Jeff McIntosh Jeff McIntosh / La Presse Canadienne

TORONTO — Vingt-huit jours. C’est la période durant laquelle les agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et de la police de Toronto devront s’abstenir de fumer de la marijuana avant de prendre leur service. Les policiers de Calgary, eux, n’auront tout simplement pas le droit de consommer du cannabis lorsqu’ils sont en congé.

De telles interdictions ont provoqué un tollé, les associations qui représentent les agents de première ligne estimant ces politiques «offensantes» et le syndicat des policiers torontois les décrivant comme étant «contre-productives» et «arbitraires».

Mais demander aux agents de la GRC et des corps policiers municipaux de se priver d’une substance qui sera bientôt légale pour une période de temps aussi longue est-il justifié, surtout lorsqu’il n’existe aucune directive similaire pour l’alcool ou des médicaments sur ordonnance pouvant potentiellement altérer le comportement?

Cela dépend de la quantité consommée et de la fréquence de consommation, a indiqué le Dr James MacKillop, le codirecteur du Centre de recherche sur le cannabis médical de l’Université McMaster.

«Si vous fumez de la marijuana aujourd’hui, il faudra quelques jours à votre système pour l’évacuer complètement parce que si une seule consommation de cannabis dure plus longtemps que l’alcool, la substance finit quand même par être métabolisée et excrétée», a expliqué le Dr MacKillop.

«Si une personne consomme régulièrement ou fréquemment, cette période est beaucoup plus longue parce que le cannabis est lipophile, ce qui signifie qu’il est absorbé par les cellules adipeuses du corps puis relâché par les tissus graisseux dans le sang. C’est pourquoi il est aussi possible de détecter sa présence dans l’urine. Donc, si une personne consomme beaucoup, la substance pourrait en effet être détectable pendant un mois.»

Selon l’expert, plusieurs études ont démontré les effets persistants du cannabis, dont une qui a découvert une baisse des aptitudes cognitives chez les personnes qui consomment souvent du cannabis comparativement à celles qui n’en consomment pas, aptitudes qui reviennent toutefois à la normale avec l’abstinence.

«On ne sait pas si ces effets chroniques sur la cognition persistent lorsqu’une personne arrête de consommer, mais une période de 28 jours devrait permettre d’éliminer pratiquement tous les effets sur le plan cognitif», a-t-il affirmé.

«C’est mettre la barre assez haut, mais il est absolument souhaitable d’avoir un rendement optimal de la part des policiers, des militaires, des pilotes d’avion et d’autres personnes occupant des emplois où la sécurité est importante. Alors, c’est difficile pour moi de ne pas être d’accord avec des politiques qui font de la sécurité une priorité.»

Rielle Capler, une chercheuse pour le Centre sur l’usage de substances de la Colombie-Britannique, considère toutefois qu’exiger que les employés observent d’aussi longues périodes d’abstinence avant de se présenter au travail n’est pas raisonnable si l’on se base sur la durée de l’effet du principal élément psychoactif du cannabis et de ses produits intermédiaires, appelés métabolites, sur le cerveau.

«Si les métabolites peuvent être présents pendant longtemps dans l’urine ou le sang, il n’y a pas de lien avec l’affaiblissement des facultés, a soutenu Mme Capler, qui est spécialisée dans l’élaboration de politiques sur le cannabis. Les effets du cannabis dépendent de la manière dont il est consommé, de la quantité et de votre tolérance.»

«Si vous l’inhalez, l’effet culminera une ou deux heures après et se dissipera après trois ou quatre heures. Si vous l’ingérez, vous pourriez commencer à en ressentir les effets après une ou deux heures. L’effet pourrait culminer après trois ou quatre heures et le cannabis demeurer présent, en termes d’effet, dans votre système pendant six à huit heures, a-t-elle poursuivi. Si vous voulez être très prudent et très conservateur, vous pourriez dire aucune consommation huit heures avant le travail.»

D’après Rielle Capler, les politiques des forces de l’ordre créent une prohibition pour une substance légale, et ce, sans s’appuyer sur des preuves scientifiques. La chercheuse croit que les corps policiers devraient examiner la littérature scientifique sur les effets de la marijuana et revoir leurs interdictions à la lumière de ces renseignements.

«Nous ne voulons pas que quelqu’un se présente au travail avec des facultés affaiblies. C’est très important et cela l’a toujours été, a-t-elle fait valoir. Et cela ne deviendra pas plus important après le 17 octobre.»

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