Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Dans toute sa majesté et son lieu enchanteur, le Manoir Richelieu à La Malbaie, qui s’apprête à accueillir les dirigeants des grandes puissances de la planète pour le sommet annuel des pays du G7 en juin, cache de douloureux souvenirs: ceux d’un conflit de travail historique survenu il y a un peu plus de 30 ans, opposant l’homme d’affaires Raymond Malenfant à la CSN, qui avait fait un mort.

En décembre 1985, l’hôtelier avait acheté le Manoir Richelieu du gouvernement du Québec pour la somme de 555 555 $. Du même coup, il s’était engagé à y investir 10 millions $ en rénovations et à l’exploiter pendant toute l’année.

L’entente de principe qui avait été conclue ne faisait pas mention du syndicat. D’ailleurs, l’hôtel n’était pas géré par le gouvernement, mais par la famille Dufour depuis 1983. Et en 1984, les Dufour louaient les actifs du manoir pour l’exploiter. Et ce sont eux qui avaient signé une convention collective de trois ans avec le syndicat, jusqu’en 1987.

Raymond Malenfant a toujours prétendu qu’il s’était porté acquéreur du manoir, et non de la convention collective et des 300 salariés qui y travaillaient.

Il a donc entrepris les travaux de rénovation et embauché ses propres employés, dont certains des ex-syndiqués. Le syndicat avait répliqué en déposant des griefs.

Peu à peu, le conflit s’est envenimé, marqué par des manifestations. La région était déchirée.

Des actes de vandalisme ont été perpétrés au manoir: portes défoncées, mobilier renversé, bleu de méthylène déversé dans l’eau potable, dommages causés au golf, notamment. Les dommages avaient été évalués à 300 000 $, relate Michelle Dufresne, du Département d’histoire de l’Université de Montréal, dans une recherche effectuée sur le conflit.

Le 17 octobre 1986, d’anciens syndiqués et des gens qui les appuient envahissent le manoir et mettent un étage sens dessus dessous. Les dommages atteignent 20 000 $. Les policiers procèdent à l’arrestation de 71 manifestants, relate Mme Dufresne dans sa recherche.

La mort de Gaston Harvey

Le 25 octobre 1986, une manifestation d’appui aux ex-employés du manoir tourne mal. Le conjoint d’une ex-travailleuse du Manoir Richelieu, Gaston Harvey, meurt durant son transport à l’hôpital, après une intervention policière.

«J’accuse la Sûreté du Québec d’avoir tué Gaston Harvey», tonne le président de la Confédération des syndicats nationaux de l’époque, Gérald Larose.

Le gouvernement nommera un médiateur spécial et ordonnera la tenue d’une enquête publique sur les causes et les circonstances de la mort de Gaston Harvey. Celle-ci a été tenue par le juge Robert Sansfaçon, nommé coroner ad hoc à cette fin. En mars 1987, le coroner conclut que Gaston Harvey est mort des effets combinés de l’alcool, de la lutte, du stress et de diverses compressions du cou.

En 1987, la CSN annonce qu’elle prépare une campagne de publicité dans les médias ontariens et américains contre le Manoir Richelieu et les auberges Universel qui appartiennent aussi à Raymond Malenfant, avec le slogan «Say Hell to Universal Motels», relate Mme Dufresne dans sa recherche.

Mais en mai 1987, un juge accorde à M. Malenfant une injonction permanente qui interdit cette campagne négative.

Gérald Larose promet «un été chaud» à Raymond Malenfant, rapporte Mme Dufresne.

Le 23 mai 1987, une bombe explose au restaurant Le Bordelais du motel Universel à Chicoutimi, ne faisant pas de blessé mais causant des dommages de 10 000 $. La Sûreté du Québec mène des perquisitions chez des militants de la CSN et y découvre des bâtons de dynamite et des détonateurs, relate Mme Dufresne.

Début juin, des policiers perquisitionnent les bureaux de la CSN à Montréal et Québec. Le 30 juin, Marc-André Boivin et son frère Richard plaident coupable à des accusations de complot pour faire sauter des bombes dans les hôtels de M. Malenfant. Ils sont condamnés à 15 et 10 mois de prison. Trois autres personnes plaideront coupable à divers chefs.

Marc-André Boivin admet avoir lui-même alerté la SQ. Plus tard, le solliciteur général du Canada reconnaît qu’il était un informateur rémunéré par la Gendarmerie royale du Canada et le Service canadien du renseignement de sécurité.

En novembre, Gérald Larose dépose une pétition de 55 000 signatures et demande au premier ministre Robert Bourassa d’intervenir, en vain. Celui-ci refuse puisqu’il s’agit d’un conflit privé.

L’homme d’affaires, endetté, a fini par déclarer faillite. Pendant les années 1990, les tribunaux vont resserrer l’interprétation donnée à l’article 45 du Code du travail, qui prévoit le transfert de l’accréditation syndicale lors de la vente d’une entreprise, plus particulièrement lorsqu’il y a un sous-traitant.

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