Archives Métro Régis Labeaume

Régis Labeaume n’est pas que le maire de la Ville de Québec. Il est aussi l’un des politiciens les plus connus de la province. Son franc-parler, ses sautes d’humeur et ses idées de grandeur ont eu tôt fait d’en faire un incontournable de la scène politique.

Après Le Petit Labeaume illustré, voici qu’un nouveau livre, offrant cette fois un portrait plus nuancé de l’homme, paraît le 12 octobre. L’animateur et journaliste David Lemelin propose Labeaume – La dictature amicale, un ouvrage qui cherche à faire le point sur le personnage Labeaume, sur ses forces et ses faiblesses. Métro s’est entretenu avec l’auteur.

Il aurait été facile de faire dans la satire avec un personnage aussi coloré que Régis Labeaume. Pourquoi avoir choisi la voie de l’analyse?
La satire a déjà été faite. En plus, je trouvais que ça ne s’y prêtait pas du tout. J’avais envie simplement de faire un portrait, un état de la situation à Québec. Au fil des ans, j’ai entendu beaucoup de gens dire qu’il y a du bon avec Régis Labeaume, mais qu’ils s’inquiétaient pour la démocratie. Je me demandais pourquoi ça ne sortait pas. Il y avait très peu de commentaires à l’époque. Je me suis dit que si les gens avaient des choses à dire, j’allais faire une tournée. J’ai rencontré plusieurs intervenants de différents horizons pour avoir leurs impressions et dresser un portrait de Régis Labeaume, en ayant comme angle principal l’aspect démocratique.

Vous écrivez que Régis Labeaume est arrivé au pouvoir grâce à une «conjoncture de rêve». Selon vous, aurait-il pu être élu si la situation de Québec avait été différente?
C’est difficile à dire. Le discours qu’il mettait de l’avant, à savoir qu’il fallait du changement et du dynamisme, plaît à l’électorat. Il aurait donc pu être élu avant, mais au moment de son élection, tous les astres étaient alignés pour que ça se réalise avec cette ampleur. Il y avait une fatigue à Québec. On avait fait le tour du jardin, on avait le goût d’entendre un autre discours. On venait de sortir des années de Jean-Paul L’Allier, qui avait dynamisé Québec, mais à sa façon. Il y avait aussi eu la mairesse Andrée Boucher, qui avait pris un virage à 180 degrés en disant non à tout et en ne voulant pas dépenser. Puis 2008 [année du 400e anniversaire de Québec] approchait et les gens se sont dits : «ce n’est pas vrai, on ne va pas continuer comme ça». À ce moment, tout s’est aligné.

Un personnage comme Régis Labeaume pourrait-il être élu à Montréal, selon vous?
Je n’ai pas la prétention de faire ma réflexion personnelle, mais des gens se sont posé la question très sérieusement et ont conclu que ça serait difficile. Avec le recul, je suis obligé de dire qu’ils ont peut-être raison. Quelqu’un qui brasse parfois la cage très fortement, je ne suis pas certain que ça fonctionnerait à Montréal dans la mesure où il y a beaucoup plus d’intérêts qui doivent converger. Montréal, c’est tentaculaire. Je pense qu’un maire comme Régis Labeaume sert peut-être mieux une ville moins complexe.

Êtes-vous surpris de voir que Régis Labeaume réussisse à aussi bien s’en sortir malgré ses célèbres sautes d’humeur et ses déclarations à l’emporte-pièce?
C’est assez étonnant. Quand tu entends deux ou trois dérapages tu te dis : «il a du caractère, c’est le fun». Après quatre, cinq ou six, tu te dis qu’il a mauvais caractère. Mais plus que ça, ça commence à être dérangeant. Le fait qu’il s’en tire aussi bien me surprend plus ou moins parce qu’il est extrêmement fort en communication et il est extrêmement bien entouré. Ça se voit tous les jours. C’est quelqu’un qui, sur le plan de la communication, est pratiquement irréprochable. Il fait des dérapages, mais en même temps, on se demande si ce n’est pas un peu prévu. On sait que c’est un gars qui pète les plombs, mais il s’en sert pour montrer qu’il n’acceptera pas l’immobilisme. Ça donne l’impression que ce n’est pas quelqu’un qui va s’asseoir sur ses mains à regarder le train passer. Pour l’instant, ça fonctionne.

Y a-t-il un risque que ce personnage fort en gueule finisse par lasser l’électorat?
Ce que les experts disent, et je le ressens aussi, c’est qu’à force de tirer partout, à un moment donné, tu te fais des adversaires. Des gens disent : «nous aussi on a un point de vue et on veut le faire entendre». Je pense que tranquillement, il y a de plus en plus de gens qui vont s’affirmer et dire qu’ils ne veulent pas que ça fonctionne comme ça. Il y aura éventuellement des partis politiques qui vont se former. Régis Labeaume ne pourra pas garder un taux de popularité de 85%.

Régis Labeaume semble avoir déjà acquis un statut de légende alors qu’il est toujours au pouvoir. Comme expliquez-vous cela?
La force médiatique est incomparable. Il y a aujourd’hui des canaux spécialisés, les nouvelles en continu, internet. Il y a une soif de savoir qui est exponentielle. Et les médias nourrissent ça. C’est tout le contexte qui propulse Régis Labeaume, mais c’est sûr que ça prend le personnage aussi. Si on avait un personnage fade et ennuyant, on dirait : «on passe à autre chose». L’alignement des astres, c’est exactement ça. C’est le gars qui arrive au bon moment, qui sait exactement comment naviguer dans les médias, qui sait s’en servir et qui est entouré de gens qui savent quoi faire.

Qu’est-ce qui vous a le plus surpris au cours de vos recherches?
L’ampleur du phénomène m’étonne. En général, on n’a pas le temps de s’y arrêter. Mais quand on prend le temps, qu’on ramasse les articles, qu’on recueille les témoignages, qu’on colle toutes les pièces du puzzle, on regarde l’œuvre et on se dit : «oh! Boy». Le mécontentement et l’inquiétude face à la démocratie sont plus considérables que je pensais.

Quel impact souhaitez-vous que votre livre ait?

J’espère susciter la réflexion et alimenter le débat. Ça commence à se faire dans les médias à Québec. Il y a des gens qui se posent des questions. Personne ne dit que M. Labeaume devrait être démis de ses fonctions demain matin. Mais il faut pouvoir se questionner et il faut être capable de dire : «M. le maire, ce que vous faites est inacceptable». Pour le moment, ce n’est pas évident parce que M. Labeaume fait de l’intimidation.

Craignez-vous que Régis Labeaume réagisse mal à votre livre?
S’il réagit mal, je ne serais pas surpris, s’il ne réagit pas, je ne serais pas surpris non plus. M. Labeaume est imprévisible de nature. Mais je n’ai pas peur de ses réactions. Ce que j’ai fait, c’est un portrait, une vue d’ensemble du personnage, avec ses bons et ses moins bons côtés. J’y ai inclus des avertissements sur la démocratie, mais ce n’est pas une attaque anti-Labeaume. Ça n’a rien à voir avec ça.

Labeaume – La dictature amicale
Éd. Michel Brûlé
En librairie le 12 octobre

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