Andrew Vaughan Peter MacKay. Andrew Vaughan / La Presse Canadienne

OTTAWA – Le gouvernement Harper perd un autre de ses gros canons à quelques mois des élections: le ministre de la Justice, Peter MacKay, quitte pour des raisons «entièrement personnelles».

«J’aime ce que je fais. Et j’aime avoir eu l’opportunité d’aider les autres. Mais pour résumer, j’aime ma famille davantage», a-t-il lâché en conférence de presse, vendredi, dans sa circonscription de la Nouvelle-Écosse.

M. MacKay, qui était visiblement ému, a précisé qu’il demeurerait en poste jusqu’à la fin de la session parlementaire et a déclaré n’avoir pas cherché de nouvel emploi.

Les raisons derrière cette décision de ne pas solliciter un septième mandat sont «entièrement familiales», a-t-il assuré.

Son épouse, la militante des droits de la personne Nazanin Afshin-Jam, attend une fille à l’automne. Le couple a déjà un garçon en bas âge.

«Je veux profiter de chaque moment. On reste toujours un père ou une mère, mais on est seulement parent pendant une période de temps relativement courte», a-t-il fait valoir.

Le premier ministre Stephen Harper avait fait le déplacement dans la province maritime pour rendre hommage à l’un de ses plus proches collaborateurs, ce qu’il a fait avec verve.

Très détendu et souriant, se permettant des — rares — moments d’improvisation pendant son discours, M. Harper a salué le service public d’une «personne extraordinaire», voire d’une «figure historique».

«Merci Peter pour ton leadership, pour ta contribution et pour ton amitié», a-t-il conclu après avoir parlé pendant plus de dix minutes.

Les deux hommes ont ponctué leur discours respectif d’anecdotes personnelles suggérant qu’ils entretenaient une relation assez étroite.

Stephen Harper a notamment raconté que son fils Ben idolâtrait Peter MacKay et lancé à la blague que le jeune garçon qu’il était n’avait donc que faire de «son premier ministre de père».

À son tour au micro, le député néo-écossais a pour sa part souligné que son fils Kian avait célébré ses deux premiers anniversaires de naissance au 24 Sussex, la résidence officielle du premier ministre.

Peter MacKay n’a pas exclu un éventuel retour en politique, disant suivre le conseil de son père Elmer, qui a été ministre progressiste-conservateur dans les gouvernements de Joe Clark et Brian Mulroney.

«Mon père m’a dit de ne jamais verrouiller une porte en quittant, à moins que cela ne soit nécessaire», a-t-il lancé.

Un peu plus tard, en point de presse, il a dit qu’il serait «fallacieux» de sa part d’affirmer que cela mettait un terme définitif à sa carrière politique.

«Mais ce n’est vraiment pas dans mes plans dans l’immédiat ou même à long terme», a-t-il spécifié.

Peter MacKay, un pilier du gouvernement Harper, est perçu comme l’une des voix progressistes au sein du caucus conservateur.

Il a été un artisan de la fusion entre le Parti progressiste-conservateur, dont il aura été le dernier chef, et l’Alliance canadienne, alors dirigée par Stephen Harper.

Cette union a donné naissance au nouveau Parti conservateur du Canada, dont les rênes avaient été confiées à M. Harper, qui a présenté vendredi cette alliance comme un moment historique.

«Quand nous avons créé le nouveau Parti conservateur du Canada il y a près de 12 ans, il y avait deux signatures sur cet accord: la mienne et celle de Peter. Ce moment d’octobre 2003 a sans aucun doute changé le cours de la politique canadienne», a plaidé le premier ministre.

Le départ de M. MacKay représente ainsi en quelque sorte le «symbole» de la «fin officielle de l’ère progressiste» au sein du parti, a analysé vendredi le député libéral John McCallum.

Mais il marque aussi la fin d’un chapitre pour le politicien, qui a été élu six fois sans interruption depuis 1997 dans la circonscription néo-écossaise de Nova-Centre.

Le député a hérité de certains des postes les plus prestigieux au sein du cabinet: avant de se retrouver à la Justice, il a été ministre des Affaires étrangères et ministre de la Défense nationale.

Il revendique quelques faux pas, sa carrière politique ayant été émaillée de déclarations jugées sexistes — il a notamment affirmé en juin dernier que les femmes étaient trop liées à leurs enfants pour devenir juges et, plus notablement, a invité en 2006 une rivale à «retourner à son tricot».

L’adversaire en question, l’ex-dirigeante du Nouveau Parti démocratique (NPD) Alexa McDonough, a raconté vendredi à la CBC qu’elle ne lui en avait pas tenu rigueur — M. MacKay lui avait présenté ses excuses — et qu’elle lui avait même envoyé en cadeau pour la naissance de son fils Kian… une pelote de laine et un livre intitulé «Le tricot pour les nuls».

On se souviendra également qu’il s’était retrouvé dans l’eau chaude en 2011 après avoir choisi comme moyen de transport un hélicoptère de recherche et de sauvetage du gouvernement à son retour d’une partie de pêche entre amis.

Peter MacKay n’en demeurait pas moins un collègue fort apprécié de ses pairs. L’ancien ministre de la Justice — libéral, celui-là — Irwin Cotler a d’ailleurs eu de bons mots à son sujet, vendredi.

«Je regrette (son départ), parce qu’il était pour moi un collègue, mais aussi un ami. (…) Je lui souhaite bonne chance pour l’avenir», a-t-il affirmé avant la période des questions aux Communes.

Selon lui, le député néo-écossais aurait pu laisser une plus grande marque à titre de ministre de la Justice et procureur général du Canada s’il avait eu les coudées plus franches.

«Je pense qu’il n’a pas eu la chance de le faire parce que le gouvernement Harper est très centralisé, et le ministère de la Justice devrait être un ministère très indépendant», a suggéré M. Cotler.

«C’était difficile pour lui de faire ce qu’il voulait peut-être faire dans ces circonstances-là», a ajouté le député montréalais, qui se retirera aussi de la vie politique dans quelques semaines.

Son secrétaire parlementaire Bob Dechert l’a dépeint comme un élu qui n’avait pas peur de se «tenir debout pour ses principes» et les défendre vigoureusement.

«Je pense qu’il a un très bon bilan» comme ministre de la Justice, a-t-il soutenu en point de presse dans le foyer de la Chambre des communes.

Le départ de Peter MacKay survient dans la foulée de celui d’autres grosses pointures conservatrices, dont l’un de ses successeurs aux Affaires étrangères, John Baird, qui avait causé la surprise en démissionnant en février dernier.

Après ce départ, la machine à rumeurs s’était emballée au sujet de son avenir politique.

À l’époque, le principal intéressé s’était contenté de dire qu’il avait rempli la documentation nécessaire lorsqu’on lui avait demandé s’il comptait se présenter aux prochaines élections.

Plus récemment, le ministre du Développement international, Christian Paradis, et la ministre du Patrimoine, Shelly Glover, ont annoncé qu’ils ne solliciteraient pas un nouveau mandat aux élections prévues le 19 octobre.

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