Mario Beauregard/Métro Les autorités locales se rencontreront à Kuujjuaq à la fin du mois pour discuter de la crise.

MONTRÉAL — Une vague de suicides dans les communautés inuites du nord du Québec pousse une commission scolaire locale à sonner l’alarme.

La directrice générale de la commission scolaire Kativik, qui dessert le Nunavik, fait état d’une crise urgente de santé publique.

En entrevue téléphonique, Harriet Keleutak a signalé que les élèves sont profondément touchés, alors que deux d’entre eux se sont enlevé la vie depuis le début de l’année scolaire, à la mi-août. Elle dit aussi avoir pris connaissance du suicide de trois autres jeunes le mois dernier.

«La population du Nunavik est petite, les familles sont grandes et vivent dans des communautés différentes, a-t-elle exposé. Lorsqu’il y a un suicide dans un village, ça affecte tous les jeunes de la communauté et ça a des répercussions sur les autres communautés.»

La semaine dernière, le président du conseil des commissaires de Kativik, Robert Watt, a abordé la question dans une lettre adressée aux autorités gouvernementales.

«Au cours des quatre dernières semaines, nos communautés ont fait face à des suicides de jeunes affectant directement les élèves, les familles et le personnel au Nunavik, a-t-il écrit . L’une des victimes n’avait que 11 ans. Nous croyons que la situation requiert une action collective urgente au niveau régional.»

Dans un reportage publié la semaine dernière, Nunatsiaq News rapportait le village de Puvirnituq — une communauté d’environ 1 800 habitants de la baie d’Hudson — a connu dix suicides depuis le début de l’année. Cela correspond à la moyenne annuelle du nombre de suicides dans l’ensemble de la région, qui compte 12 000 habitants.

Même avant cette récente vague, le taux de suicide au Nunavik était environ dix fois plus élevé que la moyenne québécoise.

Le bureau du coroner a précisé mardi que les décès constatés à Puvirnituq font toujours l’objet d’une enquête. Les rapports du coroner peuvent prendre entre six mois et un an à compléter.

Dans sa lettre, Robert Watt établissait un parallèle entre la situation actuelle au Nunavik et celle de 2015 et 2016 dans les communautés du nord du Manitoba et de l’Ontario, où l’état d’urgence avait été déclaré à la suite d’une vague de suicides chez les jeunes Autochtones.

M. Watt a indiqué que la commission scolaire travaille en étroite collaboration avec la régie régionale de la santé pour assurer des services de soutien psychologique.

«Deux ans ont maintenant passé et la situation ne s’améliore pas, a-t-il déploré. En tant que travailleurs de première ligne dans le système d’éducation, notre personnel est quotidiennement témoin d’un large éventail de problèmes liés au bien-être des enfants.»

Les autorités locales se rencontreront à Kuujjuaq à la fin du mois pour discuter de la crise et Mme Keleutak souhaite que des responsables fédéraux et provinciaux soient présents.

«Les services qu’ils offrent sont rarement conformes à notre réalité, fait-elle valoir. Nous voulons qu’ils soient présents pour qu’ils sachent dans quel genre de situation nous nous trouvons.»

La question des suicides au Nunavik a été mise en lumière en août dernier, lors d’audiences de la commission d’enquête provinciale sur le traitement réservé aux peuples autochtones par la police, par les responsables de la protection de la jeunesse, par les services de santé ainsi que par les systèmes judiciaire et pénitentiaire.

Les avocats de la commission Viens avaient demandé pourquoi le bureau du coroner n’a jamais mené d’enquête publique sur le taux élevé de suicides chez les Inuits du Québec. La coroner en chef de la province avait alors convenu que cette réalité mérite une analyse plus poussée.

Joannie Lambert-Roy, porte-parole du bureau du coroner, a déclaré mardi qu’un groupe serait chargé d’étudier des mesures de prévention.

«Une enquête du coroner n’est pas nécessairement la seule option ou la meilleure option», a avancé la porte-parole.

M. Watt estime que la situation montre l’importance de s’attaquer aux causes sous-jacentes de la dépression, de l’anxiété et des traumatismes affectant les jeunes de la région.

«Le Nunavik dans son ensemble traverse actuellement une crise profonde et persistante», a-t-il souligné.

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