Jacques Boissinot/La Presse canadienne Eric Caire, Francois Legault et Nathalie Roy

QUÉBEC – L’heure des règlements de compte semble avoir sonné à la Coalition avenir Québec (CAQ), alors que le chef, François Legault, s’en est pris vendredi à l’ex-député de Chauveau, Gérard Deltell, qui était une des figures de proue du parti avant de quitter pour la scène fédérale en avril.

À l’occasion du bilan de la présente session parlementaire, M. Legault a soutenu qu’il avait eu raison de démettre M. Deltell de ses fonctions de leader parlementaire du deuxième groupe d’opposition.

En conférence de presse, il a dit avoir agi ainsi pour le bien du parti et du caucus.

Il a cependant refusé d’élaborer pour dire quelles étaient les raisons ayant motivé son geste.

«Quand on est un chef, il faut être capable de prendre des décisions difficiles. Je ne veux pas entrer dans le détail de l’histoire, mais il y avait de bonnes raisons pour démettre M. Deltell. Je n’entrerai pas dans le détail. Puis je l’ai fait pour le bien du parti, le bien du caucus», a affirmé M. Legault, laissant place à toutes les interprétations quant aux «bonnes raisons» invoquées.

Sur sa page Facebook, M. Deltell n’a pas mis de temps à réagir aux propos de son ancien chef mais n’a pas levé le voile sur les circonstances entourant sa rétrogradation.

«Je suis surpris de la déclaration de M. François Legault ce matin (vendredi) à mon égard. Je comprends que la CAQ traverse une période difficile. Depuis le 7 avril, je demeure concentré sur les prochaines élections fédérales et je suis heureux de promouvoir les intérêts du Québec, mes idéaux et mes convictions avec l’équipe du Parti conservateur du Canada», a-t-il écrit.

Plus tôt cette semaine, c’était au tour de la candidate défaite de la CAQ dans Chauveau, Jocelyne Cazin, d’attribuer en partie son échec à M. Deltell, parce qu’il ne l’avait pas appuyée lors de l’élection complémentaire dans cette circonscription.

Gérard Deltell était le chef de l’Action démocratique au moment de la création de la CAQ. MM. Legault et Deltell avaient négocié le mariage entre les deux formations.

Par la suite, M. Deltell, qui récoltait de très fortes majorités dans Chauveau, avait toujours joué un rôle de premier plan, avant d’être tassé de son rôle de leader parlementaire, dans des circonstances nébuleuses.

Après des mois de tergiversations, M. Deltell a annoncé quelques mois plus tard qu’il serait candidat pour le Parti conservateur aux prochaines élections fédérales.

Prenant acte des défaites de lundi dernier dans Chauveau et Jean-Talon, M. Legault a reconnu que son message passait mal dans la population et qu’il chercherait de nouveaux moyens pour séduire les électeurs, par exemple en utilisant davantage les réseaux sociaux.

Le chef caquiste a paru désenchanté par le climat actuel, au point de demander aux représentants des médias sur place de l’aider à mieux transmettre son message dans l’avenir.

Il a attribué à la polarisation du débat politique entre libéraux et péquistes, autour de la question nationale, les déboires de son parti. Cette polarisation a été accentuée selon lui par la récente course au leadership au Parti québécois, qui a mené à l’élection de Pierre Karl Péladeau.

M. Legault se dit tout de même convaincu plus que jamais qu’il y a place au Québec pour une troisième voie et que l’attrait actuel pour le bipartisme n’est qu’éphémère.

Inquiet de la fragilité actuelle de l’emploi, le chef de la CAQ a dit espérer que l’économie sera au coeur des débats politiques lors de la rentrée de l’automne. Le gouvernement doit s’atteler à la tâche de créer de la richesse, a plaidé M. Legault.

«Il faut faire le constat que c’est impossible à la fois de bien financer nos services publics et à la fois de réduire le fardeau fiscal de la classe moyenne. C’est mathématiquement impossible, si on ne crée pas de la richesse», a noté le chef caquiste, qui a tenu à rassurer ses troupes en affirmant qu’il était en poste pour longtemps.

Pour sa part Québec solidaire a jugé très durement le gouvernement pour cette session marquée par l’austérité. Selon la députée Françoise David, le gouvernement Couillard est «fort avec les faibles et faible avec les forts», en ce sens qu’il tient la ligne dure à l’encontre des personnes vulnérables, mais se montre complaisant à l’égard des pétrolières, des riches et des minières.

«Est-ce que les banques, les médecins, les contribuables à revenus élevés, ont été touchés par les mesures d’austérité? Pas une seconde. Mais le peuple, les gens ordinaires, les travailleuses et travailleurs, oui, beaucoup», a-t-elle dit au cours d’une conférence de presse dans le hall du parlement.

Mme David se réjouit toutefois d’avoir pu faire avancer avec son équipe quelques dossiers, notamment le projet de loi sur la protection des locataires âgés.

Le parti de gauche est insatisfait de ses résultats aux élections complémentaires de lundi dernier dans Chauveau et Jean-Talon, a-t-elle reconnu. Les solidaires ont terminé loin derrière les trois principaux partis.

Mme David a indiqué que sa formation politique entamera une tournée d’un an dans les régions du Québec et qu’elle est «consciente du travail à faire».

«Nous ne sommes pas du tout découragés», a-t-elle déclaré en assurant que le parti n’était pas en perte de vitesse.

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