Sean Kilpatrick / La Presse Canadienne

Les pourparlers visant à réformer les subventions destinées à réduire le prix des aliments dans le Nord sont au point mort, en raison de préoccupations des Inuits, qui craignent de ne pas contrôler suffisamment les changements apportés à Nutrition Nord.

Natan Obed, président de l’organisation Inuit Tapiriit Kanatami, estime que le gouvernement n’a pas démontré sa bonne foi dans le renouvellement du programme.

Le groupe faisait partie des cinq organisations inuites qui, en avril dernier, ont quitté un comité consultatif sur la réforme de Nutrition Nord.

Le programme subventionne les détaillants du Nord pour réduire le coût des denrées périssables, qui peut être plusieurs fois plus élevé dans le Nord. Nutrition Nord coûte au gouvernement 75 millions $ par année et touche 121 communautés de trois territoires et sept provinces. La plus grande partie des subventions est dédiée aux régions inuites.

Selon le gouvernement fédéral, entre 2011 et 2015, le coût d’un panier d’épicerie pour une famille de quatre personnes a diminué d’environ cinq pour cent et le poids des articles admissibles expédiés vers le Nord a augmenté d’environ 25 pour cent.

Mais un chercheur de l’Université de Toronto a constaté en 2016 que ces chiffres ne sont pas le résultat des subventions; ils ont diminué en fonction du moment où les données ont été prélevées. L’étude a conclu que Nutrition Nord avait pour effet de remplir les tablettes d’épicerie d’aliments périmés et peu fiables, qui ne coûtent pas beaucoup moins cher.

Le gouvernement fédéral réexamine le programme et a organisé des réunions publiques dans le Nord. Le ministère des Affaires intergouvernementales et du Nord et du Commerce intérieur n’a pas répondu à une demande de commentaires de La Presse canadienne.

Pas de réel pouvoir

M. Obed a expliqué que les groupes inuits voulaient avoir un réel pouvoir sur la teneur des réformes. Le comité que son groupe a quitté n’avait aucun pouvoir de décision.

Le gouvernement n’a pas non plus accordé suffisamment d’attention aux préoccupations spécifiques des Inuits, telles que l’accès à la «nourriture traditionnelle», obtenue grâce à la chasse et à la pêche, ainsi qu’à des produits plus frais, nutritifs et qui sont appréciés par les Inuits.

«Nous avons beaucoup parlé de la nécessité de subventionner notre nourriture traditionnelle», a-t-il soutenu.

Un précédent programme de subvention appelé le Programme d’approvisionnement alimentaire par la poste offrait un soutien aux chasseurs en réduisant le coût des munitions, par exemple.

Nutrition Nord ne subventionne les aliments traditionnels que s’ils proviennent de l’un des rares transformateurs inspectés par le gouvernement fédéral dans le Nord.

Selon M. Obed, Nutrition Nord est un programme crucial pour les familles inuites.

«Les coûts de nos aliments sont astronomiquement plus élevés que ceux du sud», a-t-il plaidé.

Les familles inuites ont aussi tendance à être plus pauvres: le revenu médian des Inuits au Nunavut est inférieur de 70 000 $ au revenu correspondant des non-Inuits, a indiqué M. Obed.

«La pauvreté et le pouvoir d’achat des Inuits nous empêchent d’avoir accès à des aliments sains et périssables. Il est essentiel pour les Inuits d’avoir accès à des aliments sains et à des aliments périssables dans nos magasins», a-t-il souligné.

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