Adrian Wyld / La Presse Canadienne Stephen Harper

OTTAWA – Ottawa déploiera jusqu’à six avions de chasse et 600 membres des Forces armées au Moyen-Orient pour participer aux frappes aériennes contre le groupe armé État islamique (ÉI).

La motion présentée vendredi par le premier ministre Stephen Harper prévoit que la mission de combat pourrait durer jusqu’à six mois.

Elle précise par ailleurs que «le gouvernement du Canada ne déploiera pas de militaires dans le cadre d’opérations de combat terrestre».

Ottawa compte déployer jusqu’à six avions de chasse CF-18, un appareil de ravitaillement air-air et environ 600 membres des Forces armées — ce nombre comprend les équipages de vol et le personnel de soutien —, a précisé vendredi le Cabinet du premier ministre.

En déposant cette motion aux Communes, M. Harper a demandé l’appui des partis d’opposition pour la mission — ce qu’il n’aura vraisemblablement pas.

«Cette mission arrêtera la propagation de l’État islamique dans la région et diminuera de beaucoup sa capacité de mener des attaques terroristes à l’extérieur de la région», a plaidé le premier ministre.

«Pour être clair, disons que cette intervention ne permettra pas d’éliminer cette organisation terroriste», a-t-il toutefois précisé.

L’intervention est nécessaire «pour assurer la sécurité régionale et mondiale» ainsi que «la sécurité des Canadiens», a-t-il déclaré.

M. Harper a soutenu que les frappes aériennes seront menées — pour l’instant — en Irak, là où les besoins sont les plus pressants.

Mais il a tout de même clairement ouvert la porte à des bombardements en Syrie.

«Nous allons attaquer l’État islamique uniquement là où le Canada a l’appui du gouvernement du pays en question», a-t-il exposé.

«En ce moment, cela est seulement vrai en Irak. Si cela devait devenir le cas en Syrie, alors nous prendrions part à des frappes aériennes contre l’ÉI dans ce pays également», a signalé le chef conservateur.

Sans surprise, le discours du premier ministre n’a pas convaincu le chef de l’opposition officielle, qui exprime ses réticences depuis des semaines.

Redoutant un enlisement à l’image de celui de la mission canadienne en Afghanistan, Thomas Mulcair a fait valoir que les États-Unis étaient en guerre depuis une décennie avec le même groupe d’insurgés dont seule la dénomination a changé au fil des ans.

«Pourquoi le premier ministre pense qu’il peut accomplir militairement ce qui n’a pas pu être accompli depuis 2003?» a-t-il demandé.

«Le Canada, pour notre part, ne devrait pas se précipiter vers la guerre», a conclu M. Mulcair lors de son discours en Chambre.

Il fallait comprendre de cette affirmation que les néo-démocrates voteront contre la motion, a précisé en point de presse le porte-parole du parti en matière d’affaires étrangères, Paul Dewar.

Le député d’Ottawa-Centre redoute particulièrement la possibilité de voir le gouvernement canadien contraint de négocier avec l’homme fort de Damas — le controversé président Bachar Al-Assad.

«On ne devrait pas ouvrir la porte à Al-Assad pour lui demander de bombarder sur son territoire, s’est-il exclamé. Pourquoi voudriez-vous négocier avec lui?»

Les libéraux partagent les mêmes inquiétudes. Et en Chambre, le chef Justin Trudeau a été clair sur les intentions de sa formation politique.

«Le Parti libéral du Canada ne peut pas appuyer et n’appuiera pas cette motion du premier ministre d’aller en guerre en Irak», a-t-il tranché.

Car celle-ci manque «de vision» et n’est pas clairement définie, a soutenu M. Trudeau, selon qui il n’est pas exclu que le gouvernement puisse éventuellement avoir à déployer des troupes au sol.

«Je suis très inquiet qu’une fois qu’on a franchi cette barrière (…) vers une mission de combat, ça devient très, très difficile de refuser d’autres demandes de nos alliés», a-t-il partagé en point de presse.

La motion sur l’intervention armée canadienne fera l’objet d’un débat et d’un vote lundi. Il s’agira d’un vote de confiance, a précisé le premier ministre Harper.

Il suffit du vote des conservateurs pour que la motion soit adoptée, puisque ceux-ci sont majoritaires à la Chambre des communes.

Le Canada se joindra donc à la coalition de la soixantaine de pays qui combattent le groupe armé État islamique (ÉI) en Irak. Le Danemark, la Turquie et l’Australie viennent de se joindre à ce groupe mené par les États-Unis.

Les conservateurs citent en exemple depuis quelques jours la Grande-Bretagne, où les parlementaires issus de divers partis politiques ont donné leur aval à une mission de combat.

Le premier ministre Harper échouera donc vraisemblablement là où son homologue britannique David Cameron a réussi.

Mais le président du Conseil du trésor, Tony Clement, n’a pas semblé s’en formaliser.

«J’espère peut-être que les membres de l’opposition changeront d’idée. Mais si ce n’est pas possible, il est important d’avoir un gouvernement qui connaît son rôle sérieux dans le monde et d’avoir un plan pour protéger les Canadiens», a-t-il affirmé en mêlée de presse.

Plusieurs pays arabes participent également à l’effort d’éradication du groupe armé ÉI, qui a été accusé jeudi par les Nations unies d’avoir commis des crimes de guerre et contre l’humanité.

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