Archives Métro Le coordonnateur du RAPSIM, Pierre Gaudreau

Pour stopper l’accroissement de l’itinérance, particulièrement à Montréal, le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes (RAPSIM) compte sur l’administration municipale et le gouvernement du Québec.

Le RAPSIM a rencontré la ministre déléguée aux services sociaux du Québec, Véronique Hivon, ainsi que la responsable du dossier de l’itinérance à la Ville, Émilie Thuillier, jeudi, à l’occasion du Ralliement de la rentrée 2013 de l’organisme. Métro a fait le point avec le coordonnateur du réseau, Pierre Gaudreau, sur les défis que représente la nouvelle année en matière d’itinérance.

Vous dites que 2012 a été une grosse année. Comment la résumeriez-vous?
Malheureusement, on constate encore une fois qu’il y a davantage de gens qui se retrouvent dans la rue. Les refuges pour hommes ont augmenté leur capacité et ont accueilli davantage de monde pour une cinquième année consécutive. Dans les hébergements pour femmes itinérantes, à longueur d’année, faute de place, des femmes seules se voient refuser l’accès.

On voit aussi de plus en plus de personnes itinérantes, non seulement au centre-ville, où sont les ressources, mais également dans d’autres quartiers, comme Hochelaga, Rosemont, Côte-des-Neiges… Des quartiers où on ne parlait pas d’itinérance avant.

2012 a été une grosse année aussi parce que le nouveau gouvernement a annoncé la création d’une politique en itinérance. Cette politique servira à avoir une vision globale de la question, afin que tous les ministères soient arrimés pour répondre aux besoins en ce qui concerne les services sociaux, le logement, la justice et les affaires municipales pour prévenir et réduire l’itinérance, en plus de dire que c’est inacceptable de constater année après année un accroissement de l’itinérance.

Avez-vous des détails sur la politique qui sera adoptée?
On sait que le gouvernement veut travailler là-dessus dès maintenant. Un comité de travail dont nous faisons partie a été formé.

On ne réglera pas l’itinérance du jour au lendemain. Mais on fait souvent l’analogie suivante: on a, au Québec, une bonne politique de lutte en matière de violence conjugale. Il y a 30 ans, la police n’intervenait pas dans les situations de violence conjugale. On appelait cela un problème domestique. Ç’a changé. Il y a encore des ratés dans les interventions policières, mais il y en a beaucoup moins. Il y a des arrestations proactives, des interventions. Le système de santé a changé son approche.

Une telle politique est également non partisane. Celle-ci sera mise en place par le gouvernement du Parti québécois, mais on veut que ça se construise, que des mesures soient mises en place pour le logement, la toxicomanie, la santé mentale et le financement des organismes. Le défi de 2013 pour nous, c’est que le gouvernement avance rapidement, et c’est bien parti.

Et selon vous, quelle serait la priorité sur laquelle agir avec cette politique?
L’adoption elle-même d’une politique, qui dit qu’on refuse de voir l’itinérance croître, c’est déjà un premier geste. On ne priorise pas une mesure en soi, il y en a beaucoup qui sont importantes, mais c’est sûr que la question du logement est incontournable. Offrir un toit, avoir des logements sociaux, offrir un soutien pour aider les gens à se stabiliser en logement, c’est primordial.

À quoi vous attendez-vous de la part de la Ville?
Déjà, il y a trois ans, on disait aux élections municipales que Montréal peut faire mieux au niveau de l’itinérance; dans sa cour, mais aussi comme porte-parole des besoins aux niveaux fédéral et provincial. L’administration Tremblay, durant 10 ans, a porté une attention à l’itinérance. Elle a soutenu l’accroissement au niveau des refuges et le développement de projets sociaux pour les gens de la rue.

Par contre, sur le logement, elle n’a pas agi assez fortement pour sauvegarder le parc des maisons de chambres. Et en ce qui concerne la judiciarisation, on donne encore beaucoup trop de contraventions aux itinérants pour occupation de l’espace public, par exemple. C’est une facture énorme qui alourdit le fardeau des gens qui sont dans la rue.

Quelques chiffres
En 2005, le gouvernement fédéral estimait qu’il y avait environ 30 000 personnes itinérantes à Montréal. Selon le RAPSIM, ce nombre ne cesse de croître.

  • Entre 2008 et 2012, dans les services d’hébergement pour hommes, le taux d’occupation est passé de 90% à 96%.
  • Du côté des services d’hébergement pour femmes, le taux d’occupation est passé de 84% à 86% entre 2008 et 2012.
  • Du 15 décembre 2011 au 31 mars 2012, le nombre d’hommes ayant recours à des services d’hébergement d’urgence a cru de 18% par rapport à la même période en 2008-2009. Chez les femmes, ce nombre a augmenté de 49%.

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