Ryan Remiorz Ryan Remiorz / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — L’agriculture s’est amenée en ville vendredi matin à bord de quatre tracteurs remorquant d’immenses slogans qui se sont rendus devant l’hôtel du centre-ville de Montréal où étaient réunis les premiers ministres du Canada.

La manifestation était le fait des producteurs laitiers se disant exaspérés par la part de marché de plus en plus grande accordée aux partenaires internationaux dans les ententes de libre-échange sans que les compensations qu’on ne cesse de leur promettre ne se matérialisent.

«Les producteurs sont tannés», a déclaré le président des Producteurs laitiers du Canada, Pierre Lampron, en point de presse devant la machinerie agricole.

«Chaque entente qu’on a eue, on a fait confiance au gouvernement (…), mais la confiance est à son plus bas. Des promesses, on en a eu beaucoup et les résultats ne sont pas là», a-t-il déploré.

«Trouvez-moi un pays dans le monde où un gouvernement a fait trois accords de libre-échange et c’est toujours la même industrie qui paye; Europe, PTP (Partenariat transpacifique), et États-Unis, c’est toujours l’industrie laitière qui paye», s’est indigné de son côté son vis-à-vis québécois, le président de Producteurs laitiers du Québec, Bruno Letendre.

Pertes de 450 M$ par année

L’industrie évalue la perte de parts de marché des producteurs canadiens à 450 millions $ par année, dont environ 170 millions $ au Québec.

Les producteurs s’impatientent devant l’immobilisme du gouvernement fédéral alors que les premiers effets d’un des trois accords de libre-échange, celui conclu avec l’Europe, commencent à se matérialiser avec l’arrivée sur les tablettes des premiers fromages européens qui ont profité de la brèche créée par l’Accord économique et commercial global (AECG) avec l’Europe.

«Il y a de l’incertitude dans le milieu», a pour sa part affirmé le président de l’Union de producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau.

«Les producteurs vivent cette incertitude, retardent leurs investissements, ne savent pas trop sur quel pied danser actuellement. On a besoin d’un message plus clair que ceux qu’on a entendus jusqu’à maintenant», a réclamé M. Groleau.

Les producteurs accueillent cependant favorablement l’annonce de la création d’un comité devant se pencher sur le dossier des compensations, comité qui doit tenir sa première réunion vendredi prochain, avec les bémols qui accompagnent cette approche.

«Ras le pompon»

«On a dit au dit au gouvernement que les promesses, on en avait ras le pompon et que ça prenait des actions, a renchéri M. Letendre. Il y en a eu une, mais on s’entend que ça n’a pas été difficile à organiser, c’est la création du comité», a-t-il lancé, tout en promettant d’être «beau joueur» et de «travailler de bonne foi pour en arriver à une entente».

En contrepartie, ils avertissent le gouvernement Trudeau qu’ils ne se laisseront pas berner par le récent programme de soutien à l’investissement des producteurs, reprochant au gouvernement Trudeau de le présenter comme un programme de compensation.

Ils font valoir d’une part qu’Ottawa distribue l’argent de cette enveloppe tantôt selon le critère du premier arrivé premier servi, tantôt par tirage au sort et surtout, d’autre part, que le programme en question ne vise qu’à soutenir l’investissement et ne compense aucunement quelque perte que ce soit.

«Ils veulent l’appeler une compensation, mais ce n’est pas un programme de compensation. On n’a pas eu une cenne de compensations à date», a pesté Bruno Letendre.

En fin de journée, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a reconnu que le nouvel accord de libre-échange avec les États-Unis et le Mexique allait «avoir des impacts négatifs sur les producteurs laitiers», mais il a insisté pour dire que c’est à eux de déterminer leurs besoins.

«Ce n’est pas au gouvernement fédéral de décider de quoi ils vont avoir besoin, c’est en écoutant les producteurs laitiers qu’on va pouvoir déterminer quels seront leurs besoins à être compensés lors de la ratification», a mentionné M. Trudeau.

Celui-ci ne s’est pas engagé sur un échéancier concernant d’éventuels compensations versées aux agriculteurs. Il souligne par ailleurs que la négociation ne porte pas seulement sur une somme d’argent, mais sur une stratégie pour venir en aide au secteur laitier canadien.

Legault prudent

Le premier ministre François Legault s’est montré prudent devant la presse à la suite de la réunion des premiers ministres, soutenant que la détermination de la valeur objective des pertes était un exercice délicat.

«Actuellement, et c’est peut-être l’un des problèmes qui fait que l’on ne peut pas avancer plus vite, l’UPA est en train de travailler avec un comité fédéral pour chiffrer les compensations. C’est combien de centaines de millions de dollars? Même l’UPA ne le sait pas; c’est complexe», a fait valoir le premier ministre.

«Les quotas de lait vont perdre de la valeur, il va y avoir moins de ventes pour les producteurs québécois.»

François Legault s’est tout de même réjoui de l’attitude affichée jusqu’ici par les dirigeants du syndicat des producteurs: «Marcel Groleau me dit qu’il est content. Il connaît très bien le dossier. Il me dit que cela avance bien.»

Aussi dans National :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!