Paul Chiasson Robert Lafreniere. Paul Chiasson / La Presse Canadienne

MONTRÉAL – Les entrepreneurs Tony Accurso et Normand Trudel ainsi que le maire de Mascouche, Richard Marcotte, sur qui planent depuis plusieurs mois des soupçons de corruption et de collusion, devront finalement faire face à la justice.

L’Unité permanente anticorruption (UPAC) a frappé mardi matin dans la «couronne nord» de Montréal. Le coup de filet, qui a eu lieu dans le cadre du projet «Gravier», a permis de procéder à l’arrestation de 14 personnes, qui feront face à 47 chefs d’accusations — notamment pour fraude, corruption, trafic d’influence et complot.

Parmi les personnes arrêtées figure l’entrepreneur en construction Tony Accurso, qui a régulièrement fait les manchettes pour des allégations de collusion et de corruption dans les milieux de la construction, de la politique et du syndicalisme.

L’entrepreneur Normand Trudel, partenaire de Tony Accurso dans la firme de décontamination Écolosol, a aussi été arrêté mardi matin.

Quant au maire de Mascouche, Richard Marcotte, il fait l’objet d’un mandat d’arrestation, et il devrait être arrêté à son retour de Cuba, où il séjournerait présentement. L’ancien directeur général de la ville, Luc Tremblay, figure parmi les personnes appréhendées.

Des accusations criminelles seront aussi déposées contre deux entreprises, la firme d’ingénierie BPR-Triax et l’entreprise Transport et Excavation Mascouche, qui oeuvre dans le secteur de la construction. Les perquisitions de mardi ont eu lieu à Laval, Terrebonne et Mascouche.

Elles ont permis à l’escouade Marteau, de l’UPAC, d’établir qu’un système avait été mis en place il y a plusieurs années en vertu duquel des fonctionnaires et des élus obtenaient des avantages en échange de favoritisme dans l’octroi de contrats. Ces contrats touchaient notamment la ville de Mascouche, la Régie d’assainissement des eaux de Mascouche et Terrebonne ainsi que la Régie d’aqueduc de la MRC des Moulins.

L’inspecteur Denis Morin, de la Sûreté du Québec et qui dirige l’escouade Marteau, a expliqué lors de la conférence de presse dressant le bilan de l’opération que l’enquête avait bénéficié de l’apport de deux fonctionnaires qui avaient décidé de faire part de leurs préoccupations aux policiers.

«Ils nous parlaient d’octrois de contrats qui étaient manipulés et d’avantages qui étaient donnés à certains fonctionnaires. (…) Il y avait plusieurs avantages, entre autres, il y avait beaucoup de financement politique», a-t-il dit.

Normand Trudel a aussi été impliqué dans des activités de financement pour des partis provinciaux, surtout le Parti libéral du Québec, mais la Sûreté du Québec n’a pas voulu s’avancer sur ce terrain, du moins pour l’instant.

«L’enquête que nous avons faite touchait le financement politique et des contrats de la région de Mascouche, a précisé l’inspecteur Morin. Cette enquête-là visait seulement ça. Nous n’irons pas plus loin présentement au niveau d’autres allégations.»

Normand Trudel aurait recueilli plus de 100 000 $ pour le PLQ lors d’un cocktail de financement organisé à son domicile en 2008, événement auquel participait le premier ministre Jean Charest. La même année, M. Trudel et une douzaine de ses employés et associés ont versé près de 23 000 $ à la caisse du PLQ; quatre de ses employés avaient fait don de 3500 $ au Parti québécois et M. Trudel avait lui-même versé 2800 $ à l’Action démocratique du Québec.

La rafle est survenue après un an et demi d’enquête, un délai que la SQ explique par la complexité des transactions, qui a mené les enquêteurs jusque dans des pays reconnus comme étant des paradis fiscaux mais que l’on n’a pas voulu identifier.

«Avec le temps, il y a beaucoup d’intermédiaires qui se sont mis en place et si les enquêtes prennent tant de temps, c’est parce qu’il faut retracer le chemin de l’argent qui, dans certains cas, transige via d’autres pays», a expliqué l’inspecteur Morin.

Les informations «pertinentes» recueillies grâce au projet Gravier sont transférées à l’officier qui est responsable de faire le lien entre l’UPAC et la commission d’enquête sur la corruption dans l’industrie de la construction, a assuré Denis Morin.

Le commissaire de l’UPAC, Robert Lafrenière, a déclaré que les individus interpellés mardi sont des «joueurs clé». Ils devaient tous être remis en liberté au courant de la journée, en attendant le début des procédures judiciaires.

À Québec, le premier ministre Jean Charest s’est contenté du bref commentaire suivant lorsque les journalistes ont cherché à le faire commenter sur les liens entre Normand Trudel et le PLQ.

«L’UPAC aujourd’hui a fait une opération importante et on a toujours cru qu’il fallait donner à l’UPAC l’occasion de travailler, a indiqué M. Charest. Je veux répéter aujourd’hui que le gouvernement du Québec ne se mêle pas de ces opérations. Ce sont des opérations policières et l’opération d’aujourd’hui nous rappelle que personne n’est au-dessus des lois. Tant que l’UPAC aura le mandat qu’elle a, elle aura le mandat très, très ferme d’aller au fond des choses et de poursuivre ceux qui font l’objet d’allégations.»

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