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Vente d'alcool: Walmart revient à la charge

Photo: Getty Images

MONTRÉAL – Un peu plus de deux ans après avoir échoué dans sa tentative pour obtenir des permis pour vendre de l’alcool dans ses magasins «supercentres» de Laval et Mascouche, Walmart Canada revient à la charge.

Le géant du commerce de détail a retenu les services d’un lobbyiste afin d’«entamer des discussions» sur la Loi sur les permis d’alcool, et plus précisément en ce qui a trait aux permis d’épicerie.

«Afin de permettre la vente de bières et vins dans ses magasins supercentres et ainsi mieux servir ses clients», fait valoir le nouveau mandat de Martin-Pierre Pelletier sur son inscription au Registre des lobbyistes du Québec.

Par le biais de rencontres, communications écrites et appels, le représentant de Prospectus Associates effectuera ainsi des représentations auprès des ministères de l’Agriculture, de l’Économie, des Finances et de la Sécurité publique.

Valide jusqu’en juillet 2016, le mandat confié par Walmart ne précise pas si la multinationale souhaite vendre de l’alcool dans les 31 magasins «supercentres» qu’elle exploite actuellement aux quatre coins de la province.

M. Pelletier a dirigé les questions vers la société, qui n’a pas retourné les appels et courriels de La Presse Canadienne.

En février 2013, la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) avait refusé la demande de l’entreprise visant à obtenir des permis d’épicerie pour des dépanneurs, nommés «La Réserve», qui auraient vu le jour dans des locaux intégrés aux magasins.

La Régie avait rejeté les demandes déposées en 2011, notamment parce que les aliments ne représentaient pas 51 pour cent des produits offerts en étalage, contrairement à Metro (TSX:MRU), Loblaw (TSX:L) IGA ou Costco.

Elle avait aussi estimé que l’intérêt de l’entreprise à ouvrir des dépanneurs visait principalement l’obtention de permis de vente d’alcool réservés aux épiceries. La multinationale n’avait pas fait appel de la décision.

Une porte-parole de la RACJ, Joyce Tremblay, a confirmé que Walmart n’avait pas effectué d’autres demandes depuis 2011 pour des permis d’épicerie. «Ils nous ont dit qu’ils reviendraient avec un plan B mais nous n’avons pas eu d’autres nouvelles», a-t-elle indiqué.

Si elle n’est pas surprise des démarches de Walmart, l’Association des détaillants en alimentation du Québec (ADA), qui représente quelque 8000 détaillants, espère que le gouvernement Couillard ne pliera pas.

«Nous ne sommes pas en manque de permis d’alcool au Québec, a estimé son vice-président aux affaires publiques, Pierre-Alexandre Blouin. Je pense que le consommateur n’est pas lésé avec l’offre actuelle.»

L’ADA dit être «prête à vivre» avec des concurrents comme Maxi — qui offre une vaste gamme de vêtements en plus de vendre des produits pharmaceutiques — tant qu’ils respectent la règle de la prépondérance alimentaire.

«C’est l’un des magasins près (du seuil) de la limite (acceptable), mais au moins, il respecte le cadre en vigueur», a fait valoir M. Blouin à propos de Maxi.

Le vice-président aux affaires publiques de l’ADA s’inquiète de voir des géants comme Walmart venir «réinterpréter» les règles du jeu, ce qui pourrait, à son avis, être le premier pas vers une déréglementation qui nuira aux détenteurs de permis d’alcool.

«Nous avons décrété au Québec qu’il faut être un détaillant alimentaire pour avoir un permis, a dit M. Blouin. C’est pour cela qu’il n’y a pas de produits alcoolisés dans les pharmacies ou magasins de rénovation, par exemple.»

Selon lui, même en Ontario, où l’on permet la vente d’alcool dans les épiceries, la question de la prépondérance alimentaire est importante.

De son côté, l’Association des marchands, dépanneurs et épiciers du Québec, qui représente plus de 1035 petits marchands, dépanneurs et épiciers, s’inquiète des démarches entreprises par Walmart.

En entrevue téléphonique, son président, Yves Servais, a rappelé que les petits établissements doivent déjà livrer bataille aux grandes épiceries, qui attirent entre autres les clients avec de nombreuses promotions.

«Dans le cadre de la Saint-Jean et de la Fête du Canada, les grandes surfaces vendent déjà la bière à un prix dérisoire, a-t-il dit. L’arrivée de la bière chez Walmart serait un autre fardeau.»

Dans l’éventualité où Walmart serait en mesure de vendre de l’alcool dans ses magasins, l’impact sur ses concurrents serait significatif, croit une experte en détail associée chez Richter, Marie-Claude Frigon.

Sans avoir de données quantitatives, elle rappelle que contrairement à Target, la multinationale est «bien ancrée» dans la province et serait en mesure d’attirer de nouveaux clients.

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