MONTRÉAL – Il n’est pas facile d’informer les Inuits canadiens des dangers du cancer, alors que ce peuple présente pourtant des taux de mortalité due au cancer beaucoup plus élevés que dans la population en général — et l’un des taux de prévalence du cancer du poumon les plus élevés sur la planète.

Annie Buchan en sait quelque-chose: cette travailleuse de la santé à la retraite, résidente d’Ikaluktutiak, au Nunavut, est vice-présidente de l’organisme Pauktuutit Inuit Women of Canada, partenaire dans des programmes visant à démystifier la maladie chez les Inuits, qui croient souvent qu’un diagnostic de cancer constitue inévitablement un arrêt de mort.

Selon Statistique Canada, le pays comptait 59 445 Inuits en 2011, dont la moitié est âgée de moins de 23 ans. Par ailleurs, les Inuits du Canada vivent en moyenne 13 ans de moins que les autres Canadiens.

Le principal défi, selon Mme Buchan, est d’éduquer les Inuits, et pour cela, il faut parler du cancer en termes simples. L’organisme Pauktuutit a ainsi publié en 2013 un lexique de 250 termes liés au cancer traduits en cinq dialectes inuktitut.

La Société canadienne du cancer espère que la contribution de 1,4 million $ sur cinq ans de la compagnie Jaguar Land Rover Canada pourra améliorer l’éducation des Inuits face à cette maladie et les efforts de prévention.

Les taux de tabagisme chez les Inuits sont trois fois plus élevés que dans la population en général, a indiqué mardi une porte-parole de la Société canadienne du cancer, Tracy Torchetti. Pas surprenant alors que le cancer du poumon soit le type de cancer le plus fréquent au sein de cette population. Mais d’autres cancers liés au tabagisme, comme le cancer du col de l’utérus et le cancer colorectal, sont aussi en hausse, a-t-elle précisé.

Selon elle, il s’agit d’un problème complexe, mélange de facteurs de risque comme le tabagisme, l’alcool et l’alimentation, auxquels on doit ajouter des facteurs sociaux comme les revenus modestes, le logement inadéquat, l’insécurité alimentaire (selon les saisons) et un accès limité aux services de soins de santé, notamment à cause de l’éloignement.

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