MONTRÉAL – Même si elle estime que le Québec est dans une position «vulnérable» en ce qui a trait à son bilan financier, Dominion Bond Rating Service (DBRS) donne le bénéfice du doute à la province en maintenant sa cote de crédit à A (élevé) avec une perspective stable.

Dans un rapport publié jeudi dernier, l’agence de notation torontoise estime que l’objectif du gouvernement Couillard d’atteindre l’équilibre budgétaire en 2015-2016 est réalisable, mais qualifie «d’ambitieux» le plan mis de l’avant pour y arriver.

«Il faudra des efforts considérables pour contenir les dépenses alors que les économies du programme de révision des dépenses (…) restent à identifier, écrit le vice-président des finances publiques de DBRS, Travis Shaw. Il faudra aussi un coup de pouce de la part des syndicats.»

L’agence de notation croit que les premières recommandations de la Commission permanente de révision des programmes devraient être déposées vers la fin de l’année, ce qui devrait permettre d’en mesurer les effets dans le budget 2015.

Même si le gouvernement Couillard prévoit une croissance des dépenses de 1,8 pour cent en 2014-2015 et 0,7 pour cent en 2015-2016, DBRS estime que Québec a peu d’outils à sa disposition pour atteindre ses cibles budgétaires si la performance de la province ne répond pas aux attentes.

«La performance économique a été décevante, ce qui a entraîné des revenus (pour l’État) moins élevés que prévu», souligne M. Shaw.

L’agence se questionne entre autres sur la croissance des dépenses en santé, qui ont grimpé en moyenne de 4,2 pour cent par an au cours des cinq dernières années, et que le gouvernement Couillard veut limiter en deçà de 3 pour cent de 2014-2015 à 2016-2017.

«Les indemnités et frais du secteur public représentent 60 pour cent des dépenses de programme et le renouvellement des conventions collectives, qui viennent à échéance en mars 2015, représente un risque au plan fiscal», écrit M. Shaw.

De plus, l’agence croit que la prévision du ministre des Finances, Carlos Leitao, qui estime que la croissance de l’économie devrait s’établir à 1,8 pour cent en 2014, est supérieure à celle de plusieurs prévisionnistes du secteur privé.

En dépit d’un premier trimestre difficile pour l’économie du Québec — selon DBRS — l’agence croit que la province devrait être en mesure de profiter du recul du dollar canadien ainsi que de la croissance aux États-Unis, ce qui devrait avoir une influence positive sur ses exportations.

D’après les calculs de l’agence, la dette du Québec était de 222,4 milliards $ en date du 31 mars dernier, ce qui fait passer le ratio dette-produit intérieur brut (PIB) à 61 pour cent comparativement à 60,2 pour cent en 2013.

DBRS note toutefois que la cuisante défaite du Parti québécois aux dernières élections ainsi que la baisse des appuis à la souveraineté du Québec devraient contribuer à faire reculer «l’incertitude politique». L’agence ne fournit toutefois pas plus de détails sur cet aspect.

Le ministre Leitao n’a pas voulu réagir au rapport de l’agence, a indiqué son attachée de presse, Andrée-Lyne Hallé.

DBRS n’est pas la seule à maintenir la cote de crédit du Québec tout en exprimant certains doutes sur les objectifs financiers du gouvernement Couillard, puisqu’en juillet dernier Moody’s avait laissé inchangée — à Aa2 avec une perspective stable — la cote de la province.

L’agence américaine avait toutefois prévenu qu’il pourrait y avoir une «pression à la baisse» sur la cote de crédit si certains résultats visant à redresser la situation financière de la province se faisaient attendre.

De son côté, Standard & Poor’s, qui a réaffirmé sa cote de A+ la semaine dernière, s’est montrée plus optimiste, en soulignant que l’économie québécoise devrait se montrer «résiliente» devant les défis du retour au déficit zéro.

Le plus récent spectre de décote était survenu en décembre dernier, lorsque Fitch avait placé la cote de crédit de la province sous perspective négative, tout en maintenant sa note de AA-, après que le ministre des Finances de l’époque, Nicolas Marceau, eut annoncé un report de deux ans de l’équilibre budgétaire.

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