QUÉBEC — À quelques mois de la campagne électorale, tous les partis devraient appuyer l’ouverture massive de places en Centres de la petite enfance (CPE), un «joyau» qui fait l’envie de par le monde.

C’est ce que plaide l’économiste et chercheur Pierre Fortin. Le système actuel mis en place par le gouvernement Couillard favorise le réseau privé et défavorise les enfants, conclut-il, dans une entrevue réalisée au cours des dernières semaines avec La Presse canadienne et diffusée mercredi.

Cela coïncide avec la parution cette semaine d’une étude de l’Observatoire des tout petits. On apprend que près d’un enfant sur quatre fréquente un milieu de piètre qualité. Par contre, on apprend que les CPE offrent de loin la meilleure qualité dans tous les types de services à la petite enfance au Québec.

Or il y a 38 000 personnes qui attendent d’avoir une place en CPE ou en service subventionné actuellement au Québec, a rappelé l’opposition péquiste.

Selon M. Fortin, il y a clairement un système à deux vitesses au Québec. Le régime de crédits d’impôt remboursables pour frais de garde instauré par les libéraux permet au gouvernement d’économiser sur le coût des services de garde en poussant les parents vers les garderies privées, mais au détriment du développement des enfants, leur santé, leur apprentissage, leur autonomie, leur comportement, a tranché l’économiste.

«L’objectif ne devrait pas être de mettre de l’argent dans les poches de Carlos Leitao (le ministre des Finances), c’est l’avenir des enfants du Québec qui est en cause.»

C’est un faux «libre choix» qu’on laisse aux parents, estime-t-il. «Ils sont pris à la gorge et veulent payer le moins cher possible, alors ils ne peuvent pas tenir compte de la qualité des soins, même s’ils en sont conscients. (…) On empêche son enfant d’aller recevoir les soins déclarés parmi les meilleurs au monde selon les grandes revues scientifiques.»

Il réclame un engagement clair de toutes les formations, la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral (PLQ) et le Parti québécois (PQ), «pour que le développement des enfants soit pris en charge par tous les élus, peu importe les partis».

Jusqu’à maintenant, il n’y a que le PQ qui s’est clairement engagé en faveur d’un développement accéléré des CPE, et même d’un moratoire sur les garderies privées non subventionnées. Le parti de Jean-François Lisée propose un retour au tarif universel de 8,05 $ par jour, 4 $ pour le deuxième enfant et gratuité pour le troisième et le reste de la fratrie.

Le PQ se plaît d’ailleurs à rappeler constamment que la CAQ souhaite «encourager le modèle d’affaire des garderies privées à but lucratif, un modèle d’affaires intéressant».

M. Fortin n’est pas contre les garderies privées, mais exige qu’on leur impose les mêmes normes qu’aux CPE, pour que la qualité soit comparable.

«Je ne suis pas un Québec solidaire ou un post-marxiste, je défends la place du marché privé, mais il a des défaillances, et c’en est une, et pour la corriger, il faut imposer les mêmes normes de qualité.»

Il a cité le chercheur Richard Tremblay de l’Université de Montréal, une sommité en matière de développement de l’enfance et de l’adolescence, qui a démontré qu’on peut prédire avec une grande justesse qui seront ceux et celles qui réussiront leur secondaire, à partir de leur développement quand ils arrivent à la maternelle.

«C’est extrêmement important, les cinq premières années dans la vie», a insisté M. Fortin.

Et en outre, les CPE ont aussi atteint d’autres objectifs de façon «spectaculaire» en faisant ainsi l’envie partout dans le monde, a-t-il poursuivi. Ils ont réussi à augmenter le taux d’activité des jeunes femmes au Québec, leur participation au marché du travail, la plus élevée au monde, à 86 pour cent, et cela sans diminuer le taux de natalité, qui a même augmenté depuis 2000.

«C’est important que les gens comprennent qu’il n’y a qu’au Québec que les gens chialent contre notre système des Centres de la petite enfance (CPE)», a déploré l’économiste.

Dans les derniers mois, il a donné une conférence à Londres sur les CPE et a reçu la visite de journalistes de Séoul qui s’intéressaient à la recette québécoise. Des représentants du Fonds monétaire international (FMI) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sont aussi venus au Québec.

«Le système québécois a une grande réputation à l’étranger, tous les gens cherchent à savoir ce qui s’est passé, ce qu’on a appris. (…) L’intérêt pour le système québécois est extrêmement répandu et positif à l’extérieur.»

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