OTTAWA – Les détaillants canadiens montrent du doigt les fournisseurs pour expliquer l’important écart qui subsiste entre le Canada et les États-Unis en ce qui a trait aux prix de produits identiques, même si le huard et le dollar américain sont pratiquement à parité.

Diane Brisebois, présidente et chef de la direction du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), a soutenu mardi devant un comité sénatorial que les commerçants qu’elle représente sont injustement pris à partie quand leurs produits se vendent plus cher qu’au sud de la frontière.

Les fournisseurs des multinationales peuvent vendre des produits de marque en imposant un tarif canadien spécial puisque le Canada est un marché plus petit que celui des États-Unis, selon Mme Brisebois. Les produits peuvent ainsi se vendre à des prix 10 à 50 pour cent plus élevés qu’au sud de la frontière.

«Il y a des différences de prix entre le Canada et les États-Unis, mais elles ne sont pas toujours déterminées au niveau des détaillants», a indiqué Diane Brisebois.

Lors d’une entrevue accordée à l’issue de son témoignage, Mme Brisebois a précisé que les détaillants canadiens n’ont d’autre choix que de s’approvisionner auprès des distributeurs canadiens de fournisseurs américains, puisqu’il leur est interdit de se rendre eux-mêmes aux États-Unis et faire des achats sur place.

Le Canada n’est pas le seul pays touché par cette situation, a-t-elle précisé. D’autres sont confrontés au même problème, appelé le «country pricing», une pratique qui consiste à établir des prix de vente différents pour un même article en fonction du pays où il est vendu.

«Beaucoup de gens croient que les manufacturiers des multinationales américaines utilisent leurs marchés secondaires pour s’assurer de maintenir des prix concurrentiels aux États-Unis», a-t-elle exposé.

Les détaillants du Canada ont été critiqués dans certains médias et par des politiciens pour avoir soi-disant «exploité» leurs consommateurs, mais ce n’est tout simplement pas le cas, a assuré Diane Brisebois.

Au printemps dernier, dans une comparaison des prix de la Banque de Montréal, l’économiste Douglas Porter en était arrivé à la conclusion que les Canadiens déboursaient en moyenne 20 pour cent de plus que les Américains pour un même produit.

M. Porter, qui prévoit effectuer un suivi de ce dossier au cours des prochaines semaines, soutient qu’il n’a aucune difficulté à croire que les détaillants canadiens sont désavantagés. Cela pourrait bien expliquer en grande partie la différence entre les prix, d’après lui.

«Un grand nombre de compagnies se battent bec et ongles pour cet important marché américain. C’est extrêmement bien vu et influent à travers le monde, alors gagner des parts de marché aux États-Unis, c’est de l’or.»

Devant le comité sénatorial, Diane Brisebois a présenté des montants que doivent débourser les détaillants canadiens à leurs fournisseurs par rapport à ceux que doivent payer les détaillants américains, et ce, pour une liste de 15 produits qu’elle avait choisis.

Elle a suggéré aux sénateurs de se tourner vers les fournisseurs des détaillants canadiens, qui n’ont pas encore été invités aux audiences, a-t-elle noté.

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