Jeff McIntosh/La Presse canadienne Ginette Petitpas Taylor

OTTAWA — Les trois principaux partis d’opposition ont dénoncé jeudi la lenteur du gouvernement fédéral à agir pour encadrer les boissons sucrées alcoolisées.

Ottawa prêche la patience, alors que cette question avait fait l’objet d’une étude d’urgence en comité parlementaire au printemps dernier après la mort d’une adolescente québécoise.

«On a eu une réunion urgente pour avoir une réponse et la réponse du gouvernement est mauvaise», a dit la députée conservatrice Marilyn Gladu, qui est membre du comité.

Dans sa réponse déposée en début de semaine, la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, évite de s’engager à appliquer les 15 recommandations du comité de la santé. Celui-ci suggérait de sévères restrictions quant au contenu et à la publicité des boissons sucrées alcoolisées.

«Ce qui était une urgence quasi-nationale, qui a amené un décès dramatique, a rappelé le député bloquiste Luc Thériault. Câline, on les protège-tu nos jeunes ou on ne les protège pas?»

«Des discussions, d’autres consultations, je pense que ce n’est pas ça qui va faire en sorte que ce qui est arrivé à Athena, ça n’arrivera pas à d’autres encore», s’est indignée, à son tour, la députée néo-démocrate Brigitte Sansoucy.

Athena Gervais, une adolescente de 14 ans de Laval, avait été retrouvée sans vie en mars dans un ruisseau près de son école secondaire. Selon des témoignages, elle aurait consommé des canettes de FCKD UP. Cette boisson qui était vendue moins de 4 $ dans les dépanneurs contenait 11,9 pour cent d’alcool dans un format de 568 ml, soit l’équivalent de quatre verres de vin.

Le groupe Geloso l’a depuis retirée des tablettes, mais d’autres marques sont toujours vendues.

Cri du coeur

L’étude d’urgence du comité avait été lancée à la demande des néo-démocrates après la mort de l’adolescente. Son père avait fait le voyage jusqu’à Ottawa pour demander des changements.

Dans son rapport publié en juin, le comité recommandait, entre autres, de réduire la quantité d’alcool, de sucre et de caféine de ces boissons — ces deux derniers ingrédients masquent les effets de l’alcool.

Lors des consultations du comité, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) avait également appelé le gouvernement à mieux encadrer la publicité pour ces boissons sur les réseaux sociaux, la comparant à un véritable «Far West».

La chercheuse Manon Niquette avait alors pointé du doigt ces publicités qui s’adressent aux adolescents et même aux enfants en utilisant des peluches, des personnages animés et de petits animaux sur des tricycles.

Selon une étude de l’INSPQ, dont Mme Niquette est l’une des auteurs, 2300 jeunes Québécois de 12 à 24 ans ont été transportés à l’urgence pour une intoxication aiguë à l’alcool entre le 1er janvier et le 26 novembre 2017.

Moins d’alcool

La ministre Petitpas Taylor répète dans sa réponse au comité que le gouvernement réduira la teneur en alcool de ces boissons, mais reste muette sur la quantité de caféine et de sucre.

Elle écrit également que l’étiquetage, l’emballage, la mise en marché et la promotion de l’alcool en général feront partie de consultations publiques lancées pour l’élaboration de la Stratégie canadienne sur les drogues et autres substances.

«Le CRTC est un tribunal administratif indépendant, et le gouvernement ne prévoit pas actuellement lui demander de remanier son code de la publicité radiodiffusée à l’égard des boissons alcoolisées et de déterminer s’il devrait s’appliquer aux médias numériques», ajoute Mme Petitpas Taylor en précisant que le gouvernement a entamé un exercice de modernisation des lois sur la radiodiffusion et les télécommunications.

Santé Canada avait lancé une consultation de 45 jours dans les semaines suivant la mort d’Athena Gervais pour modifier le Règlement sur les aliments et les drogues. Dans sa réponse au comité, la ministre promet ces changements «au cours des prochains mois».

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