Andrew Vaughan/La Presse canadienne Dennis Oland et sa femme Lisa

SAINT-JEAN, N.-B. — Coup de théâtre au procès pour meurtre de Dennis Oland mardi matin à Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick: le juge Terrence Morrison, de la Cour du Banc de la reine, a renvoyé les jurés chez eux et annoncé qu’il entendrait l’affaire seul.

Ce rebondissement stupéfiant survient un peu plus d’un mois après la sélection du jury pour ce procès complexe, qui devait durer au moins quatre mois.

Le juge Morrison a prononcé la nullité du procès lors de ce qui aurait dû être le début de la présentation de la preuve au deuxième procès de M. Oland pour la mort de son père, l’homme d’affaires Richard Oland, en 2011.

Le magistrat a expliqué que le processus de sélection des jurés avait subi des «irrégularités» dont la Couronne n’était pas au courant.

«On ne peut rien y faire, a déclaré le juge Morrison aux 16 jurés en les remerciant. Vos services ne sont plus nécessaires.»

L’avocat de la défense Alan Gold a déclaré, plus tard mardi, que la police de Saint-Jean avait outrepassé les limites en enquêtant sur le jury, ce qui avait entraîné l’annulation du procès.

Me Gold a rappelé que la Cour suprême du Canada avait clairement indiqué que le respect de la vie privée des jurés interdisait «toute recherche dans les bases de données policières afin de découvrir tous les contacts qu’ils auraient pu avoir avec la police».

Mais l’avocat a affirmé que les erreurs commises par la police de Saint-Jean ne s’arrêtaient pas là. Il a précisé avoir demandé que l’examen mené par la Commission de police du Nouveau-Brunswick sur la conduite des policiers dans l’enquête sur le meurtre de Richard Oland, qui avait été suspendue en attendant la tenue du procès devant jury, reprenne immédiatement.

«Comme l’a soutenu la défense lors du premier procès, Dennis Oland a été inculpé à cause des erreurs, de la confusion, voire des cafouillages de la police de Saint-Jean, qui s’est trop concentrée sur lui et n’a pas réussi à trouver et à suivre les indices sur le ou les véritables assassins», a-t-il dit.

«La Commission de police du Nouveau-Brunswick a de nombreuses questions à examiner concernant la manière dont l’affaire a été instruite et comment la police a décidé que Dennis était l’auteur du crime, quelques heures seulement après la découverte du meurtre.»

Un procès devant juge seul
Le procès recommencera mercredi, mais seulement devant le juge Morrison. Dennis Oland sera de nouveau accusé formellement et devra dire s’il plaide coupable ou non coupable. Il y aura ensuite les déclarations d’ouverture et, enfin, le procès pourra commencer.

Dennis Oland, sa femme Lisa et sa mère Connie étaient tous dans la salle d’audience mardi matin lors de l’annonce du juge, le plus récent rebondissement dans une affaire qui en compte déjà plusieurs.

Le corps de Richard Oland a été découvert le 7 juillet 2011 dans son bureau du centre-ville de Saint-Jean.

Âgé de 69 ans, l’homme d’affaires et ancien dirigeant de la brasserie Moosehead avait été atteint à 45 reprises par un objet contondant à la tête, au cou et aux mains, bien qu’aucune arme n’ait jamais été retrouvée.

Dennis Oland, son seul fils, a été inculpé de meurtre au deuxième degré en 2013 et condamné en 2015 à l’issue d’un procès qui a rassemblé près de 50 témoins. Selon le juge ayant entendu l’affaire, le dossier s’appuyait essentiellement sur de preuves circonstancielles.

Toutefois, le verdict du jury dans cette affaire a été annulé en appel en 2016 et un nouveau procès ordonné.

Au cours du premier procès, la Couronne s’était concentrée sur le mobile possible du meurtre, notamment les difficultés financières de Dennis Oland et le fait qu’il savait que son père avait une maîtresse.

Mais lors de son témoignage, Dennis Oland a minimisé l’importance de ses ennuis financiers et déclaré qu’il ne les avait jamais abordés avec son père. Il a également ajouté qu’il n’avait jamais discuté avec son père de la relation extraconjugale que celui-ci entretenait.

La veste marron
La défense a présenté une vidéo montrant Dennis Oland et sa femme faisant leurs courses plus tard dans la soirée du 6 juillet 2011, au moment où des personnes travaillant à l’étage sous le bureau de Richard Oland croient avoir entendu le meurtre.

La preuve centrale de la Couronne était une veste marron portée par Dennis Oland qui comportait un certain nombre de petites taches de sang et des traces d’ADN correspondant au profil de Richard Oland. Cependant, aucun des témoins experts n’a pu dire depuis combien de temps le sang se trouvait sur la veste ni comment il y était arrivé.

Mais il y avait aussi quelques incohérences dans son histoire.

Dennis Oland avait déclaré à la police qu’il s’était rendu au bureau de son père à deux reprises le 6 juillet 2011 et qu’il portait un veston bleu marine. Selon les témoignages et la vidéo de la caméra de surveillance, il portait plutôt une veste marron, et Dennis Oland lui-même a admis qu’il était retourné au bureau une troisième fois pour récupérer un document pour son oncle.

La Couronne a souligné ces incohérences lors du contre-interrogatoire de Dennis Oland, qui avait rétorqué qu’il était nerveux et sous le choc lorsqu’il avait fait sa déclaration à la police.

La famille croit fermement que Dennis Oland est innocent.

«Nous continuons de croire que notre neveu et cousin Dennis est innocent et nous le soutiendrons, ainsi que les membres de sa famille, tout au long du processus judiciaire», a déclaré Derek Oland, président exécutif de Moosehead, dans un communiqué publié en 2015.

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