Karim Kadim Karim Kadim / The Associated Press

Les États-Unis et la Commission européenne ont tous les deux demandé, mardi, des éclaircissements sur l’arrestation de défenseurs des droits de la personne en Arabie saoudite, mais ont évité soigneusement de s’immiscer dans le conflit diplomatique entre Riyad et Ottawa.

L’Arabie saoudite a expulsé lundi l’ambassadeur du Canada et a gelé «toute nouvelle affaire» avec Ottawa, vraisemblablement à cause des critiques récentes concernant l’arrestation de militantes des droits des femmes. Riyad veut aussi redéployer ailleurs dans le monde les étudiants saoudiens qui fréquentent des établissements au Canada, et le transporteur national Saudia a indiqué lundi qu’il suspendait toute liaison aérienne avec Toronto à compter du 13 août.

Les observateurs estiment que ce différend démontre que Riyad va rejeter toute critique extérieure et continuer à faire preuve de fermeté à l’étranger, en particulier parce que le royaume entretient des relations plus étroites avec le président américain, Donald Trump.

Décrivant le Canada et l’Arabie saoudite comme des «amis» et de «proches partenaires» des États-Unis, le département d’État américain a appelé les deux pays à résoudre le problème «diplomatiquement».

«Nous avons soulevé (le problème) avec le gouvernement saoudien», a déclaré la porte-parole Heather Nauert devant des journalistes à Washington. «Les États-Unis respectent les libertés reconnues internationalement et les libertés individuelles — cela n’a certainement pas changé.»

Mme Nauert a ajouté que les États-Unis «encourageraient le gouvernement de l’Arabie saoudite à respecter l’application régulière de la loi».

Interrogée sur ces tensions canado-saoudiennes, la porte-parole de la Commission européenne, Maja Kocijancic, a de son côté déclaré que Bruxelles avait demandé «des éclaircissements» aux autorités saoudiennes à propos de plusieurs arrestations survenues depuis le mois de mai dans le royaume. Elle a déclaré que la Commission européenne voulait comprendre les allégations visant les militantes et veiller à ce qu’elles bénéficient d’un procès juste et équitable.

Sur le différend diplomatique canado-saoudien, Mme Kocijancic a simplement indiqué que la Commission européenne «ne commente pas les relations bilatérales» et qu’elle est «en faveur d’un dialogue».

Les valeurs canadiennes

Reprenant le credo d’Ottawa, mardi, le ministre des Finances a déclaré que le Canada continuerait à «exprimer» ce qu’il croit être les moyens appropriés de traiter avec les citoyens. Bill Morneau a rappelé que le Canada entretenait de solides relations commerciales à travers le monde, et qu’il devait par conséquent être fidèle à ses valeurs.

Le ministre des Finances n’a pas évoqué le contrat militaire de 15 milliards $ conclu entre le Canada et l’Arabie saoudite, ni l’impact économique durable que pourrait avoir ce conflit diplomatique. Il a soutenu que le Canada défendra les valeurs qui sont importantes pour les Canadiens, quoi que décide de faire l’Arabie saoudite. M. Morneau a voulu rappeler aux chefs d’entreprise que le Canada se porte bien sur le plan économique et qu’il doit continuer à demeurer concurrentiel.

Le ministre des Finances reprenait la rhétorique de sa collègue des Affaires étrangères. Chrystia Freeland a maintenu lundi qu’il n’y avait «rien de bien nouveau» dans la position traditionnelle du Canada sur les droits de la personne dans le monde, et qu’Ottawa attendait plus de détails du royaume saoudien avant de répondre.

Le différend semble être centré sur les gazouillis de diplomates canadiens, notamment de la ministre Freeland, appelant le régime wahhabite à «libérer immédiatement» les militantes des droits des femmes qui sont détenues. Les autorités saoudiennes ont arrêté récemment Samar Badawi, soeur du blogueur Raif Badawi, arrêté en Arabie saoudite en 2012 et condamné à 1000 coups de fouet et à 10 ans de prison pour avoir insulté l’islam.

Son cas a longtemps été soulevé par des groupes internationaux de défense des droits de la personne et des diplomates occidentaux, y compris des Canadiens, qui ont demandé à l’Arabie saoudite de le libérer. Sa femme, Ensaf Haidar, vit à Sherbrooke avec leurs trois enfants et a obtenu la citoyenneté canadienne en juillet.

Ce n’est pas la première fois que l’Arabie saoudite hausse le ton relativement à l’affaire Badawi. En 2015, Riyad avait rappelé son ambassadeur en Suède et cessé de délivrer des visas de travail aux Suédois lorsque le ministre des Affaires étrangères de ce pays a qualifié de «médiévale» la décision du tribunal dans l’affaire Badawi, et soutenu que la famille Al Saoud au pouvoir dans le royaume était à la tête d’une «dictature».

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