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Le gouvernement provincial investira 6,5M$ pour créer 900 places pour des activités pour les adultes en situation de handicap partout au Québec. Un financement bienvenu, mais qui témoigne aussi du manque d’accompagnement auquel font face ces adultes depuis des années.

«Cet appui témoigne de notre volonté d’offrir de meilleurs services à ces personnes et à leur famille, tout en favorisant leur participation sociale et professionnelle», a déclaré mardi la ministre déléguée à la Réadaptation, à la Protection de la jeunesse, à la Santé publique et aux saines habitudes de vie, Lucie Charlebois.

Ces activités seront définies au cas par cas avec les organismes visés et les Centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS). Activités sportives, culturelles, expériences professionnelles temporaires, ce financement permettra de créer 900 places partout au Québec pour des adultes ayant des déficiences physiques ou intellectuelles.

Si cet investissement est considéré comme une bonne nouvelle par plusieurs organismes du milieu, ceux-ci demeurent sceptiques face à ce type d’annonce en cette période préélectorale.

Maude Massicotte, atteinte de paralysie cérébrale depuis sa naissance, et porte-parole de la campagne «Nous sommes et nous voulons», rappelle le manque de ressources pour les jeunes adultes en situation de handicap, qui, après 18 ans, perdent les subventions pour de l’accompagnement personnel. «Il y a beaucoup de gens qui restent à la maison, qui n’ont pas l’argent pour payer un accompagnateur ou pour faire des activités, ou simplement aller faire une commission, des choses banales de la vie de tous les jours», a-t-elle décrit.

Lorsque le ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, François Blais, annonce que «l’aide financière allouée aujourd’hui confirme l’importance que notre gouvernement accorde aux adultes ayant une déficience ou un TSA», Émely Lefrançois, responsable des communications pour l’Organisme Ex æquo, grince des dents.

«Vous parlez à n’importe qui dans le milieu, cette “importance” n’a pas été ressentie dans les quatre dernières années. Les populations vulnérables ont été les plus grandes victimes du gouvernement [de Philippe] Couillard», a-t-elle défendu, faisant référence notamment aux faibles ressources financières des adultes vivant avec un handicap et à la baisse des service d’accompagnement personnel.

Pour elle, favoriser les activités pour les adultes en situation de handicap est louable. Par contre, ce sont les barrières systémiques qu’il faudrait abattre pour que ces personnes puissent mieux s’intégrer à la société.

«On offre des activités [aux handicapés] pour tenter de les sortir de l’exclusion, mais à la base si on avait réduit les barrières au niveau de l’inclusion sociale, ces services seraient moins nécessaires pour ces gens là»-Émely Lefrançois, responsable des communications pour l’Organisme Ex æquo

Le Comité régional des associations pour la déficience intellectuelle (CRADI) a salué cette initiative, tout en soutenant rester «très à l’affût du quand et du comment du déploiement des sommes. Les coupes des dernières années ont laissé des traces. La solution miracle n’existe pas. Il faudra travailler dossier par dossier avec une vision qui devra s’étendre au-delà de l’échéance d’un mandat de gouvernement, a ajouté l’agente aux communications du CRADI, Marie-Noëlle Goulet-Beaudry.

Pour la ministre Charlebois, cet investissement va justement permettre à ces adultes de favoriser «le développement de leur plein potentiel et leur participation à la société». Mais les choses ne sont pas si simples pour ces personnes qui manquent de moyens et d’aide pour se déplacer, rétorque Émely Lefrançois d’Ex aequo.

«Chez les personnes ayant une déficience motrice, les occasions de socialiser, de prendre part à des activités, elles ne manquent pas. Mais les conditions ne sont pas favorables pour qu’ils y participent, beaucoup de personnes ne le peuvent pas par ce qu’elles ont besoin de soutien à domicile pour sortir de chez eux le matin, pour s’habiller, avoir des soins hygiéniques. Ne pas avoir accès à ce soutien-là, ça crée une incertitude qui les empêche de planifier des activités», a-t-elle soutenu.

Plus de 600 000 personnes au Québec vivent avec des incapacités physique ou intellectuelle. En octobre 2017, une note de l’Institut de recherche socio-économique (IRIS) tirait la sonnette d’alarme sur le système de soutien à domicile au Québec autant pour les personnes âgées qu’en situation de handicap. Selon l’IRIS, il faudrait investir 4G$ pour améliorer le système de soutien à domicile, qui sera de plus en plus engorgé alors que la population québécoise est vieillissante.

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