OTTAWA – Il ne faut pas voir en l’expulsion du sénateur Don Meredith le nouveau symptôme d’un mal généralisé au caucus conservateur, mais bien un scandale «individuel», ont plaidé jeudi certains de ses collègues.

Le sénateur ontarien nommé par le premier ministre Stephen Harper a été éjecté du caucus après que le Toronto Star eut rapporté, mercredi soir, qu’il aurait eu des relations sexuelles avec une adolescente.

Mais cette expulsion ne signifie pas qu’il y a un problème généralisé au sein du caucus du Parti conservateur, ni que le premier ministre a commis des erreurs de jugement, ont soutenu jeudi des sénateurs conservateurs.

«C’est un cas individuel», a lancé le sénateur Larry Smith.

«C’est facile de dire encore, encore, encore (un sénateur conservateur exclu). Mais c’est un cas individuel, puis combien de fois vous avez un cas comme ça, individuel? OK?», a-t-il plaidé.

Don Meredith est le cinquième membre de la Chambre haute nommé par M. Harper à quitter — de gré ou de force — le caucus conservateur dans les 18 derniers mois après Mike Duffy, Pamela Wallin, Pierre-Hugues Boisvenu et Patrick Brazeau.

Les trois premiers ont annoncé leur départ essentiellement en raison des irrégularités liées à leurs comptes de dépenses, et le sénateur Brazeau s’est fait montrer la porte après avoir été arrêté pour violence conjugale en février 2013.

Et voilà qu’avec le sénateur Meredith, on pourrait avoir affaire à un nouveau genre de scandale à la Chambre haute, sexuel celui-là, si les allégations s’avèrent fondées.

«Si ce qui est dans cet article est vrai, c’est dégoûtant. Rien de moins», a laissé tomber le sénateur conservateur Vernon White.

Mais «soyons clairs, il s’agit de son scandale. Ce n’est pas le mien, ce n’est pas le nôtre. C’est le sien», a-t-il insisté.

Selon le Toronto Star, le sénateur Don Meredith, un pasteur pentecôtiste de l’Ontario, aurait eu une relation avec une adolescente âgée de 16 ans.

La jeune femme, qui a aujourd’hui 18 ans, a eu des séances de clavardage sexuellement explicites avec M. Meredith avant que de premiers baisers et caresses soient échangés, alors qu’elle n’était pas majeure.

Elle a également déclaré avoir eu deux relations sexuelles avec le sénateur après avoir franchi le cap des 18 ans, et que M. Meredith a mis fin à la relation plus tôt cette année.

Selon la jeune femme, le sénateur croyait au départ qu’elle avait 18 ans, mais elle lui a révélé son âge véritable dans les six semaines ayant suivi leur première rencontre lors d’un événement soulignant le Mois de l’histoire des Noirs dans une église d’Ottawa.

Le secrétaire parlementaire du premier ministre Harper a pour sa part voulu se distancier de l’affaire Meredith.

«Je n’ai aucun commentaire là-dessus. Il n’est plus membre de notre caucus», s’est contenté de déclarer Paul Calandra à La Presse Canadienne.

Le président du Sénat, Leo Housakos, a référé le cas à la conseillère sénatoriale en éthique à des fins d’enquête et précisé que Don Meredith continuerait de siéger en tant que sénateur jusqu’à la conclusion de cette enquête.

«Je considère ce genre de comportement troublant, inacceptable et intolérable, et j’espère que la conseillère me reviendra rapidement (avec ses conclusions)», a-t-il dit en entrevue avec La Presse Canadienne.

La plupart des membres de la Chambre haute croisés dans le foyer du Sénat ont fait preuve de prudence lorsque interrogés sur le sort qui devrait être réservé à leur collègue.

«On a un processus disciplinaire qui est en cours, il y a une plainte qui est déposée, et ça peut aller jusqu’à une suspension pour une très longue durée», a prévenu le leader du gouvernement au Sénat, Claude Carignan, lors d’une brève mêlée de presse.

L’affaire Meredith a suscité une véritable commotion chez les sénateurs, qui se seraient bien passés de cette nouvelle histoire gênante.

Celle-ci survient à quelques jours des vacances estivales, mais aussi — et surtout — moins de deux semaines après le dépôt du rapport du vérificateur général sur les dépenses à la Chambre haute.

«Je n’ai qu’un mot à vous dire: révoltant», a lancé la sénatrice conservatrice Marjory LeBreton avant de pénétrer dans le Salon rouge.

Le sénateur libéral Serge Joyal s’est pour sa part désolé que «des nouvelles comme celles-là occultent tout le travail que nous faisons au Sénat».

Mais ultimement, «s’il n’est pas assez bon pour le caucus conservateur, il n’est pas assez bon pour le Sénat du Canada», a pour sa part tranché son collègue libéral Jim Munson.

«C’est dégoûtant. Il devrait faire la bonne chose et démissionner du Sénat et continuer à vivra sa vie», a-t-il poursuivi en mêlée de presse.

Cette nouvelle bombe confirme à quel point le premier ministre a manqué de jugement dans certaines de ses nominations, a soutenu le député néo-démocrate Alexandre Boulerice.

«Pour l’instant, ce sont des allégations. Voyons ce que la police aura à dire», a-t-il d’abord prévenu.

«Mais si ça s’avérait vrai, c’est un manque de jugement extrêmement troublant de la part d’un parlementaire, et on doit se poser des questions également sur le jugement de M. Harper, qui l’a mis au Sénat», a indiqué M. Boulerice.

Le député libéral Marc Garneau a abondé dans le même sens.

«Ce n’est pas lui qui est responsable pour les scandales, mais ça dit quelque chose sur la façon qu’il choisit les sénateurs. (…) Il y a lieu de questionner son jugement», a-t-il suggéré.

«C’est certainement une autre tuile qui tombe», a conclu M. Garneau.

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