HO / La Presse Canadienne

HALIFAX — Un échantillon de poussière prélevé dans une région sauvage près de Halifax a amené les scientifiques de l’Université Dalhousie à découvrir une nouvelle branche sur l’évolution de l’arbre de la vie.

Il s’avère que la poussière contenait des organismes microbiens unicellulaires dont personne ne savait même qu’ils existaient. Les résultats sont présentés dans un article publié mercredi dans la revue scientifique Nature.

Alastair Simpson, un professeur au département de biologie de Dalhousie, affirme que cette découverte représente une «nouvelle branche majeure» qui dépasse le niveau de nouveau règne en termes de classement des formes de vie.

«Ces petits organismes sont à eux seuls un groupe qui est plus différent de tout ce que nous savons que les animaux sont différents des champignons», a dit M. Simpson. «Ainsi, les champignons et les animaux au sens de l’évolution sont plus proches les uns des autres que ce nouvel élément ne l’est de n’importe quoi que nous connaissions jusqu’à présent.»

Les chercheurs ont pu séquencer les informations génétiques de deux prédateurs microscopiques «bizarres» appelés «hémimastigotes», a déclaré M. Simpson.

Des centaines de gènes ont été analysés. M. Simpson dit qu’il est devenu clair que les hémimastigotes n’appartenaient à aucun règne biologique connu, ni même à aucun groupement de plusieurs règnes.

Yana Eglit, une étudiante diplômée de Dalhousie, a recueilli l’échantillon de terre lors d’une randonnée sur un sentier à l’extérieur de Halifax.

En laboratoire, Mme Eglit a laissé l’échantillon dans un petit plat rempli d’eau et en a vérifié périodiquement le contenu au microscope.

Un soir, elle a détecté des organismes qui nageaient. Ils mesurent environ deux centièmes de millimètres et se déplacent en utilisant au moins une douzaine de flagelles, qui sont les mêmes structures que les queues des spermatozoïdes.

«Cela ressemble à une pistache avec de petits poils entre les coquilles, a décrit Mme Eglit. Et ils se déplacent maladroitement et mangent d’autres organismes unicellulaires complexes.»

L’équipe de recherche de Dalhousie appelle cette nouvelle branche de la vie «hémimastigophore». Les humains appartiennent à une branche appelée Unikonta.

Cette découverte est considérée comme cruciale pour les scientifiques qui reconstituent comment les cellules complexes des animaux, des plantes et des champignons ont évolué depuis deux ou trois milliards d’années.

«Ayant maintenant compris que l’un de ces grands groupes nous manquait depuis tout ce temps, je m’attends à ce que cela réenligne pas mal de recherches pour essayer de comprendre comment les cellules complexes ont évolué», a prédit M. Simpson.

M. Simpson ajoute que les informations découvertes par les chercheurs de Dalhousie seront importantes pour ceux qui étudient l’écologie de la Terre.

«Les microbes en général sont extrêmement importants dans l’écosystème de la Terre. La nature de l’océan, ou la raison pour laquelle le sol est comme il est, s’explique dans une large mesure par les microbes présents et leur activité.»

Il a ajouté que les chercheurs seraient désormais en mesure de détecter les hémimastigotes dans des échantillons génétiques prélevés dans ces environnements, ce qui permettrait de mieux comprendre ce qui s’y trouve et, éventuellement, les interactions entre différents microbes.

Mme Eglit a déclaré que la tradition en nommant les espèces est de leur donner des noms grecs ou latins, mais les chercheurs ont tenu à honorer le fait que l’échantillon de poussière a été trouvé sur le territoire traditionnel des Micmacs en Nouvelle-Écosse.

En conséquence, l’une des espèces a été nommée «Hemimastix kukwesjijk». Kukwes est un ogre poilu et mangeur d’hommes issu du folklore micmac.

«Il se trouve qu’ils ont une créature ressemblant à un ogre qui est également poilue et terrifiante et qui mange d’autres créatures. Cela semble correspondre à ce que cet organisme est, donc nous avons pensé que nous lui donnerions ce nom», a expliqué Mme Eglit.

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