Archives Métro Dominic Champagne.

Dimanche aura lieu le grand rassemblement du Jour de la Terre à Montréal. Des milliers de personnes sont attendues pour une manifestation festive. Métro a rencontré le metteur en scène Dominic Champagne, très engagé dans ce projet.

Vous êtes un artiste très engagé dans la sauvegarde de la planète. N’avez-vous pas peur, pourtant, que ce combat soit perdu d’avance?
Non, au contraire, c’est le principal enjeu politique de l’heure. Les gens sont tannés qu’on leur parle d’environ-nement toutes les deux minutes et ils n’écoutent plus. Moi, ça m’emmerde de cloisonner le débat dans le domaine environnemental. C’est plus global qu’un combat pour la planète, c’est une lutte contre l’accroissement des inégalités et ça concerne tout le monde. Regardez l’eau. C’est un bien public et pourtant des gens la polluent et se l’approprient pour la revendre. Cela n’a pas de bon sens. C’est un enjeu moral, avant tout, de respect des citoyens et de la propriété collective.

Que pensez-vous de la position du Canada dans le débat écologique?
Le Canada a décidé de couvrir moralement et politiquement l’exploitation des sables bitumineux. C’est l’une des pires catastrophes écologiques du monde. Notre pays est en train de devenir une puissance pétrolière avec tout ce que cela suppose. Pendant longtemps, le Canada, et encore plus le Québec, a vécu loin du modèle américain. Désormais, on adopte le mode de vie du champion des inégalités et de la pollution. Si le développement économique se fait au prix de la qualité de vie, on est devant un enjeu énorme. Et puis, il y a l’aberration du gaz de schiste. Je me suis indigné contre le débarquement des gazières au Québec. Et on pourrait encore parler de l’extraction de l’uranium, de l’amiante, des forêts coupées à blanc… Le Canada est en train de se faire déposséder.

Vous considérez que nous sommes à un moment charnière pour la sauvegarde des ressources naturelles?
Bien sûr qu’on est a un moment charnière. Il y a urgence. Les choses ne vont pas en se stabilisant. Le réchauffement s’accentue, et les inégalités se creusent. Tout cela va prendre des catastrophes à coup sûr. Le système actuel n’est pas sain. Toutes les cinq secondes, un enfant meurt de faim sur la planète alors qu’un juste partage permettrait de nourrir chacun. On cultive parallèlement des céréales pour faire avancer des voitures, mais on ne nourrit pas les êtres humains. C’est absurde.

Comment responsabiliser les gens, selon vous?
On ne pense qu’au développement économique. On est né dans une société néolibérale. Je pense qu’il faut penser à une alternative. Si, demain, on doit se passer du pétrole, on fait quoi? Je crois que le poids du nombre va être crucial dans ce débat. C’est nombreux qu’on aura une voix. Il faut faire un travail sage et sensible qui tient compte de quatre principes. Cela passe par le partage des richesses, le respect des gens, la lutte pour sauver la nature et la responsabilité face aux générations futures. Peut-être que ces choix vont faire qu’on sera moins riches à court terme, mais l’eau ne sera plus buvable, et l’air plus respirable. C’est le prix à payer! Moi, je prends le parti de l’espoir.

Le Jour de la Terre promet d’être un grand événement. Vous pouvez nous en dire plus sur le déroulement de la journée?
On se donne tous rendez-vous à 14 h à la place des Festivals. Au même moment, Frédéric Back, du haut de ses 88 ans, va planter un chêne dans un lieu secret. Parallèlement, des femmes innues, qui marchent à pied depuis deux semaines pour traverser la province, vont nous rejoindre. Avec elles, on va lancer une marche pour créer le plus grand arbre humain jamais fait. On va être des milliers, des centaines de milliers même, pour montrer au monde entier que, même si le Canada a quitté Kyoto, les Canadiens sont toujours au fait du problème écologique. À la fin du rassemblement, il va y avoir un grand spectacle pour récompenser les participants. Beaucoup d’artistes ont déjà répondu présents. Il y aura entre autres Ariane Moffatt, Fred Pellerin, Pierre Lapointe, Mes Aïeux, les Hommes rapaillés, Lisa Leblanc et plein d’autres. Ça va être un grand moment très symbolique.

Le Jour de la Terre
Dimanche à partir de 14 h
Départ de la place des Festivals

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