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OTTAWA – La ministre des Langues officielles, Shelly Glover, a vraisemblablement écarté mardi l’idée d’imposer aux ministres fédéraux un code de conduite linguistique sur Twitter.

En réponse à une question du député libéral Stéphane Dion, l’élue manitobaine a plaidé que le gouvernement respectait la Loi sur les langues officielles dans ses communications avec la population, et que les comptes des ministres étaient par ailleurs personnels.

Elle a ainsi repris à son compte l’argument du ministre démissionnaire John Baird et du ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, dont les comptes Twitter ont fait l’objet d’une enquête du Commissariat aux langues officielles.

Le commissaire Graham Fraser n’est pas de cet avis, constate-t-on à la lecture des rapports préliminaires d’enquête sur les cas de MM. Baird et Blaney, obtenus jeudi dernier par La Presse Canadienne.

«Les ministres ne sont pas obligés d’être bilingues», mais «lorsqu’ils communiquent avec le public dans leur capacité de chef de leur ministère ou de représentant du gouvernement, ils doivent prendre les mesures appropriées pour que de telles communications avec la population soient faites dans les deux langues officielles», est-il écrit dans les documents en question.

Quelques heures avant son intervention en Chambre, M. Dion avait écrit au président du Conseil du trésor, Tony Clement, lui demandant de confirmer que lui et «tous (ses) collègues du gouvernement» communiqueraient dorénavant dans les deux langues sur les médias sociaux.

Car en vertu de la politique de communication du gouvernement, les institutions doivent «veiller à ce que les communications électroniques soient conformes aux exigences de la Loi sur les langues officielles», faisait-il valoir dans sa lettre.

Or, souligne-t-il, une majorité écrasante des ministres — dont M. Clement lui-même — ne prend pas soin de le faire, et cela laisse craindre que «l’utilisation des nouveaux médias électroniques permette de contourner les obligations» de la loi en question.

À la lumière de ces constats, Stéphane Dion enjoignait donc le président du Conseil du trésor, qui est responsable de la fonction publique fédérale, à corriger la situation.

«C’est lui qui doit s’assurer que tout le monde respecte la Loi sur les langues officielles. Il est difficile d’y arriver quand lui-même ne le fait pas», a-t-il affirmé en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, lundi, en début de soirée.

Il balaie du revers de la main l’argument voulant qu’une réglementation en la matière pourrait miner le caractère spontané de l’exercice pour des politiciens que l’on accuse parfois de pratiquer la langue de bois.

«On envoie quoi comme message, que le bilinguisme fait partie du passé et pas de l’avenir? Que plus on se modernise, plus on pourra s’en détacher?»

Le Parti libéral unit ainsi sa voix à celle du Nouveau Parti démocratique (NPD), qui est également d’avis que le bilinguisme institutionnel doit aussi s’incarner sur Twitter lorsque vient le temps de transmettre des renseignements de nature politique.

«Si John Baird veut aller sur son compte personnel et dire (dans une seule langue) qu’il est allé promener son chien le soir, moi, je m’en fiche carrément. Mais s’il veut parler de son ministère, du gouvernement, il faut que ce soit dans les deux langues», a illustré jeudi dernier le député néo-démocrate Yvon Godin.

Tony Clement a signalé l’été dernier à l’agence Postmedia News qu’il préférait désactiver son compte Twitter que d’avoir à se soumettre à une réglementation sur les langues officielles.

Vendredi dernier, La Presse Canadienne a écrit aux attachés de presse d’une dizaine de ministres dans l’espoir d’obtenir les réactions de certains d’entre eux aux conclusions du commissaire Fraser. Aucun n’a souhaité faire de commentaires.

Stéphane Dion interprète le silence radio comme une forme de «malaise» que doivent ressentir les ministres.

«Je suis sûr qu’il y a un malaise, parce que quand on est un ministre et qu’on contourne une loi, on ne doit pas être fier de soi, surtout pas une loi à caractère quasi constitutionnelle», a-t-il laissé tomber à l’autre bout du fil.

Le député conservateur Laurie Hawn, lui, a réagi dans les langues de Shakespeare et de Molière: «Le commissaire aux langues officielles dit que les ministres DOIVENT écrire dans les deux langues. Quelle idée stupide», a-t-il écrit sur son compte Twitter, vendredi.

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