Yves Provencher/Métro

MONTRÉAL – Galvanisées, voire furieuses, par l’exclusion de la CLASSE de la table de négociation par la ministre Line Beauchamp quelques heures plus tôt, des milliers de personnes se sont réunies au Parc Émilie-Gamelin, mercredi soir, pour participer à une manifestation qui a été déclarée illégale par le Service de police de la Ville de Montréal à 22 h 15, soit un peu plus d’une heure après son lancement.

Les policiers ont pris cette décision après qu’une série d’actes de vandalisme aient été perpétrés sur des vitrines de commerces, incluant au moins trois institutions financières du centre-ville de la métropole. Plusieurs voitures auraient aussi été abimées par des casseurs et un véhicule aurait même été incendié, a précisé Ian Lafrenière, porte-parole du SPVM. Plus tard en soirée, le poste de police numéro 21 a été la cible de casseurs.

Dans l’espoir de disperser les participants, les policiers ont fait usage de plusieurs outils multiplicateurs de force, a confirmé M. Lafrenière, qui a déploré le fait que les organisateurs n’aient pas donné leur itinéraire aux policiers.

M. Lafrenière a précisé que plusieurs des participants avaient accepté de quitter les lieux après l’annonce à l’effet que la manifestation était dorénavant illégale, mais ce qu’il a appelé un «noyau dur» est demeuré dans le secteur, lançant même des projectiles aux représentants des forces de l’ordre. Deux intersections ont été jugées particulièrement chaudes, selon M. Lafrenière, soit celles des rues Sainte-Catherine et Stanley, ainsi que Drummond et Maisonneuve.

Les policiers du SPVM, appuyés de leurs collègues de la Sûreté du Québec, ont procédé à quelques arrestations isolées au cours de la soirée, dont un nombre important peu après minuit. Le nombre total de personnes appéhendées devrait se chiffrer en dizaines, mais le SPVM devait le préciser jeudi matin.

La métropole a donc finalement retrouvé son calme peu après 1 h jeudi matin, selon Simon Delorme, porte-parole de la police de Montréal.

Mais l’intervention des policiers et les moyens qu’ils ont employés ont sidéré plusieurs des participants, dont Benoit, un étudiant de 22 ans.

«On était en train de marcher sur Sainte-Catherine, on faisait des signes de ‘peace’ avec nos doigts, tous ensemble, les policiers nous regardaient, ils ont commencé à foncer sur nous. Ils ont lancé des projectiles, et ça a explosé en gaz lacrymogène. J’en ai reçu dans les yeux, je n’arrivais plus à respirer, mes yeux sont devenus rouges. Des gens m’ont aidé en me mettant de l’eau dans les yeux. Je ne pensais vraiment pas qu’avec des signes de ‘peace’, on pouvait être intimidé», a-t-il décrit à La Presse Canadienne.

Un autre participant a dit avoir perdu confiance aux policiers.

«Ils ne sont plus là pour nous protéger, ils sont là pour nous faire du trouble», a-t-il résumé.

Tenue sous un important déploiement de policiers, certains à cheval et d’autres à vélo, la manifestation s’est mise en branle dans un climat pacifique vers 21 h 15, soit quelque 45 minutes après l’heure fixée du rassemblement, organisé par l’Association facultaire étudiante de science politique et droit (AFESPD), associée à l’UQAM.

Selon diverses estimations, ils étaient au moins 5000 personnes à déambuler dans les rues du centre-ville de Montréal, certains parlant même de 10 000 marcheurs. Les participants ont notamment emprunté la rue Berri vers le nord, Saint-Denis vers le sud et Sherbrooke en direction ouest, avant d’atteindre la rue Sainte-Catherine. C’est sur cette artère commerciale que le climat est devenu explosif.

La première heure s’était déroulée dans un calme relatif et même dans une ambiance bon-enfant. Les manifestants marchaient calmement et certains scandaient des slogans adressés directement au premier ministre Jean Charest et à la ministre de l’Éducation Line Beauchamp. Mis à part quelques tirs de pièces pyrotechniques au-dessus de la foule, le rassemblement se passait alors encore bien.

Malgré ce calme, la grogne vis-à-vis le gouvernement provincial était perceptible chez plusieurs des participants.

«La ministre Beauchamp tente depuis le début de discréditer le mouvement en misant sur les méfaits et la violence, mais elle détourne le vrai débat, qui est la hausse des droits de scolarité», a affirmé Stéphanie, une jeune préposée aux bénéficiaires d’un centre de personnes âgées.

«La gestion de la crise ne m’étonne pas du tout, c’est à l’image de la gestion qu’a fait ce gouvernement de toutes les crises qui ont eut lieu ces dernières années, comme celle de la collusion», a de son côté fait valoir Laurent, un étudiant dans la jeune vingtaine.

Une autre participante anticipait, par ailleurs, que la soirée allait tourner au vinaigre.

«La violence est inévitable parce que c’est une colère qui est légitime. Et les déclarations de la ministre mercredi ne font qu’aider notre cause parce que cela augmente le capital de sympathie», a commenté Cléo, une cégépienne. Tous arborent le carré rouge et ce n’est plus que pour contester la hausse des frais, c’est pour manifester leur soutien à la grève, a-t-elle poursuivi.

Il s’agissait du troisième rassemblement d’importance à avoir lieu mercredi à Montréal.

Une manifestation regroupant plusieurs centaines d’étudiants sous l’égide de la CLASSE a pris le départ peu après 14 h, empruntant un parcours qui n’avait pas été communiqué aux autorités pour se rendre devant les bureaux montréalais du premier ministre Jean Charest. Les manifestants se sont dispersés dans l’ordre après l’événement qui s’est déroulé dans le calme et la bonne humeur.

À Québec, une autre manifestation a mené des dizaines d’étudiants devant l’Assemblée nationale. Là aussi, tout se déroulait dans le calme.

Plus tôt en avant-midi, des engins fumigènes, l’un au métro Henri-Bourassa et l’autre au métro Lionel-Groulx, ont forcé une interruption du service de métro durant environ une demi-heure.

Puis, lors d’une manifestation au centre-ville, en fin d’avant-midi, un autre engin fumigène a été déclenché, cette fois au Complexe Desjardins, forçant une évacuation partielle de certains locaux.

Les enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal cherchent à identifier un suspect en lien avec ces engins.

Selon la police, le même individu a été aperçu dans les deux stations de métro pendant les méfaits. Elle recherche un homme d’environ 25 ans, mesurant 1,80 mètre et pesant 70 kilos. Il a le teint basané et les cheveux noirs, qu’il porte en queue de cheval. Il portait, au moment des méfaits, un manteau trois quarts de couleur noire, un pantalon gris et des souliers foncés. Il portait également des verres fumés.

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