FRED CHARTRAND Aboriginal Protests. FRED CHARTRAND / La Presse Canadienne

OTTAWA – La chef de la réserve d’Attawapiskat, Theresa Spence, a accepté de mettre un terme à sa grève de la faim, a annoncé mercredi un porte-parole.

La leader autochtone suivait une diète liquide composée de bouillon de poisson et de tisane médicinale depuis le 11 décembre, afin d’obtenir une rencontre entre les chefs des Premières Nations, le premier ministre Stephen Harper et le gouverneur général, David Johnston.

Mme Spence et Raymond Robinson, un membre de la Première Nation manitobaine Cross Lake qui avait aussi entrepris un jeûne, ont tous les deux renoncé à leur grève, a indiqué le porte-parole de la chef d’Attawapiskat, Danny Metatawabin, dans un communiqué.

Ce dénouement est survenu après qu’une coalition formée de leaders autochtones et de députés du Parti libéral du Canada et du Nouveau Parti démocratique eut signé une déclaration comprenant 13 demandes spécifiques afin de poursuivre les négociations entre les Premières Nations et le gouvernement fédéral.

La déclaration exige entre autres que des améliorations soient apportées aux logements et aux écoles dans les réserves, de même que la tenue immédiate d’une rencontre entre Ottawa, les provinces, le gouverneur général et les Autochtones.

Elle demande aussi que les traités historiques régissant les relations entre plusieurs Premières Nations et le gouvernement fédéral soient modernisés et pleinement respectés d’ici cinq ans.

«Nous nous engageons à poursuivre l’action urgente et coordonnée requise jusqu’à l’obtention de résultats concrets et tangibles qui permettront aux Premières Nations de décider de leur destinée», peut-on lire dans le préambule.

Plusieurs autres leaders autochtones de réserves voisines de celle d’Attawapiskat, dans le nord de l’Ontario, étaient en route vers la capitale mercredi afin d’assister à une cérémonie qui doit avoir lieu jeudi pour souligner la fin du jeûne de Theresa Spence.

Cette résolution impliquant les partis de l’opposition permettra vraisemblablement de maintenir la pression sur le gouvernement conservateur lorsque les députés reprendront le travail la semaine prochaine après les vacances de Noël.

Non seulement Stephen Harper sera-t-il critiqué pour avoir laissé le conflit avec les Premières Nations s’envenimer, mais il devra également faire face à de nouvelles requêtes de révision concernant les modifications importantes apportées au processus d’évaluation environnementale dans le cadre des deux projets de loi omnibus controversés de son gouvernement.

«Nous avons des problèmes politiques, juridiques et constitutionnels à régler. C’est la voie que M. Harper a choisie», a commenté le député néo-démocrate Romeo Saganash.

Mais le premier ministre a plutôt décidé de se concentrer sur les prochains pourparlers avec le chef national de l’Assemblée des Premières Nations (APN), Shawn Atleo, en se basant sur les priorités déterminées lors de leur rencontre le 11 janvier dont certaines correspondent à celles énoncées par Mme Spence.

«L’important, c’est que nous continuions à progresser afin que les conditions de vie des Autochtones s’améliorent et que les occasions pour eux de participer à l’économie continuent à s’améliorer», a déclaré Stephen Harper mercredi lors d’un événement à Cambridge, en Ontario.

«Ces occasions existent grâce aux ressources consacrées au développement dans les régions éloignées et en raison du manque de main-d’oeuvre que l’économie canadienne est sur le point de connaître. Et je veux que les Autochtones, particulièrement les jeunes, profitent de ces occasions.»

Ceux qui ont encouragé Theresa Spence à abandonner son jeûne, parmi lesquels figurent le leader libéral par intérim Bob Rae, M. Saganash et le chef autochtone du nord de l’Ontario Alvin Fiddler, ont dressé la liste de ce qu’ils considèrent comme les victoires de la leader d’Attawapiskat: sensibiliser la population canadienne aux problèmes des Premières Nations et obtenir la tenue d’une rencontre entre l’APN, le premier ministre et plusieurs ministres de même que la promesse de moderniser les traités.

Ils ont aussi souligné que le jeûne de Mme Spence avait permis de galvaniser les milliers de manifestants ayant pris part au mouvement Idle No More.

Mais le jeûne de la chef autochtone n’a pas eu que de bons côtés puisqu’il a attiré l’attention sur un audit des finances du conseil de bande de sa réserve faisant état d’un manque de pièces justificatives pour des dépenses de 100 millions $ provenant des fonds publics.

Il a aussi nui à l’APN, Theresa Spence et plusieurs de ses homologues ayant boycotté la rencontre du 11 janvier entre M. Atleo et le premier ministre parce que le gouverneur général n’y participait pas.

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