Graham Hughes Pauline Marois,. Graham Hughes / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Le projet de charte de la laïcité n’est pas un outil destiné à mousser l’option souverainiste, a soutenu dimanche Pauline Marois.

À l’issue d’un discours de clôture clairement destiné à faire vibrer la fibre souverainiste de ses troupes, dimanche, la première ministre a affirmé qu’elle n’avait «vraiment pas fait d’adéquation entre la charte et la souveraineté».

«La charte, elle n’a pas été déposée pour nous donner un avantage sur la question de la souveraineté. Je veux être très claire là-dessus», a lancé Mme Marois lors du point de presse organisé en conclusion du conseil national s’étant déroulé à Montréal au cours du week-end.

Le projet de charte, a-t-elle plaidé, a été longuement mûri au sein des instances du Parti québécois (PQ) et son objectif ultime est d’énoncer les valeurs de laïcité et d’égalité homme-femme qui définissent à la fois l’État et la population du Québec.

Les militants y ont d’ailleurs apporté une modification en adoptant une «résolution d’urgence» pour que les futurs candidats «s’abstiennent de porter des signes religieux ostentatoires» au Salon bleu et dans le cadre leurs fonctions.

Pauline Marois a admis, lorsqu’elle s’est présentée au micro lors du débat entourant cette question, qu’elle ne serait pas à l’aise de voir un candidat ou un député porter des signes religieux que les employés de la fonction publique n’ont pas le droit d’arborer.

Quelques instants après, lors du point de presse, la leader péquiste a laissé entendre que le projet de loi 60 avait fort probablement des partisans du côté des députés du Parti libéral du Québec (PLQ), mais leur chef Philippe Couillard préférait les museler.

«C’est un peu étonnant de penser qu’il puisse y avoir parfaite unanimité (au sein de la députation libérale)», a suggéré Pauline Marois, qui a dit n’avoir remarqué aucune dissension dans son équipe d’élus.

Mme Marois a signalé, mais sans la nommer, «qu’au moins une députée du Parti libéral s’était très clairement prononcée pour une action de l’État» comme celle que le PQ espère poser.

La première ministre faisait ainsi écho aux propos du président du Conseil du Trésor, Stéphane Bédard. Celui-ci avait invité samedi les dissidents du PLQ à rompre les rangs afin de «ramener à la raison» le parti qui, a-t-il soutenu, défend une position «clientéliste».

L’attaché de presse du chef libéral, Harold Fortin, a réitéré samedi qu’il n’y aurait pas de vote libre sur la mesure législative déposée jeudi au Salon bleu.

Un vote libre n’est pas non plus «dans les plans» du côté de la Coalition avenir Québec (CAQ), a confirmé dimanche l’attaché de presse de l’aile parlementaire de la formation politique, Guillaume Simard-Leduc.

Pauline Marois, qui a accusé l’opposition de faire de l’obstruction législative en série, est fort consciente que l’adoption de la charte s’annonce difficile — voire carrément impossible.

Elle a cependant refusé de préciser si son gouvernement avait l’intention d’en faire une question de confiance.

«Nous n’en sommes pas là. Nous l’évaluerons au moment où nous serons rendus là, après les consultations, les débats, les échanges et certaines modifications qui pourraient être éventuellement apportées», a-t-elle signalé.

Le dépôt du projet de loi avait été soumis à un vote de confiance à l’Assemblée nationale. Une éventuelle opposition au dépôt aurait donc pu entraîner la dissolution de la Chambre et le déclenchement d’élections générales anticipées. Personne ne s’y est finalement opposé.

Déficit zéro

Il a été beaucoup question du rêve d’indépendance que caressent Pauline Marois et ses troupes au cours du week-end, mais la réalité — celle des chiffres — a rattrapé le gouvernement.

Selon un bilan publié vendredi par le ministère des Finances, le déficit du Québec atteignait 2,3 milliards $ en date du 31 juillet. Au mois de septembre 2012, il était de 1,8 milliard $.

Mais pour l’heure, aucun des élus du PQ ne veut évoquer clairement le report de l’un des principaux objectifs que s’était fixé le parti depuis son arrivée au pouvoir: celui de l’atteinte du déficit zéro pour 2013-2014.

«Je vous dirais que nous gardons le cap sur la rigueur budgétaire», s’est contentée de déclarer Pauline Marois, selon qui l’économie du Québec est quand même en bonne santé.

Stéphane Bédard était allé un peu plus loin la veille en répondant qu’il fallait être «réaliste» et qu’il valait mieux «enlever ses lunettes roses» lorsqu’on lui a demandé si un report de l’objectif était envisageable.

Le vice-premier ministre, François Gendron, a pour sa part plaidé dimanche qu’il valait mieux attendre le prochain rapport des opérations financières avant de trancher sur la question.

M. Gendron a également réitéré le message qui était sur les lèvres de tous ses collègues dans les couloirs du Palais des congrès: les dépenses de l’État sont «sous contrôle», a-t-il martelé.

Les dépenses ont enregistré une hausse de quatre pour cent au cours des quatre derniers mois.

Les différents représentants du PQ qui ont défilé devant les journalistes au cours du week-end ont insisté sur le fait que sans le versement d’une subvention de 242 millions $ aux universités, la hausse aurait été moins marquée.

«L’an dernier, ces subventions ont été effectuées en août. En excluant ce versement, la croissance des dépenses de programmes aurait été de 2,9 pour cent», peut-on lire dans le rapport du ministère des Finances rendu public à la veille du conseil national péquiste.

Cela est malgré tout supérieur à l’objectif que le gouvernement s’était fixé au chapitre de la croissance de ses dépenses.

«Ainsi, la hausse des dépenses de programmes est contenue à 1,9 pour cent en 2012-2013 et leur niveau atteindra 62 642 millions $. En 2013-2014, le niveau de dépenses est limité à 63 791 millions $, soit une croissance de 1,8 pour cent», stipule le budget déposé en novembre 2012.

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