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CALGARY — L’un des impacts écologiques les plus dévastateurs de l’exploration pétrolière et gazière survient en fait bien avant qu’un seul litre de pétrole ne s’écoule de l’oléoduc, ou qu’un seul atome de carbone ne soit émis dans l’atmosphère.

L’exploration sismique — qui aide à déterminer à quel endroit forer — peut entraîner l’abattage et le paillage de 15% de la forêt. Mais un nouveau type d’exploration sismique promet de ne laisser que des empreintes de bottes dans la forêt. Une bonne nouvelle pour des espèces telles que le caribou des bois, un mammifère menacé qui côtoie l’industrie des sables bitumineux dans le nord de l’Alberta.

«Nous pouvons le faire, ça fonctionne, nous n’avons plus à couper la forêt», a assuré Allan Chatenay, copropriétaire d’Explor Geophysical et inventeur de sa technologie «PinPoint».

L’entreprise de Calgary a collaboré avec le géant des sables bitumineux Suncor Énergie, au cours de l’hiver, pour déterminer comment la technologie se compare aux techniques sismiques traditionnelles dans l’un de ses sites de sables bitumineux inexplorés. La prochaine étape sera l’essai à l’échelle commerciale visant à prouver qu’elle peut concurrencer la technique traditionnelle au chapitre des coûts et de l’efficacité.

En bref, l’exploration sismique consiste à envoyer dans le sol des ondes sonores qui rebondissent sur des formations rocheuses à des centaines de mètres de profondeur, avant d’être enregistrées à la surface par des capteurs, pour analyse.

Traditionnellement, les levés étaient effectués à l’aide de matériel de forage monté sur camion, de capteurs lourds et d’engins explosifs pesant plusieurs kilos chacun. Des lignes sismiques droites de six à huit mètres de large étaient découpées à travers la forêt le long de grilles rectangulaires, pour permettre l’accès de l’équipement et s’assurer qu’il était bien positionné afin d’obtenir les meilleurs résultats.

La norme actuelle, «à faible impact», découpe des lignes d’environ trois mètres de large, souvent en zigzag, en partant du principe que les prédateurs ne peuvent pas voir leurs proies à distance.

«PinPoint» pousse la technologie encore plus loin, en réduisant la taille des capteurs et des charges afin qu’ils puissent être transportés dans la forêt à dos d’homme. En augmentant considérablement le nombre d’événements sismiques de faible puissance, et en traitant les données à l’aide de relevés GPS détaillés et d’un chronométrage précis, M. Chatenay soutient que les résultats de l’exploration sont tout aussi détaillés que ceux générés par la méthode traditionnelle.

Protéger le caribou des bois
La recherche de nouvelles façons d’effectuer des levés sismiques cadre avec les objectifs de l’industrie, des organismes de réglementation et des communautés autochtones, qui veulent tous protéger le caribou, a déclaré Christine Daly, conseillère principale en technologie pour la remise en état des terres chez Suncor.

«Toute fragmentation de la forêt boréale a un impact sur la faune de cet écosystème, y compris le caribou des bois boréal, qui est une espèce menacée, a-t-elle déclaré. Nous avons réalisé que ces lignes sismiques sont l’un des éléments majeurs de l’impact de notre industrie, et leur élimination complète constituerait une étape importante pour la protection du caribou, et vers un développement plus responsable.»

Selon Simon Dyer, directeur adjoint de l’Institut Pembina, seulement environ 25% des aires de répartition du caribou des bois dans la région des sables bitumineux ne sont pas perturbées. C’est bien en deçà du ratio de 65% requis pour permettre aux populations de caribous menacées d’être autosuffisantes, selon un rapport fédéral de 2012 sur la stratégie de rétablissement.

«L’empreinte sismique est un facteur important de cette fragmentation et de la perte de l’habitat, de sorte que toutes les technologies qui peuvent prévenir d’autres pertes d’habitat sont évidemment les bienvenues, peut-on lire dans le document. Ralentir le taux de perte d’habitat n’est pas suffisant (…) Toute entreprise responsable devrait proposer un plan d’amélioration nette de l’habitat du caribou, et pas seulement un impact réduit.»

La technologie «PinPoint» nécessite plus de travail que toute autre forme de levé sismique, et elle coûte donc plus cher, a déclaré M. Chatenay, sans préciser davantage. D’un autre côté, cela permet aux utilisateurs de ne plus avoir à reboiser les lignes sismiques, et aide les entreprises à se conformer à la future réglementation environnementale.

Suncor étudie plusieurs technologies pour réduire l’impact de ses levés sismiques, et il faudra probablement attendre des années avant qu’elles puissent être mises en oeuvre à l’échelle commerciale, a prévenu Gary Bunio, directeur général du développement de la stratégie technologique des sables bitumineux.

M. Bunio convient que le facteur coûts est important à considérer, mais ce n’est pas le seul: Suncor pourrait choisir une option plus coûteuse si elle représentait une solution efficace et qu’elle était approuvée par les communautés et les organismes de réglementation.

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