Aly Thomson Aly Thomson / La Presse Canadienne

HALIFAX — Le détaillant de cannabis de la Nouvelle-Écosse est accusé de violer la réglementation fédérale en «donnant du prestige et en normalisant» la marijuana, mais la société d’État dit simplement vouloir éduquer les consommateurs.

La Nova Scotia Liquor Corporation (NSLC) a récemment dévoilé le design de ses magasins de cannabis, qui présentent les produits en quatre catégories distinctes: «se détendre», «décompresser», «se recentrer» et «améliorer l’expérience». Il y aura également dans les magasins des tablettes électroniques permettant aux clients d’examiner la sélection de produits et de «découvrir leur propre expérience».

Simon Sherry, psychologue et professeur à l’Université Dalhousie, a publié mardi un communiqué soutenant que l’affichage fait la promotion du cannabis de façon attrayante, en violation de la section sur la promotion de la Loi sur le cannabis.

«Il y a un danger dans tout cela. Ce que font notre gouvernement et la NSLC, c’est qu’ils donnent du prestige et normalisent la consommation de cannabis», a affirmé en entrevue M. Sherry, qui a écrit une lettre à ce sujet à la ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor.

«Ils le rendent attrayant. Lorsque le cannabis devient fascinant et normalisé, de plus en plus de gens commencent à l’utiliser, alors de plus en plus de Néo-Écossais vont courir les risques et les méfaits associés à la consommation de cannabis», a-t-il prédit.

M. Sherry dénonce particulièrement l’affichage de NSLC faisant la promotion de diverses variétés de cannabis comme étant «apaisantes», «relaxantes et calmantes» ou offrant des «expériences plus vivantes» qui «dynamisent les sens».

La Loi sur le cannabis interdit de faire la promotion de la substance d’une manière qui «évoque une émotion positive ou négative ou une image d’un mode de vie telle que le prestige, les loisirs, l’excitation, la vitalité, le risque ou l’audace».

Différentes variétés, différents effets
David DiPersio, vice-président principal et responsable des services de la NSLC, a déclaré que les classifications de produits avaient été conçues pour informer les consommateurs sur la manière dont différentes variétés de cannabis affectent l’esprit et le corps.

«Ce que nous faisons ici, de manière très subtile, consiste à sensibiliser nos consommateurs au fait que cette variété particulière créerait un type d’expérience différent de celui d’une autre variété», a expliqué M. DiPersio.

«C’est une plateforme pour éduquer nos consommateurs. C’est aussi une plateforme pour éduquer nos magasins afin qu’ils disposent d’un programme sur lequel ils peuvent réellement éduquer les consommateurs s’ils posent des questions», a-t-il indiqué.

«Nous pensons que cela aurait été un mauvais service et franchement un peu dangereux pour nos consommateurs si nous n’avions pas été en mesure d’expliquer réellement quelle expérience pourrait résulter de l’utilisation d’une variété particulière de cannabis.»

M. DiPersio a assuré que la réglementation fédérale était au centre des préoccupations de la société lors de la conception du programme et que des communications se poursuivent avec Santé Canada par l’intermédiaire du gouvernement provincial. Aucune inquiétude concernant l’affichage n’a été soulevée jusqu’à présent, a-t-il dit.

«Nous croyons fermement que le modèle néo-écossais en place pour vendre du cannabis au détail le 17 octobre permet de légaliser le cannabis de la manière la plus responsable», a affirmé le porte-parole du gouvernement provincial, Andrew Preeper.

Un risque pour certaines personnes
M. Sherry estime que les messages de la NSLC interpellent de manière directe les personnes sujettes à la dépendance. Il note qu’il y a deux «motivations» centrales pour utiliser une substance comme le cannabis: améliorer l’expérience et essayer de soulager le stress ou l’anxiété.

«Ainsi, ces annonces font directement appel aux raisons pour lesquelles les gens sont susceptibles d’utiliser et d’abuser du cannabis (…) Que ce soit intentionnel ou non, cela semble être un message ciblé à l’égard des personnes sujettes à la toxicomanie», a-t-il fait valoir.

Il a ajouté être favorable à la légalisation du cannabis, tout en souhaitant que cela se fasse «de manière prudente, réfléchie et fondée sur des preuves». Il a affirmé que la consommation de cannabis devrait être un choix personnel fondé sur des informations précises.

M. Sherry a également soulevé des inquiétudes quant au fait que le cannabis sera vendu dans les magasins d’alcool existants en Nouvelle-Écosse, estimant que cela représente un risque pour la santé publique.

Santé Canada n’a pas immédiatement fait de commentaire mardi.

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