MONTRÉAL – La piètre qualité des soins offerts au centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) de Saint-Lambert-sur-le-golf devrait être suffisante pour convaincre le gouvernement Marois de mettre fin à son contrat avec l’établissement, estiment des intervenants du milieu.

L’avocat Jean-Pierre Ménard, l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées ainsi que la Fédération de la santé et des services sociaux ont également demandé, mercredi, que le ministère de la Santé déclenche une enquête publique.

Me Ménard croit que le CHSLD, le premier construit en partenariat public-privé avec Québec, a démontré que ce modèle d’affaires était un échec. «On ne réussit pas à donner des soins de qualité et il n’y a aucun intérêt à continuer de poursuivre avec ce modèle», a-t-il dit en conférence de presse.

Selon lui, l’Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie doit cesser d’admettre des gens en CHSLD dans cet établissement de la Montérégie.

Le vice-président de la Fédération, Guy Laurion, a abondé dans le même sens, ajoutant que la recherche de profits faisait en sorte de priver les employés du CHSLD de ressources.

«Il n’y a pas de stabilité sur le terrain, a déploré M. Laurion. Le personnel donne des services avec de pauvres moyens. Le taux de roulement est de 100 pour cent par année. Le personnel se retrouve en détresse.»

Ouvert en octobre 2010 par le Groupe Savoie, le CHSLD de Saint-Lambert-sur-le-golf a fait l’objet de plusieurs controverses. Le mois dernier, deux de ses employées ont notamment été arrêtées. Elles font l’objet de plusieurs chefs d’accusation, dont voies de fait sur des résidants.

Une enquête a été déclenchée dans la foulée de ces événements, mais Me Ménard, la Fédération et l’Association accusent l’Agence de se montrer «complaisante» envers le Groupe Savoie dans ce dossier.

Les trois intervenants estiment que plusieurs plaignants du CHSLD ont de la difficulté à communiquer avec le consultant André Ducharme et que d’autres hésitent à le rencontrer parce qu’ils craignent des représailles de la part du CHSLD du Groupe Savoie.

«Il y a un climat d’intimidation, a avancé le vice-président de la Fédération de la santé et des services sociaux. On dit aux familles (des résidants) de ne pas parler.»

Le président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées, Louis Plamondon, critique également la façon dont l’enquête est actuellement menée.

«Il faut appeler l’Agence et s’identifier afin de parler à l’enquêteur, a-t-il dit. Il y a un contrôle et plusieurs familles et employés (du CHSLD) n’appellent pas parce qu’elles doivent s’identifier. Elles craignent des représailles.»

En entrevue, en fin d’après-midi, le président-directeur général de l’Agence, Richard Deschamps, a indiqué que l’organisme avait pris les mesures nécessaires en ce qui a trait à la disponibilité de l’enquêteur.

«Nous avons mis en place une adresse courriel en plus d’une ligne téléphonique dédiée, a-t-il dit. La confidentialité va maintenant être assurée puisque c’est une secrétaire contractuelle qui va recevoir les appels.»

Quant à la situation future du CHSLD de Saint-Lambert-sur-le-golf, Me Ménard estime que le gouvernement Marois ne devrait même pas envisager la mise en tutelle de l’établissement, notamment parce qu’il croit que la situation actuelle dure depuis trop longtemps.

«Est-ce qu’il faut attendre que d’autres décès surviennent, s’est-il demandé. Ceux qui paient le prix, c’est ceux qui n’ont pas le choix d’être là. Ça doit changer.»

L’avocat spécialisé dans le domaine de la santé estime que le gouvernement Marois, qui s’est souvent prononcé contre les PPP lorsqu’il était dans l’opposition à l’Assemblée nationale, devrait saisir l’occasion de se «démarquer» de ses prédécesseurs.

«Ce n’est pas de la partisannerie, a cependant nuancé Me Ménard. Il faut juste arrêter de pelleter le problème en avant.»

Le Groupe Savoie et l’entourage du ministre de la Santé Réjean Hébert n’ont pas retourné les appels de La Presse Canadienne.

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