L’entreprise Gazoduq a annoncé jeudi un projet de construction d’une conduite souterraine de gaz naturel d’environ 750 km entre le nord-est de l’Ontario et Saguenay.

Cette conduite doit acheminer du gaz naturel albertain à son principal client, Énergie Saguenay, qui détient une licence d’exportation de l’Office national de l’énergie pour un futur complexe de liquéfaction de gaz naturel (GNL) alimenté à l’hydroélectricité.

Le coût de construction du gazoduc est évalué à 4,5 milliards $ CAN. En ajoutant les sommes d’un peu plus de 7,2 milliards $ US (soit environ 9,5 milliards $ CAN) prévues par Énergie Saguenay pour le complexe de liquéfaction, les investissements pourraient s’élever à 14 milliards $.

Selon le communiqué de Gazoduq, le projet doit permettre à Énergie Saguenay de liquéfier et d’exporter du gaz naturel en Europe, en Asie et vers d’autres marchés qui souhaitent diversifier leur approvisionnement en gaz naturel et possiblement «remplacer des énergies plus polluantes telles que le charbon et le mazout».

Il est prévu que le projet, qui est présentement en phase de planification et de conception, débute sa phase de construction en 2022, pour une mise en service en 2024, «coïncidant avec la hausse de la demande mondiale prévue de GNL», affirme Gazoduq.

Gazoduq fait valoir des «retombées économiques importantes et tangibles» pour les entreprises et les communautés du Québec, de l’Ontario et du Canada, sans donner plus de détails.

L’entreprise a soutenu que le corridor prévu était «éloigné volontairement des zones densément peuplées», et qu’il prenait également en considération de «nombreux milieux sensibles», tels que le lac Saint-Jean, le Réservoir Gouin, le lac Abitibi, les aires de répartition du caribou forestier ainsi que les aires protégées et les secteurs d’intérêt récréatifs.

Gazoduq dit vouloir conclure des ententes et des partenariats d’affaires avec des entreprises locales.

L’entreprise a annoncé jeudi des séances de consultation et d’information avec les communautés locales et autochtones concernées par le corridor d’étude.

Par l’établissement d’un «dialogue» au cours des «cinq ou six prochains mois», l’entreprise dit vouloir identifier un tracé «qui soit techniquement réalisable et acceptable sur les plans environnemental, social et économique».

«On est vraiment en amont du choix d’un tracé», a fait valoir le président de Gazoduq, Louis Bergeron.

Anne Gilbert-Thévard, de Coalition Fjord, a indiqué que son organisation ferait entendre ses préoccupations sur le projet dans le cadre de la consultation, soulignant notamment que le tracé passe «très, très près du lac Saint-Jean».

«Ça soulève bien des questions. Où est-ce que ça va passer? Est-ce que ça va passer dans des terres agricoles? Est-ce que ça va passer dans des milieux humides? J’espère qu’ils vont éviter le plus possible ces zones-là si jamais le projet se concrétise», a affirmé Mme Gilbert-Thévard en entrevue.

La porte-parole de Coalition Fjord s’inquiète aussi de la notion de «zones densément peuplées». «Ce n’est pas parce qu’on est moins nombreux que les risques ne sont pas aussi élevés pour chaque individu», a-t-elle fait valoir.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a dit croire qu’un projet d’une telle envergure engendrera «assurément une création intéressante d’emplois pour la construction et l’entretien de la conduite, mais pourrait également entraîner le développement d’entreprises qui découlent du transport du gaz naturel, comme la distribution».

Québec solidaire a exprimé de «vives inquiétudes» par rapport au projet de gazoduc, soutenant notamment que la société fondée pour piloter sa réalisation, Gazoduq, représente «une nouvelle incursion de TransCanada en sol québécois».

La porte-parole de Québec solidaire Manon Massé a déclaré par communiqué que le Québec avait «déjà joué dans ce film-là», faisant valoir que le président de Gazoduq, M. Bergeron, avait été précédemment vice-président pour le projet Énergie Est au Québec.

«Le gaz naturel n’est pas une énergie de l’avenir. Ce n’est sûrement pas avec un gazoduc qui comporte un haut risque de fuite de méthane qu’on va sortir des énergies polluantes à l’heure où tous nos efforts doivent se tourner vers une réelle transition énergétique», a affirmé Mme Massé.

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