QUÉBEC — L’idée d’adopter une loi visant à imposer la parité pour les femmes en politique est loin de faire l’unanimité à l’Assemblée nationale.

Le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, est le seul des chefs des trois grands partis à avoir pris position clairement, mardi, en faveur d’une telle loi, qui aurait pour effet d’obliger les partis à présenter au moins 40 pour cent de candidatures féminines.

Sans fermer la porte à double tour, le chef libéral et premier ministre Philippe Couillard a émis d’énormes réserves, quant à lui, lorsqu’il a été invité à se prononcer sur l’à propos d’une telle loi.

De son côté, le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, a refusé de se prononcer, affirmant que le sujet devait d’abord être discuté en caucus, façon polie d’esquiver la question.

Les trois chefs politiques étaient invités mardi à prendre position sur la pertinence d’adopter une loi pour favoriser l’élection d’un plus grand nombre de femmes, à l’occasion d’un événement organisé par le groupe féministe Femmes, politique et démocratie.

Le groupe fait pression sur la classe politique pour qu’elle s’engage à légiférer sans tarder pour forcer les partis à présenter au moins 40 pour cent de candidatures féminines en 2022. La barre serait haussée à 45 pour cent lors du scrutin suivant, en 2026.

Québec solidaire était aussi présent à l’événement, tenu à la Bibliothèque du parlement, mais son cas est différent car le parti a déjà inscrit dans ses statuts l’égalité absolue (50-50) du nombre de candidatures hommes-femmes.

Les fortes réserves exprimées par MM. Couillard et Legault sur l’idée de légiférer en cette matière n’ont pas empêché les deux chefs de se poser en champions de la promotion des femmes en politique.

Lors d’une mêlée de presse, en marge de la rencontre, le premier ministre Couillard a fait valoir que les élus devaient faire preuve de prudence, avant de légiférer pour imposer la parité hommes-femmes.

«Plus on légifère, plus on risque de faire des erreurs. Alors, on va être prudent», a-t-il commenté.

Sur le fond de la question, il a refusé de se prononcer, sous prétexte que la question devait être débattue en caucus.

L’idée d’un projet de loi, «on va l’étudier en caucus, en équipe, pour donner une réponse plus structurée», a-t-il dit.

Quant à l’idée de mieux financer les partis qui présenteraient plus de femmes, cela demeure une option controversée, donnant l’impression qu’on pourrait «monnayer» la place des femmes en politique, une façon de faire qui est loin de faire l’unanimité, tant chez les femmes que chez les hommes, a-t-il dit.

Même s’il écarte pour l’instant l’idée de légiférer, il dit s’engager «sans réserve» à viser la «zone de parité» (soit au moins 40 pour cent) pour ce qui est de la proportion de candidatures féminines libérales, lors du prochain scrutin.

«Je souhaite beaucoup qu’on y arrive», a dit le chef libéral, qui veut aussi «viser» la zone de parité pour la formation du prochain conseil des ministres.

Avant de se prononcer sur la pertinence de déposer une loi, le premier ministre a également dit attendre de connaître les conclusions de la commission parlementaire qui doit présenter incessamment un rapport sur la question.

Or, La Presse canadienne révélait dernièrement que le groupe d’élus qui planche sur ce dossier depuis deux ans s’apprêtait à renoncer à toute mesure coercitive, incluant une loi, privilégiant plutôt les mesures incitatives.

De son côté, le chef caquiste a paru partager les réserves et la prudence du premier ministre.

«Je veux pas m’avancer sur un projet de loi que je ne serai pas capable de respecter», a commenté François Legault, en mêlée de presse, après l’événement.

Lui aussi a reporté la décision à plus tard, sans fixer d’échéance: «On va en discuter en caucus, puis on vous reviendra», a-t-il laissé tomber.

L’important pour lui consiste à présenter en octobre prochain «le plus de femmes possible» sous la bannière caquiste, en visant l’objectif de 40 pour cent de candidatures féminines, dont plusieurs «dans des comtés prenables».

Il s’est aussi engagé, s’il forme le prochain gouvernement, à présenter un conseil des ministres paritaire.

Surtout, M. Legault mise sur une réforme du mode de scrutin pour favoriser un meilleur équilibre des sexes à l’Assemblée nationale. Il veut instaurer un mode de scrutin proportionnel mixte, et s’engage à présenter une liste de candidats caquistes composée à 50 pour cent de femmes.

Le chef du PQ, Jean-François Lisée, a été le seul à souscrire aux demandes des féministes, en se prononçant clairement pour l’adoption d’une loi.

Il a positionné son parti comme étant celui de «la parité, le parti de l’égalité, le parti de la marche des femmes vers l’égalité».

Un gouvernement péquiste verrait donc à faire adopter une loi contraignante, pour être «en phase avec l’époque», a-t-il dit.

«C’est le temps de donner un élan supplémentaire, un élan législatif» au progrès des femmes en politique, a commenté M. Lisée en mêlée de presse, en se disant d’accord avec le principe de «monter le degré de difficulté pour les partis».

Le groupe Femmes, politique et démocratie a profité de l’occasion pour présenter aux chefs politiques un manifeste en faveur de la parité.

L’initiative est soutenue par 24 organisations regroupant 468 organismes affiliés.

À l’heure actuelle, l’Assemblée nationale compte 29 pour cent de femmes.

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