à l’indépendance» de la Caisse de dépôt et placement de son histoire, en raison du choix du tracé, selon l’opposition officielle.

Le porte-parole en finances de l’opposition péquiste, Nicolas Marceau, a lancé un message, jeudi, en conférence de presse, au président de la Caisse de dépôt, Michael Sabia, pour pouvoir l’entendre sur cet enjeu. Rappelons que la Caisse de dépôt est censée être totalement indépendante et à l’abri de toute ingérence politique dans ses décisions.

M. Marceau l’accuse d’avoir laissé passer un cas d’ingérence politique du gouvernement Couillard dans le choix du tracé du REM, le futur train de banlieue qui est la propriété de la Caisse de dépôt.

«J’aimerais plutôt entendre Michael Sabia sur la pire atteinte de l’histoire de la Caisse à son indépendance, qui s’est déroulée sous les yeux de tous les Québécois dans les deux dernières années, avec le choix du tracé du REM, a-t-il déclaré à l’Assemblée nationale. (…) Il n’y a rien qui s’approche de ça.»

Le Parti québécois dénonce notamment l’extension d’une antenne du réseau de train du REM dans l’ouest de l’île de Montréal, dans des circonscriptions libérales.

L’opposition péquiste cite entre autres le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), qui avait conclu que cette ligne n’allait pas être rentable: son coût allait être trop onéreux pour un achalandage qui ne le justifie pas.

«Ligne rouge»

Le PQ qualifie cette future antenne de «ligne rouge» — la couleur associée au Parti libéral — et a nommé ses éventuelles stations Leitao, Coiteux et Kelley, du nom de trois ministres, Carlos Leitao, Martin Coiteux et Geoffrey Kelley, dont les circonscriptions seront traversées par le train du REM. La Presse avait d’ailleurs rapporté que ces ministres avaient fait pression pour prolonger le REM chez eux.

En entrevue avec La Presse canadienne jeudi après-midi, le député péquiste Alain Therrien a renchéri sur les propos de son collègue.

Celui qui est porte-parole de l’opposition concernant la Caisse et le REM soutient que le gouvernement a «imposé» l’ajout de cette ligne non rentable à Michael Sabia, qui a accepté en autant qu’on lui garantisse le profit de 8 pour cent par an pour le projet du REM.

«La Caisse n’aurait jamais fait de son propre chef une ligne de cette façon-là. (…) Ils (le gouvernement) ont dessiné une ligne, et ont dit: « tu vas nous faire ça, mon chum ». C’est grave.»

La Caisse investit 3 milliards $ dans son projet, à 8 pour cent de rendement, elle exige donc 240 millions $ par an. Or, incidemment, le gouvernement versera un financement annuel de 240 millions $ récurrent, comme partie intégrante d’une redevance, à partir du moment où le REM fonctionnera à plein régime, au milieu des années 2020, a fait remarquer M. Therrien.

«Le REM est devenu une pompe à fric, parce que pour rentabiliser un segment aussi long, le gouvernement doit verser beaucoup de sous», a-t-il imagé.

Le député ne va pas toutefois jusqu’à remettre en question la confiance de l’opposition en la direction actuelle de la Caisse de dépôt. «Je ne mets pas en cause M. Sabia, c’est le gouvernement qui lui a imposé ça», a-t-il déploré.

Rappelons que le PQ est un adversaire féroce du REM dans sa forme actuelle. Il a proposé récemment l’abandon du REM pour réorienter l’argent vers un vaste réseau de bus rapides, de tramways et une bonification majeure des services de trains de banlieue pour desservir l’ensemble de la grande région métropolitaine.

Évalué à un peu plus de 7 milliards $, le plan du PQ prévoit neuf circuits de bus rapide dans l’Est et l’Ouest de Montréal, sur la Rive-Sud et sur la couronne Nord, cinq lignes de tramways électriques dont quatre sur l’île desservant le secteur de l’hippodrome, l’aéroport international Montréal-Trudeau, l’Est de Montréal jusqu’à son extrémité et le boulevard Saint-Laurent.

Le REM est un projet de plus de 6,3 milliards $ financé à moitié par la Caisse de dépôt et pour l’autre moitié par Québec, le fédéral et Hydro-Québec. Donc si on ajoute les 3 milliards $ investis par les pouvoirs publics aux 11 milliards $ versés en redevances sur 20 ans, pas moins de 14 milliards $ seront versés en fonds publics et en tarifs aux usagers à ce réseau entièrement privé, propriété de la Caisse.

Le REM comprendra une grande ligne allant de la couronne nord (Deux-Montagnes) à la Montérégie (Brossard) en passant par l’île de Montréal, ainsi que deux segments vers l’ouest de l’île, pour un total de 26 stations. Le coup d’envoi des travaux a été donné la semaine dernière.

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